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Le bon point de la semaine #27

14 Nov

par Aurore.

Le jour d’après : vous avez sûrement tous vu ce chef d’œuvre du cinéma américain. Ou alors avez-vous préféré vous consacrer entièrement à 2012 ? Dans tous les cas, vous voyez où je veux en venir : nous sommes quasiment à un mois pile de la fin du monde, et ça s’annonce pas très bon pour nous. La nature reprend ses droits (phrase extraite de « C’est pas sorcier » édition 1998) et nous fait payer toutes nos erreurs. En plus clair, l’ouragan Sandy a ravagé une partie du monde, laissant la métropole la plus cool du monde sans électricité, alors que la traditionnelle Aqua Alta vénitienne prenait des tournants apocalyptiques. Enfin pas pour tout le monde. J’ai donc sélectionné pour vous quelques reportages photos aussi forts que surprenants.

Le New Yorker en tête, le Denver Post, enfin BuzzFeed fait un condensé de plusieurs photos fortes mais propose aussi un florilège des présentateurs météo (littéralement) soufflés par le temps. Mais c’était sans compter les fausses photos diffusées sur le net pour l’occasion.

Source : boston.com « A view of Piazza San Marco and the Doge’s Palace (right) taken during floods on December 1, 2008 in Venice, Italy. (ANDREA PATTARO/AFP PHOTO/AFP/Getty Images) »

Source : boston.com « Duncan Zuur of the Netherlands rides a wakeboard across flooded Piazza San Marco in Venice, December 2, 2008. (REUTERS/Handout/Euro-Newsroom.com/Joerg Mitter) « 

Il y avait aussi Venise, la place Saint Marc et tous ses trésors ensevelis sous 1m 40 d’eau. Ça a l’air plutôt drôle quand on regarde certains touristes, mais on imagine bien que les locaux se fendent moins la poire. Quelques preuves ici,  sur le site web du journal Le Temps et sur le site du Nouvel Obs.

Obama 12’ : bon la semaine dernière n’a pas été totalement négative, les Etats Unis ont réélu Barack Obama. Oui, je pense bien que vous le saviez, mais je voulais partager avec vous deux découvertes plutôt rigolotes. La première c’est le compte Flickr de la Maison Blanche (oui oui) et la photo qui témoigne de la réaction du couple Obama/Biden, les hommes sont sobres, et les brushings se congratulent, bienvenue dans l’Amérique progressiste.

Mais la victoire d’Obama, c’est aussi la longue campagne américaine, et le Guardian a publié un « graphic novel » qui vous coupera la chique, alors scrollez et profitez.

En bref, un reportage éloquent sur les effets d’une mission militaire en Afganistan. Lalage Snow a réalisé des triptyques réunissant trois images d’un même soldat, avant, pendant et après son retour d’Afganistan.

© Lalage Snow – Source : ABC news

Entre l’avant et l’après, les visages sont affutés, ils ont muri, mais surtout c’est le regard perçant et toujours prêt de ces soldats une fois sur le terrain qui nous glace le sang. « We’re not Dead » c’est le titre tout aussi révélateur de cette série.

Autre info, autre ambiance : le 10 Novembre dernier, était inaugurée l’exposition « La petite veste noire » par Karl Lagerfeld et Carine Roitfield. Photos, people, évènements. Tout y est. Retrouvez les autres expositions dans le monde, mais aussi toutes les infos sur l’exposition parisienne : ici.

Georgia May Jagger © Karl Lagerfeld – Chanel

Daphné Guiness © Karl Lagerfeld – Chanel

Elle Fanning © Karl Lagerfeld – Chanel

On termine sur une note encore plus futile : dès demain, vous pourrez retrouver la collection Martin Margiela pour H&M en boutiques. Et aussi, on vous avait annoncé la première collection de prêt-à-porter de Repetto, et Ô joie : la première pièce a été dévoilée hier.

Source : L’Officiel.fr

Cima da Conegliano, peintre et poète

11 Avr

Cima da Conegliano, Maître de la Renaissance vénitienne,

du 5 avril au 15 juillet 2012, Musée du Luxembourg.

par Grégoire.

Depuis le 5 avril se tient au Musée du Luxembourg une savoureuse exposition sur un maître encore méconnu de la Renaissance vénitienne : Cima da Conegliano. Invité généreusement par la RMN à la visite presse la veille de l’ouverture, le Point C est allé admirer les oeuvres de ce peintre si raffiné, si subtil, mais aussi si en accord avec son temps. Un peintre poète, à la sensibilité profonde et à la touche intimiste, voici ce que nous propose le Musée du Luxembourg. Sortez vos mouchoirs, il se pourrait bien que l’émotion vous submerge (rien que ça).

Cette exposition a été organisée par Giovanni Carlo Federico Villa, professeur à l’Université de Bergame. Cet homme est un peu « Mr Expositions » en Italie en ce moment. Les Scuderie del Quirinale à Rome sont son terrain de jeu : chaque année, elles accueillent une exposition préparée par ses soins. En présentant Antonello de Messine, Giovanni Bellini, Lorenzo Lotto et en ce moment Tintoret, Dr Villa souhaite expliquer au grand public ce qu’est la peinture vénitienne, à coups de grandes expositions monographiques, parfois décriées, mais qui possèdent la grande qualité de donner aux visiteurs une vision d’ensemble de l’artiste étudié, et ce grâce à des oeuvres majeures souvent restaurées pour l’occasion

Revenons à l’exposition de Paris. Les tableaux sont exposés dans une pénombre douce et romantique, ce qui ne fait qu’accentuer et mettre en relief les subtils effets de lumière. Le parcours se développe en 5 temps. Tout d’abord, le visiteur peut prendre le temps de faire le point sur « Venise au temps de Cima« , dans une minuscule section qui fait office d’introduction, et qui présente à nos yeux ébahis la Vue en perspective de la ville de Venise de Jacopo de’Barbari, cette xylographie de 3 m de long constituée de six matrices. Le résultat est impressionnant dans sa précision topographique. Attention, il n’en existe que 12 exemplaires dans le monde. Alors, qu’est-ce que vous attendez ? 

Grande Pianta Prospettica - Venice, c.1500 (engraving) (middle section) by Barbari, Jacopo de' (1440/50-a.1515)

Le deuxième temps s’intitule « Le maître du sacré« . L’exposition nous montre, à travers plusieurs versions du thème de la Vierge à l’Enfant, mais aussi à travers plusieurs grands tableaux d’autel, le style personnel de Cima. Cet artiste était par exemple considéré par le doge comme bien supérieur à Giovanni Bellini ou Vittore Carpaccio. Bien qu’il reprenne, à la manière d’Antonello de Messine ou de Giovanni Bellini, le thème de la Conversation sacrée (sacra conversazione) sous une voûte de chapelle, il donne une place bien plus importante au paysage que ses contemporains. 

Vierge à l’enfant, 1490-1493, tempera à l’oeuf et huile sur bois, 66 x 57 cm, Florence, Galleria degli Uffizi, Instituti museali della soprintendenza speciales per il pole museale Fiorentino © Archives Alinari, Florence, Dist. Service presse Réunion des musées nationaux – Grand Palais / Daniela Camilli

Vierge à l’enfant (détail), 1490-1493, tempera à l’oeuf et huile sur bois, 66 x 57 cm, Florence, Galleria degli Uffizi, Instituti museali della soprintendenza speciales per il pole museale Fiorentino © Archives Alinari, Florence, Dist. Service presse Réunion des musées nationaux – Grand Palais / Daniela Camilli

Vierge à l’Enfant entre saint Jean-Baptiste et sainte Marie-Madeleine, huile sur bois, 168x110 cm, Paris, Musée du Louvre, département des Peintures
© service presse Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais / Thierry Le Mage

L’incrédulité de saint Thomas et l’évêque saint Magne, vers 1504-1505, huile sur bois, 215 x 151 cm, Venise, Galleria dell’ Accademia © Soprintendenza speciale per il Polo Museale di Venezia, Galleria dell’Accademia

L’incrédulité de saint Thomas et l’évêque saint Magne (détail), vers 1504-1505, huile sur bois, 215 x 151 cm, Venise, Galleria dell’ Accademia, © Soprintendenza speciale per il Polo Museale di Venezia, Galleria dell’Accademia

Et c’est bien là le troisième temps de l’exposition : « Une poésie de la lumière et du paysage« . La perfection atteinte par Cima dans l’utilisation de la technique de l’huile lui permet, en partant d’un dessin très minutieux, de superposer de fines couches de glacis afin de pouvoir représenter les moindres détails du paysage. En fait, Cima « peint » la lumière, et loue la nature avec poésie. Au fur et à mesure de sa carrière, le paysage devient presque un personnage de la scène représentée, ce qui selon moi révèle tout le romantisme de l’artiste. Nature et figures humaines fusionnent grâce à la lumière de la Vénétie

L’Archange Raphaël et Tobie entre saint Jacques le Majeur et saint Nicolas de Bari, 1514-1515, huile sur bois marouflé sur toile, 162 x 178 cm, Venise, Galleria dell’ Accademia, © Soprintendenza special per il Polo Museale di Venezia, Galleria dell’Accademia

Le quatrième temps s’intéresse à « Cima, peintre humaniste« . On découvre ici un Cima plus décoratif, plus courtois que le Cima peintre de dévotion. Ainsi, Thésée (le célèbre athénien vainqueur du Minotaure) a l’allure d’un preux chevalier ; ainsi Endymion et les animaux s’endorment tranquillement en pleine forêt. Je dois l’avouer, un de mes nombreux coups de coeur de l’exposition va pour ce petit tondo, délicieux et reposant. On découvre aussi tout le dialogue que l’artiste établit, notamment dans son St Sébastien (affiche), avec la sculpture de Tullio Lombardo, donc aucun exemplaire hélas n’est présenté. 

Le Sommeil d’Endymion, vers 1501, huile sur bois, 24,8 x 25,4 cm, Parme, Galleria Nazionale © Archives Alinari, Florence, Dist. Service presse Réunion des musées nationaux – Grand Palais / Georges Tatge

Enfin, l’exposition envisage « Cima, peintre entre deux siècles« . L’artiste renouvelle les compositions, et son art influence ses aînés. Pièce maîtresse de la fin du XVe et du début du XVIe siècle, il inspire de grands noms comme Giorgione, Titien ou encore Lorenzo Lotto. C’est dans cette section que vous verrez l’imposant Lion de St Marc, qui conclue l’exposition sur la même idée que l’on a cherché à nous transmettre au début du parcours : Venise est puissante, Venise est moderne, Venise est belle

Le Christ couronné d’épines (détail), vers 1505, bois, 36 ,8 x 29,2 cm, Londres, The National Gallery © The National Gallery, Londres. Dist. Service presse Réunion des musées nationaux – Grand Palais / National Gallery Photographic Department

Pour conclure, vous l’avez compris, j’ai beaucoup aimé l’exposition. Je suis ressorti avec l’idée d’un Cima qui aime son village natal de Conegliano et qui y revient souvent, qui maîtrise au plus haut point les possibilités de la couleurs, qui nous transmet avec émotion les paysages de sa Vénétie, et qui s’implique tellement dans son travail qu’il lui arrive de peindre au doigt. L’exposition renferme encore de nombreux secrets, que je me suis bien gardé de vous dévoiler. Allez-y, vraiment, vous passerez un moment agréable et apprendrez beaucoup. 

« Aucun maître de son temps n’a su rendre comme lui l’atmosphère argentée, légère et enveloppante qui baigne le paysage italien ». (Bernard Berenson, 1919)

En bref, on a aimé :

– les couleurs de Cima

– sa poésie

– la présentation des oeuvres

On a moins aimé :

– l’absence de reproductions pour les oeuvres de comparaison

– le fait que c’était bien trop court hélas

– chercher désespérément quoi écrire dans cette rubrique

Venetian Street Heart – Sur les murs de la Sérénissime

30 Sep

Par Grégoire.

Ah, Venise ! Sa place St Marc, ses canaux, ses gondoliers bien peignés qui, sur fond d’accordéon, chantent « Don’t Cry For me Argentina » (la version originale de Julie Covington hein, pas celle de Madonna, nan mais oh !) pour les fines oreilles des touristes un peu jet lag en transit dans la lagune… Fermez les yeux, vous y êtes. Bah c’est du joli !

Nan, sans dec’, elle est où l’âme de la Sérénissime ? Ok, on est d’accord, Venise, ça claque : les églises pleines de trésors, les musées, l’ambiance, la bouffe, etc. Mais Venise n’est-elle que ça ? Un gigantesque musée sur l’eau ?

Tu pourrais tomber dans le piège et te dire qu’après tout, oui. Combien de fois en une journée peux-tu voir des touristes se faire des signes de mains quand deux vaporetti (Word me propose « vaporettos » mais c’est franchement laid) se croisent, bien qu’ils ne se connaissent pas ? Combien en vois-tu filmer TOUT ce qu’ils peuvent, jusqu’au mec qui décharge des boissons d’une barque ? T’as vraiment l’impression d’être dans une navette que l’on prend juste après avoir laissé la voiture au parking, comme dans un parc d’attractions.

Mais oublie ces mauvaises idées. Venise n’est pas ça. Venise ne peut pas être ça. Allez, mets tes baskets, fais tes lacets, prends une bouteille d’eau (indispensable), et pars en vadrouille, de nuit comme de jour. Et ouvre grand les yeux hein ? Parfait.

Et c’est sur les murs que tu fais une belle découverte : des pochoirs, des collages, des graffs assez frais. Au début, tu passes devant, et tu te sens cool parce que tu sais que ça, ça s’appelle du street art. Bien ouéj. Mais en s’arrêtant, en regardant, tu finis par te demander si elle n’est pas là, l’âme de Venise. Ou du moins une partie (Tintoret et Bellini assurant déjà au moins 50%).

On a de tout. Allons du plus léger au plus « revendicatif ». En arrivant sur le Campo San Polo par le Nord, tu te dis que le lapin vert fluo pourrait bien devenir ton nouveau pote funky ; en attendant le vaporetto, tu réalises que oui, une belle femme, ça fait des prouts ; vers San Samuele, tu vois des cœurs ; au détour d’un chemin, tu lis un beau jeu de mots inspiré d’un célèbre slogan politique américain.

Mais parfois, pour les collages, tu bascules dans l’étrange. Par exemple, tu trouves souvent des oiseaux aux très nombreux yeux, isolés ou assemblés de sorte à former ce que tu appellerais, pseudo-poétiquement, une fleur. Comme si Max Ernst avait été pizzaiolo en secret et que Lop-Lop l’avait suivi. Mince alors. Nan, sincèrement, ces collages sont prodigieux.

Certains artistes suivent une démarche plus politique, plus polémique. Ils cherchent à nous rappeler, non sans nostalgie, le fort passé communiste de la ville, notamment sous Massimo Cacciari jusqu’en 2010, à marquer leur opposition à la guerre en semant de petits obus en chute libre, ou à nous faire réagir contre la faim dans le monde. Ce qui est sûr, c’est que nombreux sont ceux qui veulent nous alerter sur le destin de Venise, et plus généralement de l’Italie de Berlusconi.  Le « Wake up Italy » et le « Venice for sale » n’ont pas besoin d’être commentés ; d’autres sont moins subtils, comme celui représentant le chef d’Etat disant « La vaseline, je l’ai », qui insiste sur ses penchants un peu olé olé, tout en nous montrant qu’avec lui, les Italiens l’ont bien dans le c**. Bah eh, si on peut plus s’exprimer !

Bon, t’as trouvé une partie de l’âme de Venise, t’es content, et t’as plus d’eau. Tu réfléchis, comme si ça t’allait bien, et paf, c’est le moment de ton envolée lyrique. Les églises, les palais, les musées ne sont pas en carton comme à Disneyland. Des gens vivent ici, noyés dans les effets ravageurs du tourisme, mais, farouches, les insulaires semblent résister aux requins. Comment ne peux-tu pas être tenté d’illustrer cette conclusion par le graff  de Jace en face du Pop In à Paris ?

Le Havre oblige, t’as vu.