Tag Archives: théâtre

Les Menteurs au Théâtre de la Porte Saint-Martin

3 Oct

Les Menteurs, au Théâtre de la Porte Saint-Martin depuis le 7 septembre

par Aurore et Grégoire.

Mercredi dernier nous assistions à la dernière pièce de Chevallier et Laspalès (oui oui, c’est surprenant, mais on aime tester de nouvelles expériences), intitulée Les Menteurs, qui se joue depuis le 7 septembre. Le duo revient après son succès dans le Dîner de Cons. Voici un rapide synopsis de la pièce : « Chargés d’annoncer une mauvaise nouvelle à deux personnes âgées au cœur fragile, deux braves « bobbies » appuient sur la sonnette d’un petit pavillon le soir de Noël… La maladresse des deux policiers n’égalant que leur absence de jugeote, l’affaire prend rapidement une tournure des plus burlesques. La vieille dame n’a plus toute sa tête, une voisine inquiétante terrorise son monde, un pasteur cache quelque chose, une jeune fille peut en cacher une autre, un chien aboie, puis… De coups de théâtre en quiproquos désopilants, on rit sans cesse jusqu’au dénouement le plus inattendu. » (communiqué de presse)

LES MENTEURS

Adaptation Marianne GROVES. Avec Antoinette MOYA, Roger VAN HOOL,
Sophie GOURDINBruno CHAPELLENell DARMOUNI. Décors Charlie MANGEL.
Lumières Gaëlle de MALGLAIVE. Musique Guillaume et Renaud STIRN.
Costumes Juliette CHANAUD

Réservations : http://www.portestmartin.com/

À partir du 07 sept. 2012
Du mardi au vendredi à 20h
Le samedi à 16h45 et 20h30
Le dimanche à 15h

Aurore : Chevallier et Laspalès, on connait. Un duo qui fonctionne, des personnages qui s’accordent et des vannes absurdes qui fusent. On est donc plutôt content de les retrouver là. Malheureusement, les années ont passé et il semblerait que le rythme du duo se soit un peu ralenti. La pièce tourne donc autour de ces deux policiers peu débrouillards, pourtant les autres acteurs ne s’effacent pas devant les rôles titres. On adore le couple, et on a bien sûr un petit faible pour la vieille dame, qui sous ses airs de ne pas y toucher, a plus d’un tour dans son sac. Soyons honnêtes, on y va pour se détendre, pour se délecter du boulevard du meilleur effet. On sourit, on est surpris, mais on regrette que la dynamique semble un peu enraillée.

Grégoire : Que dire de plus ? J’avoue que bon, dès que Laspalès entre sur scène, on rit. Même s’il ne dit rien, juste pour sa tête. Et dès qu’il ouvre la bouche, on repense aux skecths mythiques. Aurore l’a dit : on y va pour se détendre. Avec quelques longueurs, de bonnes vannes un peu potaches parfois certes, la pièce fonctionne tout de même bien. On pourrait regretter de constater que le duo se renouvelle assez peu, mais d’un côté il utilise une formule qui marche toujours auprès d’un public qui lui est fidèle (aucune remarque concernant la moyenne d’âge). Très bon point pour le décor, vraiment bien agencé et assez absurde. Les autres acteurs sont bons, jusqu’à parfois se montrer plus drôles que les protagonistes… 

Publicités

« On ne badine pas avec l’amour »

20 Mar

Théâtres romantiques à Paris, collections du musée Carnavalet, du 13 Mars au 15 Juillet 2012,

Musée de la vie romantique, Paris.

Par Aurore.

Ce titre va peut être vous paraître bizarre, mais on parle bien d’amour et de théâtre alors si on ne parle pas de XVIIIe, ça me semble quand même bien trouvé. De quoi parlons-nous d’ailleurs ? D’un lieu paisible au cœur du IXème arrondissement parisien, et oui : c’est le musée de la vie romantique, et je vous recommande vivement d’aller y faire un tour.

Deux choix s’offrent à vous : déguster cheesecake et autres douceurs dans la petite cour ombragée, ou venir découvrir l’exposition et arpenter les salles de ce petit hôtel particulier. Pour la petite histoire, il appartenait initialement au peintre Ary Scheffer et autant vous dire que ce n’est pas nimporte qui : artiste en plein dans son époque, il initie la mouvance romantique dont il restera une des figures de proue. Mais ce n’est pas tout, Mr Scheffer était le professeur de dessin de Marie d’Orléans. Et je parle bien de la princesse, fille de Louis-Philippe, à la sensibilité artistique si développée et au talent de sculpteur reconnu. L’actuel musée de la vie romantique a donc eu tout le loisir de voir défiler le tout Paris artistique, jusqu’à ce qu’il soit possible, au XXème siècle, de reprendre les décors et présenter les collections permanentes du musée dans une reconstitution de l’ambiance du XIXe.

Le Théâtre des Nouveautés 1828 de Maurice-Sidoine Storez © Musée Carnavalet/Roger-Viollet

Vous voilà donc dans cette petite cour aux accents mélancoliques, ce que vous apercevez au fond ce sont les ateliers de Scheffer où sont aujourd’hui présentées les collections permanentes du musée. Mais, moi, je vous propose de me suivre dans l’exposition « Théâtres romantiques à Paris ». C’est en présentant les collections du musée Carnavalet que le « mvr » (pour les intimes, et ça y est nous en sommes) nous présente ce besoin d’évasion et de travestissement qui définit si bien la France Romantique : le théâtre.

Tiens donc, une bonne question : « romantique », oui mais c’est à dire ? La période romantique pourrait être datée (selon mon humble avis donc) de 1820-25 à 1850. La génération Y de l’époque est née au moment de la Révolution Française et a connu l’Empire, alors après tout cela, elle a envie d’autre chose, et elle va aller le chercher ailleurs. Et oui, le romantisme c’est ça : puiser dans la littérature, les voyages et le rêve, afin de reconstituer un univers fantasmé. Ça passe donc par la mode, le théâtre, la décoration etc. Mais ce bel esprit va mourir face au faste et au clinquant du Second Empire.

Le Mime Charles Deburau en costume de Pierrot de Jean Pezous ©Musée Carnavalet/Roger-Viollet

Le « Mvr » reconstitue pour nous les différents aspects de cette vie rythmée par le théâtre en tant que processus créatif, on découvre les projets de décors, les aquarelles des costumes, les portraits des acteurs, mais aussi les accessoires présentés dans des vitrines: des bijoux, des diadèmes ou encore des épées de théâtre. Le musée laisse volontairement de côté l’aspect « people » du théâtre, car si quelques acteurs de l’époque étaient bien des stars, il faut savoir que chaque sortie au théâtre et à l’opéra s’apparentait réellement à l’exercice du « red carpet » aujourd’hui. Il ne s’agissait pas de commettre des fautes de goût, d’être trop, ou trop peu apprêté, ou de trop se faire remarquer.

Fanny Elssler dansant la cachucha dans le "Diable boiteux" de Achille Dévéria © Françoise Cochennec. Musée Carnavalet/Roger-Viollet

Bon, le XIXème, par la force des choses c’est mon dada. Alors les portraits de Marie Taglioni (danseuse et cantatrice de l’époque) et les dessins de Dévéria restent pour moi des petits bijoux ! Quand je les vois, j’ai l’impression de retrouver des grands copains, comme à la maison donc ! J’aime les robes romantiques, les tailles corsetées ( !) et les amples jupes à volants. J’ai aussi craqué sur les décors de Philippe Chaperon. Au XIXème siècle, les inspirations sont partout : le Moyen-Âge, le XVIIIème, les chevaliers du XVIème siècle. Les romantiques rêvent, imaginent, créent (ou essaient). Alors on se soucie peu d’une quelconque « réalité historique », on mélange, on comble les lacunes, et on aime ça !

L’exposition, grâce à ses nombreux portraits, restitue parfaitement cet esprit foisonnant. On se laisse porter par ces drames, on suit ces personnages esseulés dans des décors effrayants, on voyage dans le temps et ailleurs. Le théâtre c’était un lieu privilégié, où les plus riches se croisaient, se toisaient. On vient confronter son savoir, briller dans ses toilettes fastueuses. En effet, c’est un peu contradictoire avec l’idéal romantique à la peau pâle, à l’esprit torturé et à l’instinct créatif, mais heureusement au milieu de ce cirque social, dans l’ombre, les vrais artistes composaient, écrivaient et révassaient pour tous les autres !

Décor de l'acte IV de Marie Thudor au théâtre de la porte St Martin en 1873 de Philippe Chaperon © Musée Carnavalet/Roger-Viollet

Alors, on y va pour s’imprégner de cette ambiance mélancolique où historicisme et exotisme sont partout. On aime la période, mais on reste un peu sur sa faim : une salle de portraits peints, une salle de projets de décor, une salle de gravure, le rythme est un petit léger.  Par contre, notre conseil : si vous avez des courbatures, ou un âge avancé, préparez-vous à grimper des escaliers parfois un peu effrayants, mais bon, je crois qu’ils y ont réfléchi. Et que si c’est là, ça ne doit pas être si dangeureux. Non ?!

On a aimé :

–       l’ambiance mégalo du XIXème, où on s’aime et on se scrute

–       les gravures de l’époque

–       le fond du musée Carnavalet exploité pour une présentation thématique

 

On a moins aimé :

–       la monotonie du propos

–      l’escalier en colimaçon

L’Italienne au Funambule : les émotions sur la corde raide

28 Fév

Aurore vs. Grégoire.

Dimanche soir, nous sommes allés au théâtre. Et oui, très chers. Nous sommes allés au Funambule pour voir l’Italienne, pièce écrite par Eric Assous, mise en scène par David Garcia, et interprétée par Astrid de St Exupéry et Eric Rolland.

Cette fois-ci, nous nous y étions bien préparés, pour ne pas subir une deuxième fois les caprices d’une ligne 12 perturbée par un voyageur malade. Cher voyageur, si tu nous lis, on ne t’en veut plus, ne t’en fais pas. Arrivés devant le Funambule, nous sommes encore une fois charmés par le lieu : un petit théâtre intimiste en plein Montmartre, à la façade rouge couronnée par un Space Invader. L’accueil y est chaleureux, la salle fait l’effet d’un petit cocon. On sent que l’on va y passer une bonne soirée. D’autant plus que, il faut le dire (parce que nous en sommes fiers), nous y avons été invités. Chers amis, le Point C rentrerait-il dans la cour des grands ?

Août 2011, manufacture des Abbesses : L’Italienne est jouée pour la première fois. L’histoire commence quelques mois plus tôt, quand l’auteur propose à son ami, le comédien Eric Rolland, de jouer cette pièce. Ecrite depuis plusieurs année, elle sommeille sagement au fond d’un tiroir. 2011, l’année de tous les risques, Eric Assous questionne sur les problèmes de l’amour, mais aussi sur les limites du théâtre, de la fidélité, de l’amitié. Autant vous dire, tout un programme ! Ils contactent aussitôt la pétillante Astrid de Saint Exupéry. Les répétitions s’enchaînent et l’aventure aboutit à la fin de l’été 2011. Les trois compères créent alors la Compagnie des Petits Joueurs (que vous devez suivre dès à présent sur facebook !). Un conseil, ne les perdez pas de vue : il est déjà en projet qu’ils jouent à Avignon, au fameux théâtre La Luna, en Juillet prochain avant de parcourir la France en caravane. A noter donc ! Si le texte d’Eric Assous surprend toujours par sa justesse et son acuité, la mise en scène de David Garcia lui donne une nouvelle dimension. Il avoue lui-même avoir misé sur une « mise en scène cinématographique ». Il fait alors peu appel aux rouages traditionnels du théâtre (avec seulement deux monologues) et se joue de la chronologie de la pièce. Des flash backs habiles qui perdent le spectateur, juste ce qu’il faut pour le faire douter : et si tout ce qu’on croit ressentir n’était pas si simple ?

Mais revenons à nos moutons : l’Italienne. Hommage à Claude Barzotti ? Ode à Frédéric François ? (heureusement) Non, rien de tout ça. Au théâtre, une italienne désigne le fait de se donner la réplique sans y mettre les émotions. « Les émotions » : retenez bien ce mot, on y reviendra très vite. BREF, en gros, l’Italienne c’est l’histoire d’un homme (Franck) quitté par sa femme (Muriel), et qui souhaite mettre en scène sa rupture. Pour cela, il décide d’engager une jeune actrice pour jouer le rôle de son ex-femme. Mais les répétitions se succèdent, et la frontière entre réalité et fiction se fait de moins en moins nette : peut-on vraiment jouer l’amour (ou le désamour) sans le ressentir ? Rassurez-vous (ou pas), c’est en fait bien plus compliqué que ça.

Astrid de St Exupéry et Eric Rolland interprètent avec force les personnages. Engueulades, doutes, rires, les émotions se suivent et ne se ressemblent pas. Premier bon point. Ils arrivent, dans un décor minimaliste, à développer une action riche et intéressante. Les problèmes que vivent les personnages nous parlent. Nous savons tous de quoi il s’agit, et la proximité (rendue à la fois par le lieu mais aussi par la mise en scène) nous rendrait presque mal à l’aise. Parfois, on ne sait pas trop où se mettre, comme quand, lors d’un dîner, un couple s’engueule assez violemment. Mais d’un autre côté, on aime ça. Deuxième bon point. Au fond, nous sommes tous un peu voyeurs, non ?

Il serait inutile que nous vous racontions en détails la pièce : mieux vaut vous laisser l’entière surprise. Mais il reste quelques petites choses à dire. Après la pièce, nous avons rencontré les acteurs et Pierre (sans qui tout cela n’aurait été possible) autour de quelques verres (plus ou moins alcoolisés, soulignons le). Déjà, Astrid et Eric nous ont confié qu’ils étaient malades. Chapeau, car ça ne s’est pas du tout vu sur scène. Après quelques gorgées pour se réchauffer, les langues se sont déliées, et chacun y est allé de son interprétation. Or il se trouve que la rédac’ du Point C ne parle pas d’une seule voix. Pas sur le fait d’avoir aimé ou non, car vous l’avez compris, nous avons passé un TRES bon moment. Mais la pièce a suscité chez nous des réactions différentes, surtout par rapport aux personnages.

Voici donc nos avis respectifs… FIGHT !

Aurore : D’ores et déjà, sachez que l’on est tout à fait d’accord sur le fait que l’on a été troublé. Eric et Astrid sont justes et nous font prendre conscience de la fragilité des rapports entre hommes et femmes. Et manifestement, de leur ambigüité. Car si les acteurs incarnent deux comédiens en plein travail, c’est bien de la nature humaine dont on parle. Dans la salle, on sent le public, tour à tour surpris, choqué, ému, et j’en passe. Chacun y voit et y comprend ce qu’il veut, alors qu’en retenir ? Levez-vous, aimez-vous et hurlez-le. Loin des stéréotypes et de la facilité, la pièce nous met face à nos contradictions et nos envies secrètes.

Vous l’aurez remarqué, c’est une fille qui vous donne son avis ici, alors les filles suivez-moi ! On a, en effet, aucun mal à s’identifier à cette comédienne pleine de fraicheur et d’espoir (oui on est toutes comme ça, non ?) qui, en même temps, révèle la part sombre qui sommeille en nous. Le doute, la peur de l’abandon, le besoin d’être rassurée. Oui d’accord, mais attention les filles à rester maitresses de vos sentiments. Quant à Muriel, le personnage de la pièce dans la pièce, c’est LA méchante (en tout cas pour moi !). Infidèle, elle laisse un amoureux désemparé et lui reproche de ne pas la retenir. Et elle s’est bien gardée de formuler cette envie à voix haute : et oui, pourquoi faire simple si on peut tout compliquer ? C’est subtile, profond et juste, et j’ai adoré me balader dans la tête de ces personnages vrais et paumés. Une vraie bouffée d’air frais !

Et si l’herbe n’était pas plus verte ailleurs ?

Grégoire : Perso Aurore, il y a beaucoup de choses dans ton avis qui me laissent perplexe… Pour moi, le personnage féminin a beau être la méchante, n’empêche que le mec, c’est pas une lumière. Je m’explique. D’accord, elle est infidèle. D’accord, elle n’y va pas avec le dos de la cuillère quand elle parle de ses expériences sexuelles avec son amant. Mais lui, fait-il quelque-chose de concret ? Lui prouve-t-il son amour par tous les moyens ? Il me semble lent, si bien que je tends à croire que malgré toutes les vacheries qu’elle lui inflige, Muriel se sent incroyablement libre. Après 5 ans de vie commune avec un mec si peu actif, on imagine bien qu’elle ait eu envie d’un peu de neuf (pour reprendre une réplique…).

Bon d’accord, ça doit pas faire du bien de se faire larguer comme ça… Mais bon, n’empêche qu’il tombe dans le cliché de la catharsis : l’homme trompé, blessé dans son ego, devient revanchard et souhaite réécrire l’histoire pour mieux s’en débarrasser. Mais s’en débarrasse-t-il vraiment ? Il reste très centré sur ses émotions à LUI, sans tenir compte des dommages émotionnels collatéraux que les répétitions entraînent. La meilleure preuve réside dans le prénom de l’actrice qu’il engage : vous le découvrirez par vous-mêmes, je ne vais quand même pas vous donner toutes les cartes ! Selon moi, ce narcissisme évident ne peut que faire pencher la balance du côté du (multiple) personnage féminin. ET PAF !

Reprise le 14 Mars, du Mardi au Dimanche, 20h au Funambule.

Tarifs : Entre 10 et 20€. Vous pouvez réserver ici (entre autres!).