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Delacroix : un hommage mortel

2 Fév

Fantin-Latour, Manet, Baudelaire, L’Hommage à Delacroix, Musée National Eugène Delacroix, du 7 décembre 2011 au 19 mars 2012.

par Lulu.

Haaa Delacroix le romantique, l’orientaliste, auteur de la Liberté guidant le peuple ou des Femmes d’Alger, le rêveur et peintre héros du XIXème siècle ! Rien de plus pour me pousser à me rendre au musée éponyme qui présente en ce moment une exposition «hommage », grâce à un prêt exceptionnel du Musée d’Orsay.

Situé rive gauche, au cœur du quartier de Saint-Germain (pas inutile de le préciser), le musée national (s’il-vous-plait !) Eugène Delacroix est installé dans la maison de l’artiste et accessoirement sa dernière demeure. A sa mort en 1863, parmi ses amis, Fantin-Latour, qui estime que les honneurs officiels rendus à l’artiste ne furent pas à la hauteur de son talent, décide de s’engager dans la réalisation de son « Hommage ». Il veut revendiquer son amitié et signifier la grande perte pour le monde de l’art que représente la mort de Delacroix, en compagnie de plus grands peintres et critiques de l’époque.

Henri Fantin-Latour, Hommage à Delacroix, 1864, Huile sur toile, Paris, musée d’Orsay RF 1664 © RMN (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Le décor est donc planté et l’exposition propose un parcours chronologique d’esquisses et de dessins préparatoires de l’œuvre, somme toute sympathiques, qui permettent de voir comment un tableau, qui plus est un hommage, s’élabore. Ainsi, après un bref moment à chercher en vain la fameuse œuvre, on m’invite à sortir, et là je découvre un charmant petit jardin très agréable

© RMN / G. Blot

Mais restons concentrés. Je pénètre alors dans l’ancien atelier de Delacroix qui abrite le cœur de l’exposition. Au centre, l’Hommage sur fond rouge, magistral, tout entouré de dessins, lettres et autres esquisses encore. Les textes sont courts et montrent bien les enjeux d’une telle œuvre au même moment où Manet présente son Déjeuner sur l’herbe… Le choix des objets (exaltant le fond riche du musée-même) permet de véritablement comprendre le cheminement qui mène à un chef-d’œuvre. En ce sens, l’exposition est très intéressante, mais attendez, j’arrive au fameux « MAIS ».

Henri Fantin-Latour, Esquisse pour l’Hommage à Delacroix, Huile sur toile, Paris, musée Eugène-Delacroix MD 2008-21 © RMN (musée du Louvre) / Harry Bréjat

Henri Fantin-Latour, Autoportrait, 1860, Fusain, lavis, encore noire, Lille, Palais des Beaux-Arts Inv. W 2076 © RMN (musée d’Orsay) / Jacques Quecq d’Henripret

Et oui, c’eût été trop beau de rendre un hommage (clin d’œil) à cette exposition sans porter aucun grief ! Alors j’entends déjà les voix qui s’élèvent devant leur écran, me traitant de rabat-joie, d’insatisfait, de critique à la noix (passe encore) mais qu’importe ! J’assume vaillamment, face notamment aux gardiens de salle (3/4 par salle de 20m² rien de moins) qui se pensent sans doute au bistrot et m’ont franchement gâché la moitié de la visite ! Ceci étant dit, ma deuxième déception se porte surtout sur le lieu-même, certes sauvé des spéculations immobilières et mis en valeur grâce au protectorat du musée du Louvre, mais qui semble avoir perdu un peu de son âme. Je n’ai pas ressenti, comme cela arrive parfois dans certains lieux, le « poids de l’histoire », la présence de l’illustre homme qui l’a habité… Peut-être le prix à payer pour pouvoir en faire un musée digne de ce nom

© Louvre/Angèle Dequier

Mais bon, revenons surtout au sujet de notre exposition, ce fameux Hommage à Delacroix qui personnellement me plaît beaucoup, surtout pour sa composition, avec ces hommes qui viennent lui rendre hommage fièrement devant le portrait peint. Les esquisses présentées montrent d’ailleurs bien tout le problème de la construction. J’ai été particulièrement marqué par les deux petits malins assis au premier rang à droite : le célèbre critique Champfleury et notre cher ami Charles Baudelaire (rien que ça !). Tous deux vous interpellent, vous regardent directement avec un air presque réprobateur qui, je le confesse, est très réussi à mon goût. Particulièrement Champfleury, presque hautain, qui semble penser « Et ouais, moi j’y étais, je l’ai pas lâché ! ».  On peut sans doute gloser comme cela sur tous les autres personnages mais chacun s’imaginera ses propres dialogues en allant voir l’œuvre.

Eugène Delacroix, La mer au coucher du soleil, 1832, Pastel, Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques RF 9154.4 © RMN / Thierry le Mage

Parce que oui, malgré tout, c’est sans doute une petite exposition (pas plus de 30 minutes) qui vaut le coup d’être vue, ne serait-ce que pour le tableau lui-même que l’on découvre véritablement, mis en exergue contrairement à sa place habituelle sur les bords de Seine où il peut être parfois noyé et oublié face à tant d’autres chefs-d’œuvre beaucoup plus connus.

Alors hommage vibrant ou pas, je vous en laisse seuls juges ; mais chef-d’œuvre à n’en pas douter !

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Orsay impressionne !

21 Jan

par Aurore.

Je n’aurai pas le culot de vous dire que cet article est le scoop de l’année. Vous le savez sûrement, Orsay a changé. Totalement. Ils ont tout revu, comme ils disent. Et moi, je suis donc retournée voir ce que j’avais déjà vu. Mais différemment.

Fin Septembre, la nouvelle tombe : le musée d’Orsay rouvre ses espaces dédiés aux impressionnistes et post-impressionnistes. Tout cela sur fond d’une campagne de pub très critiquée et d’une muséographie assez novatrice. Alors je vous propose de me suivre dans ce nouveau musée, autour des nouveaux accrochages, des fonds colorés et du tout nouveau parcours. Vous pourrez alors découvrir mes impressions, mais aussi celles des visiteurs qui m’entouraient (et pas des moindres). On traverse la Seine, on marche, on fait attention à ne pas se faire écraser. Vous êtes face à un grand taureau de bronze, alors ça y est vous y êtes, bienvenue au musée d’Orsay.

Inévitable : mais Orsay, c’est quoi ? Les enfants, Orsay c’était une gare avant (non tout le monde ne le sait pas !). Donc pour les trois du fond qui n’écoutent jamais : Orsay c’était une gare qui assurait le transport des voyageurs notamment jusqu’à Orléans. Elle est construite pour l’exposition universelle de 1900. Mais la Seconde Guerre Mondiale et le développement de la gare de Paris-Austerlitz vont accélerer son abandon. Elle est délaissée, et la question de son remploi ou de sa destruction se pose rapidement. Mais c’était sans compter les années 1970-80 et leurs grands projets consacrant Paris en ville du Patrimoine. Le XIXème siècle est à la mode et Valérie Giscard-d’Estain sauve la gare de la destruction pour en faire le temple de l’art du XIXème. Le cœur patrimonial de Paris se confirme avec les grands travaux du Centre Pompidou et du Louvre. 1848 est la limite qui répartit les collections entre le musée du Louvre et le musée d’Orsay. Et après 1914, rendez-vous à Pompidou.

Aujourd’hui le musée d’Orsay c’est 2 239 050 entrées par an en moyenne entre 1994 et 2003, mais aussi 2 985 510 visiteurs en 2010, soit un total sur 24 ans de 66 730 187 visiteurs. C’est pas moi qui l’invente, c’est le musée qui le dit !

Alors le « Nouvel Orsay », c’est quoi ? Excellente question, à ce sujet voilà ce que nous annonce le musée « A l’approche de la fin de l’année 2009, le musée d’Orsay entreprend la rénovation muséographique de ses salles impressionnistes et post-impressionnistes situées au dernier étage, ainsi que des quatre étages du « Pavillon Amont » qui y donne accès. Mieux mettre en valeur les œuvres, accroître les surfaces d’exposition et le confort des visiteurs, assurer une meilleure fluidité de la circulation et une meilleure sécurité, tels sont les principaux objectifs des travaux qui s’échelonneront sur toute l’année 2010. L’éclairage et les couleurs des cimaises seront particulièrement travaillés. Ce sera aussi l’occasion de revoir le circuit de visite et de lui donner une nouvelle cohérence ».

Alors le nouvel Orsay, c’est tout ça, et ce n’est pas peu dire !

En bonne élève que je suis j’ai voulu vivre l’expérience à fond. J’ai suivi toutes les flèches, lu tous les panneaux : 100% Orsay. J’ai passé la muséographie au peigne fin : accrochages, cartels, boutiques, restaurants, distraction, pauses. Tout y est passé.

Vous entrez dans le musée, vous êtes en haut des escaliers et toutes les œuvres s’offrent à vous : si, si, vous voyez l’allée centrale et ses sculptures de la deuxième moitié du XIXème. Votre cœur s’emballe, vos yeux piquent : l’aventure va être intense mais magique ! C’est parti ! Vous avez donc le choix entre quatre thèmes, sur votre gauche, les modernes et le début de l’impressionnisme ainsi que l’art des salons, sur votre droite les post-impressionnistes et le symbolisme. Première remarque ? C’est clair, c’est chronologique, c’est accessible. Accrochez-vous, ça va être comme ça tout le long : le Nouvel Orsay est pédagogique !

Je commence donc chronologiquement par… les débuts de l’impressionnisme pardi ! Ce qui compte dans ces nouveaux aménagements ce sont les couleurs : cette première section est entièrement sur un fond vert bronze, et à la fin un immense Puvis de Chavannes est sur un fond rouge intense. Le contraste opère, l’émotion prend. Bien joué Orsay !

L'origine du monde - Gustave Courbet - 1866 © RMN/Orsay

« L’art des salons » s’ouvre sur des grands formats et sur l’orientalisme. S’y côtoient alors les lumières irréelles et le rêve face à une nature sauvage et menaçante. Ici, c’est un violine brun qui fait ressortir les toiles. L’art des salons, c’est l’académisme : une manière qui reprend les sujets traditionnels tels que les thèmes de la Bible ou de l’Antiquité et les traite dans des formes et un style stables. On retrouve bien sûr Alexandre Cabanel, mais surtout si l’on passe une salle vert d’eau (et vide !) on entre dans l’esprit tourmenté et foisonnant de Gustave Courbet. Et c’est là que mes visiteurs m’aident à vous retranscrire ce que ce nouvel accrochage veut dire : l’Origine du monde de Courbet, incontournable donc. J’y croise des adolescentes ricanant devant le tableau « c’est marrant » « c’est super bien fait » « il est trop fort ce tableau en plus il est au milieu ». Il manque les rideaux qui masquaient le tableau dans le cabinet de son commanditaire original, mais même sans cela Courbet atteint son but : avec l’aide du musée, il touche, il intrigue, il fascine, il dérange, il parle.

Henri Gervex - Une séance au jury de peinture - 1885 © RMN/Orsay

Le vert d’eau (assez audacieux, si ce n’est carrément kitsch) est repris dans la salle suivante : les arts décoratifs du Second Empire. Il accueille donc l’éclectisme à son sommet, les formes, les matières, les couleurs, les motifs s’accumulent et se côtoient. On ressort vite et on tombe sur trois grands formats dont la Naissance de Vénus de Cabanel et la Séance du jury de peinture de Gervex, sans cadre. Majestueux mais bizarre. Avant de monter, une immense salle peinte dans un violet profond accueille les grands formats de Courbet dont la présentation exceptionnelle du Combat des cerfs. Une banquette ronde au centre de la pièce vous permet de faire une pause et d’admirer. Là, je croise un ado du même groupe que les premières : « c’est beau ici, imagine quand c’était une gare ». La vérité sort de la bouche des enfants (des ados moins souvent, mais pour le coup là ça marche).

Le combat de cerfs - Gustave Coubert - 1861 ©RMN/Orsay

Une heure est déjà passée, vous vous apprêtez à prendre quatre escalators, comptez donc environ 2 heures pour les monter (interminable !). Avant d’entrer dans la galerie des impressionnistes vous pouvez profiter du nouveau panorama sur le musée. Magique ! Mais surtout, une boutique. Quoi de plus utile dans votre compréhension de l’art du XIXème siècle que des torchons et des magnets ! Les horloges sont exploitées, et la vue sur Paris est éblouissante. Mais attention : pas de photo !

Je ne vais pas vous décrire toutes les salles. Simplement, les impressionnistes sont présentés sur un fond violet gris (je vous laisse recréer mentalement cette couleur). Ce qui vous donne l’impression de plonger dans les couleurs des peintres. Sept salles se suivent, et je vous le redis : le nouvel Orsay est pédagogique. Si vous ne connaissez rien à la peinture du XIXème siècle, je suis sûre qu’en faisant ce nouveau parcours vous en aurez compris les grandes lignes, les débats, les tensions et les recherches. Mais la présentation, l’éclairage et les fonds donnent une telle profondeur aux œuvres que je pense que les spécialistes auront aussi loisir à scruter les moindres détails de ces chefs-d’œuvres. Des origines aux sources du XXème en passant par le Paris moderne, Cézanne ou les cathédrales de Monet, laissez-vous porter par le chef-d’œuvre face à vous dans chaque salle, tout en explorant les séries sur les murs latéraux.

Les coquelicots - Claude Monet - 1873 © RMN/Orsay

Il est temps de faire une pause (comprendre : de donner des sous au musée pour pouvoir vous asseoir), voici donc le restaurant créé par les frères Campana. Vous êtes dans 20 000 lieues sous les mers, rêvez.

De nouveau, 2 heures d’escalators, et encore un restaurant. Vous pouvez faire une pause dans chacun si vous êtes super riche ! Les post-impressionnistes sont illustrés par Van Gogh à Arles et Gauguin en Bretagne. Leurs couleurs et la géométrie de leurs motifs explosent sur un fond bleu canard. Notamment la Méridienne de Van Gogh qui laisse sans voix. Hors de ces salles, dans le circuit parallèle, le musée présente des sculptures sur un fond bordeau et un socle gris. Puis ce sont les néo-impressionnistes où les cadres blancs créent une rupture avec le fond bleu et vert d’eau. On redescend et on traverse les galeries des nabis, les salles de Toulouse Lautrec, puis le symbolisme. Bleu, vert, gris, on retrouve les mêmes couleurs mais toujours agencées de manière novatrice et dynamique. Le parcours se referme sur les œuvres de Gustave Moreau.

La méridienne - Vincent Van Gogh - 1889-90 © RMN/Orsay

Les salles se succèdent, les couleurs s’alternent : l’œil ne se lasse pas. Il est sollicité par les couleurs des œuvres, mais aussi l’ambiance et l’aménagement des salles qui créent un rythme permanent. Si les cartels ne changent pas et restent un peu petits à mon goût (les visiteurs se plient en deux pour les lire), les œuvres semblent parler d’elles-mêmes.

J’ai adoré le voyage que propose ce nouvel Orsay. Les couleurs sont profondes, elles créent une tension et une unité d’espace. Pourtant elles ne monopolisent pas l’attention : elles donnent de la profondeur aux œuvres qu’elles accueillent. Les collections du musée ont été entièrement réaménagées, chaque œuvre a une place spécifique qui s’explique par les possibilités de présentation qu’elle offre (profondeur pour regarder un grand format) mais aussi par les œuvres qui l’entourent et qui lui donnent du sens.

Orsay, plus que tout autre musée (à mon sens) a un propos extrêmement ciblé,  et il est ici mis en espace de manière claire et simple. J’encouragerai tout le monde à aller à Orsay, novices comme habitués des musées.

Et pour ceux qui veulent prolonger l’expérience de cette touche vibrante et des couleurs dansantes du XIXème siècle, rendez-vous à l’Orangerie de l’autre côté de la Seine, où vous vous noierez dans les Nymphéas de Monet, mais vous retrouverez aussi ces fonds colorés qui semblent annoncer le futur des musées d’aujourd’hui.

Le planning #1

7 Nov

Une sélection d’expositions à ne pas rater sur Paris et ailleurs, en Novembre et Décembre (en plus de toutes celles dont on vous fait un compte rendu bien sûr !)

La cité interdite au Louvre, jusqu’au 09 Janvier 2012 – Musée du Louvre, Paris.

Le musée monde, J.M.G. Le Clézio invité au Louvre, jusqu’au 6 Février 2012 – Musée du Louvre, Paris.

Marteen Baas, les curiosités d’un designer, jusqu’au 12 Février 2012 – Musée des Arts Décoratifs, Paris.

Goudemalion, Jean-Paul Goude une rétrospective, jusqu’au 18 Mars 2012 – Musée des Arts Décoratifs, Paris.

Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde, jusqu’au 15 Janvier 2012 – Musée d’Orsay, Paris.

Maori, jusqu’au 22 Janvier 2012 – Musée du Quai Branly, Paris.

Elles changent l’Inde, jusqu’au 8 Janvier 2012 – Musée du Petit Palais, Paris.

Boris Vian, jusqu’au 15 Janvier 2012 – BnF, site François Mittérand, galerie François Ier, Paris.

Paul Klee, polyphonies, jusqu’au 11 Décembre 2011 – cité de la Musique, Paris.

Edvard Munch, l’œil moderne, jusqu’au 09 Janvier 2012 – Centre Pompidou, Paris.

Yayoi  Kusama rétrospective, jusqu’au 09 Janvier 2012 – Centre Pompidou, Paris.

Décor et installations, jusqu’au 15 Avril 2012 – Galerie des Gobelins – Paris – Beauvais

Le château de Versailles raconte le Mobilier National, jusqu’au 11 Décembre 2011 – Château de Versailles.

La Biennale de Lyon, jusqu’au 31 Décembre.

Klein + 10 collectionneurs, jusqu’au 31 Décembre 2011 – Galerie Le Réverbère, Lyon 1.


Planche(s) contact 2011, jusqu’au 27 Novembre 2011 – Deauville

L’art du costume de la Comédie Française, jusqu’au 31 Décembre 2011 – Centre National du Costume de Scène, Moulins.

Les dessins au pinceau de Matisse, jusqu’au 19 Février 2012 – au musée départemental Matisse au Cateau-Cambrésis.