Tag Archives: Musée du Louvre

Le bon point de la semaine #29

28 Nov

par Aurore.

Devant la charge de travail que nous impose la belle Ecole du Louvre, le planning de nos posts a été revu, et nous constatons aujourd’hui que Le Point C traverse une période difficile. Mais vous serez toujours tenus au courant en premier des changements à venir. En attendant, voici un hebdo de plus, pour vous tenir au courant de tout ce qui se passe sur la planète Culture !

12.12.12 x Louvre Lens : Le 12 Décembre prochain, où serez-vous ? Certes dans mes bras. Mais encore ? En route pour Bugarach (le village de la fin du monde), dans une salle de cinéma pour découvrir The Hobbit, ou à Lens ? Et oui, vous serez à Lens, ou en tous les cas vous serez sur le point d’y aller. Car dès le mercredi 12 Décembre 2012, le bâtiment du Louvre Lens ouvre enfin ses portes. Alors, on critique beaucoup la première exposition temporaire sur « La Renaissance » (rien que ça !) mais dites-vous que si vous n’avez pas pu venir à Paris découvrir la Sainte Anne de Léonard, c’est bien ici votre seconde chance. Bon, ensuite, on critique aussi l’alignement de chefs-d’œuvre, sans plus de raison, dans la « galerie du Temps ».

 

Alors on aime, ou pas, les prêts à longue durée, la pédagogie à tout prix, ou simplement les plus belles pièces de nos collections, mais on ne peut pas le nier : ça en jette ! Et la vidéo reprend bien cette typologie efficace et moderne, déjà utilisée dans l’affiche « tous à Lens », qu’on avait déjà bien aimé ! De nouveau, débattons : utiliser un Delacroix pour initier un mouvement de foule dans le TGV/TER/Corail/réseau Tadao reste discutable, mais bon la Liberté c’est grisant, alors on la suivrait bien ! 2013 risque donc d’être une année riche en déplacements : Marseille, Lens, Metz (pour ceux qui ne sont toujours pas allés au Centre Pompidou-Metz). La Culture s’essaime en France, bonne chose ou autoritarisme parisien qui se diffuse, c’est un débat de plus. On sera bien occupé à débattre en 2013 aussi alors !

Jean-Honoré FRAGONARD, Denis Diderot ? Vers 1769 © Musée du Louvre

Fragonard et Diderot, le fake : vous connaissez forcément le tableau à la touche nerveuse de Jean-Honoré Fragonard. Cet habitué des natures mortes à la lecture complexe délaisse dans ses portraits une touche précise. C’est donc dans la vigueur de ses réflexions que Denis Diderot est représenté sur ce portrait. Non attendez, une partie de cette phrase a été déclarée comme fausse. Et oui, en rédigeant la notice de ce tableau qui figurera à Lens dès le 12/12/12, l’identification de ce tableau a été revu. Fragonard ne se mesure donc pas du tout au portrait de Van Loo, car il n’a pas choisi le même modèle. Vincent Pomarède (responsable des peintures au musée du Louvre) a confirmé ce changement de discours émanant du Louvre, qui est né suite à la découverte d’un fonds de croquis où le peintre représentait plusieurs de ses tableaux, dont celui-ci sans pour autant mentionner qu’il s’agissait de Diderot. Aussi Diderot avait les yeux bleus selon l’œuvre de Van Loo, toujours très fidèle, mais aussi d’après des descriptions d’époque. Et là, ils sont bleus ! Pour aller plus loin, je vous conseille ce très bon article. En permettant l’étude d’œuvres que l’on considère comme connues, le Louvre-Lens a du bon !

Louis-Michel VAN LOO, Denis Diderot, 1767 © Musée du Louvre

En bref, on aime la simplicité et la fraicheur des œuvres de Faban Oefner et ses « couleurs dansantes », via Konbini.

Aussi on commence déjà à se brancher sur un projet qui devrait bientôt voir le jour : et si, enfin, vous pouviez entrer en contact avec des gens grâce à vos préférences artistiques, vos coups de cœur muséaux et vos artistes préférés ? C’est ce que semble proposer Whoartyou, le premier réseau social artistique. A suivre !

Décentralisation, musées, je finis donc sur le MuCEM, musée des civilisations d’Europe et de la Méditerranée, qui ouvrira en 2013, pile au bon moment pour célébrer Marseille, capitale de la culture. Découvrez les coulisses de leur campagne de publicité, qui reprend des marseillais pour inciter d’autres marseillais à y aller. On croise les doigts pour qu’ils choisissent des personnalités emblématiques de la cité phocéenne, mais mon petit doigt me dit que ça ne devrait pas tarder…

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Le bon point de la semaine #28

22 Nov

par Aurore.

L’invitation au voyage x Louis Vuitton : dévoilé il y a une semaine, Vuitton sort à son tour un film/pub/production-gigantesque-qui-coûte-le-pib-du-Turkménistan. Vous pouvez découvrir sur le web, au cinéma et à la tv, le spot raccourci qui vous redirige vers le site web de la marque afin de vous délecter du film d’une heure (c’est ici).

Je vous en parle, parce qu’une fois encore (après Dior et Chanel) la culture est au centre des campagnes de luxe. Et oui, Louis V. n’a pas choisi de mettre Arizona Muse à Chatelet – les Halles mais bien au Louvre.

Oui, les amis, au centre du monde, vous l’avez compris. Ok, au centre de NOTRE monde ! La Joconde, les Noces de Cana. Une conférence d’histoire de l’art en accéléré et en version LV.

Alors pour l’anecdote : si vous vous demandez, oui les espaces du musée du Louvre sont ouverts à la location pour des films ou des campagnes de pub. Mais, ça coûte un petit peu cher (heureusement !) et tout cela se fait le mardi : jour de fermeture du musée.

Pour rester dans le domaine du luxe, j’enchaine rapidement avec le dernier film promotionnel de Chanel. Après le bide de Brad Pitt dans leur dernière campagne (si, si!), et oui le SNL était sur le coup (again !)

Chanel veut redorer son image de marque et exploite… Marilyn ! Et oui, vous pensiez qu’on n’avez déjà tout dit sur l’icône blonde, mais non, les petites mains Chanel sont allées fouiller dans les archives pour découvrir les infos qui les concernent

© Magnifique création par Le point C

Ecole du Louvre x birthday girl : Et oui, on était au musée du Louvre, dans la culture, tout ça, tout ça, et bien, restons-y. Et oui, on est corporate, et on ne passera pas à côté : hier l’Ecole du Louvre fêtait ses 130 ans. Oui, 130 bougies à souffler devant le beau monde de la profession, mais bien sûr sans les élèves. Sachez que l’Ecole était quasiment fermée, tout juste un petit parcours à l’écart pour se rendre en cours. Parqués, les mecs. Si vous voulez en savoir plus sur l’actualité de ce bel établissement, c’est ici. Et sinon, il y a des portes ouvertes le 1er Décembre.

En bref, quelques nouveautés à découvrir : la nouvelle pub du Slip Français.

Vous avez déjà entendu parler de cette marque qui a bien exploité la campagne présidentielle de 2012 (cliquez ici pour vérifier mes dires, et c’est suffisamment rare pour le noter) en détournant les affiches des candidats. Cette fois, la marque de sous-vêtements masculins est de retour et s’approprie l’esthétique 1950s qui fonctionne si bien. C’est Marie-Clotilde Ramos-Ibanez que vous avez déjà vu ici qui vous les brise. Littéralement. Enfin, sauf si vous achetez Le Slip Français !

Côté ciné, c’est la bande-annonce du prochain film de Valérie Donzelli.

Main dans la main introduit Valérie Lemercier dans la boucle du couple/ex-couple branché. Jérémy Elkaim est donc en couple avec ladite Valérie, avec qui il se retrouve lié par un sort étrange. Au passage, on ne passe pas à côté de la BO : ici, vous entendez Electricity de OMD.

On reste dans la musique, et c’est Para One qui sort son nouveau clip avec le titre « When the night ». S’il a délaissé ses mix tapes du temps de TTC, il reste très imprégné des années 1990, et réinterprète le porno chic de Tom Ford et Carine Roitfield. Non, je rigole, il met juste des images sexy qu’il détourne.

Allez, je vous laisse donc en bonne compagnie pour terminer cet hebdo.

Raphaël envahit le Louvre, pour notre plus grand plaisir

30 Oct

Raphaël, les dernières années, du 11 octobre 2012 au 14 janvier 2013, musée du Louvre

en partenariat avec le Musée National du Prado

par Grégoire.

Comme chaque année, le musée du Louvre frappe fort pour se hisser au top des manifestations culturelles de la rentrée. Avec l’inauguration du nouveau département des Arts de l’Islam et des salles consacrées à la Méditerranée Orientale, le contrat était rempli. Mais le plus grand musée du monde veut enfoncer le clou, et présente pendant ce premier semestre une exposition consacrée aux dernières années de l’un des peintres les plus géniaux, les plus prolifiques, mais aussi les plus importants de l’histoire de l’art, l’italien Raphaël. Retour sur l’exposition événement de cette fin 2012.

Les affiches annonçaient la couleur : l’harmonie des bleus et des verts de Bindo Altoviti côtoyait les tons dorés et ivoires de la Donna Velata. Le musée promettait des chefs-d’oeuvre, des pièces encore jamais présentées en France, avec des grands retables, des portraits d’apparat, des portraits intimes, des oeuvres de dévotion privée et un important corpus de dessins. Mais pourquoi avoir choisi de traiter les dernières années de la carrière de Raphaël ? Une raison importante préside à ce choix : dès qu’il arrive à Rome, à la fin de l’année 1508, Raphaël se voit confier d’importantes commandes, qu’il ne peut gérer seul. Artiste en vogue, respecté de tous et admiré des princes, il devient le maître d’un important atelier où chaque élève exécute des tâches bien précises. L’exposition propose donc, en plus de montrer des chefs-d’oeuvre pleinement autographes, de distinguer les autres mains qui ont permis l’exécution de toutes les commandes, et principalement celles de Giulio Romano et de Gianfrancesco Penni.

Le parcours s’organise en plusieurs noyaux thématiques qui se recoupent les uns les autres, ce qui permet une bonne compréhension de l’ensemble, même si certains points restent plus obscurs que d’autres. La première section, pas indispensable, montre les débuts du jeune peintre alors influencé par différents artistes comme Pérugin et Michel-Ange, et permet au Louvre de montrer la richesse de ses collections : absente à Madrid, cette introduction est un moyen efficace pour rentrer dans l’univers de Raphaël, et ce grâce à des pièces majeures comme la Belle Jardinière.

Raphaël, la Belle Jardinière

Ensuite, une grande salle est consacrée au retables que le maître exécute pendant sa maturité à Rome. Les oeuvres, naturellement très imposantes, montrent un Raphaël en pleine possession de ses moyens, dont la manière évolue au gré des différentes influences. Par exemple, le visage du saint Jérôme dans la Madone au Poisson n’est pas sans rappeler la peinture vénitienne, tandis que les musculatures et l’intensité dramatique du Spasimo montrent une compréhension de l’art et de la terribilità de Michel-Ange. Quelques détails commencent à nous faire comprendre que le maître n’est pas seul à exécuter ces oeuvres. En effet, le lion ou le paysage de la Madone au Poisson laissent entendre une collaboration, tout comme le clair-obscur accentué et l’attention portée aux marbres du sol dans la Grande Sainte Famille de François Ier, indices révélateurs du style de Giulio Romano. Mention spéciale pour la pièce qui, selon moi, est la plus émouvante, la plus achevée et la plus belle de toute l’exposition : la Sainte Cécile.

Raphaël, Extase de sainte Cécile (détail)

Je ne vais pas vous présenter toutes les sections : préservons l’effet de surprise ! Néanmoins, il faut insister sur la qualité et le côté pédagogique du corpus présenté. Par exemple, après avoir vu les grands retables de la maturité, vous passez devant un mur sur lequel sont présentés différents dessins préparatoires qui vous aident à comprendre le processus créatif, tant mental que matériel. Certaines feuilles sont d’ailleurs d’une virtuosité incomparable, et montrent toute la maîtrise des Italiens dans l’utilisation de la sanguine. Et je ne parle pas de l’orange hein, mais de la pierre argileuse. Vous pourrez aussi examiner quelques dessins préparatoires pour les grands décors romains de l’artiste : les Chambres du Vatican – détaillées avec des reproductions sur un mur prévu à cet effet – et les Loges. 

Raphaël, étude pour la Grande Sainte Famille de François Ier

Après avoir présenté un nombre important d’oeuvres de qualité exceptionnelle et représentatives de la maturité de Raphaël, l’exposition s’attache à déterminer le style de deux de ses assistants, Giulio Romano et Gianfrancesco Penni. Chacun se voit confier une section accueillant des pièces – tableaux et dessins – représentatives de leur style. A un Romano aimant les effets de clair-obscur, les figures plus trapues et les jeux illusionnistes répond un Penni (trop) fidèle à son maître et tombant parfois dans la mièvrerie de l’expression. Enfin ça, vous en jugerez par vous-mêmes. 

Giulio Romano, la Circoncision

L’exposition se clôt sur un vaste espace consacré aux portraits. En effet Raphaël, nous l’avons dit, est l’artiste le plus en vogue du moment, et nombreux sont ceux qui désirent qu’il exécute leur portrait. Vous serez ravis de pouvoir admirer des pièces splendides comme la Donna VelataBindo Altoviti, Laurent de Médicis, Baldassare Castiglione, mais aussi d’autres moins connues comme le Portrait de jeune homme de Giulio Romano conservé au musée Thyssen-Bornemisza à Madrid ou le double Portrait des humanistes Navagero et Beazzano de la Galerie Doria Pamphilij à Rome. Bref, autant de tableaux qui montrent tout le talent du maître dans le rendu des étoffes – les costumes sont magistralement traités – mais aussi des expressions

Raphaël, Portrait d’Andrea Navagero et Agostino Beazzano

Raphaël, la Donna Velata

Vous l’aurez compris, j’ai « plutôt » aimé cette exposition. Pour plusieurs raisons : les oeuvres sont incroyables, et d’une richesse exceptionnelle. Pour certaines jamais présentées en France, elles développent un propos cohérent qui reste cependant  un peu obscur parfois, surtout concernant la part de Gianfrancesco Penni dans l’oeuvre de l’atelier. En commençant fort et en terminant fort, le parcours ne semble pas fatiguer l’esprit, tant il nous tient en haleine et nous surprend. Les cartels présentent des reproductions d’oeuvres citées à titre de comparaison, ce qui aide le visiteur en lui fournissant des points de repère visuels. Alors, pour celles et ceux qui seraient en mal de beauté et de chefs-d’oeuvre, courrez-y ! Vous ne serez certainement pas déçus !

On a aimé :

– les oeuvres présentées

– les explications fournies

– le rythme de l’exposition

On a moins aimé : 

– les attributions un peu aléatoires et directement adressées aux « spécialistes »

– les animaux que Gianfrancesco Penni peint (vous verrez)

Quand les Arts de l’Islam volent la vedette à la Joconde

6 Oct

par Aurore et Grégoire.

Tout récemment, le nouveau Département des Arts de l’Islam ouvrait ses portes au public, un événement important que nous nous devions de vous présenter. Pourquoi ? Parce que les collections françaises – et surtout celles du Louvre – sont d’une richesse exceptionnelle dans ce domaine.

Le département voit le jour en 2003, mais le chantier commence en 2008. Ce sont les architectes Rudy Ricciotti et Mario Belini qui s’en chargent : ils aménagent un espace à deux niveaux qu’ils couvrent d’une « aile de libellule », une couverture de verre fragmentée par une armature en métal doré qui permet d’utiliser au mieux la lumière naturelle. Un véritable tour de force technique, puisque la structure s’épanouit en pleine cour Visconti, dont les façades ont été restaurées. La collection comporte plus de 14 000 objets auxquels s’ajoutent les 3 500 œuvres déposées par le musée des Arts Décoratifs. Eh oui, on vous a dit qu’il s’agissait d’une richesse exceptionnelle…

Mais ce désir d’intégrer les arts de l’Islam au Louvre n’est pas tout récent. Faisons un petit point d’histoire. Déjà en 1893, une section consacrée aux « arts musulmans » est ouverte, mais c’est grâce à deux conservateurs – Gaston Migeon et Emile Molinier –, que les collections deviennent de plus en plus importantes, jusqu’au legs de la baronne Delort de Gléon en 1912. Un département des arts asiatiques est ensuite créé en 1932, qui intègre des objets d’art islamique. Néanmoins, les collections d’Extrême-Orient sont transférées au musée Guimet en 1945, et les arts de l’Islam sont présentés en fin de section au Département des Antiquités Orientales. Enfin, en 1993 avec le projet du Grand Louvre, les œuvres sont présentées dans un espace à part de 1000 m². Aujourd’hui, le département fait 3000 m²

Le département entend présenter les différentes réalisations artistiques des débuts de l’Islam au VIIe siècle jusqu’au XIXe siècle, des arts décoratifs aux éléments d’architecture, des tapis aux armes. Le monde islamique est vaste, très vaste, et a constamment bougé au fur et à mesure du temps, et le parcours cherche à confronter des pièces de provenances différentes, afin que le visiteur puisse remarquer que sous cette apparente homogénéité se cachent de nombreux particularismes régionaux.

Une fois les présentations faites, il nous reste tout de même à vous dire ce que l’on a pu penser de tout ça ! C’est de bon matin que nous avons découvert ces nouveaux espaces – ainsi que ceux dédiés à la Méditerranée Orientale.

Aurore :Avant même de pénétrer dans ce nouveau département, la surprise est totale. Et oui, on a eu la chance d’entrer dans ce nouvel espace par les quais de Seine, et on est donc passé par une de ces nombreuses cours du Louvre toujours fermées au public. Les fontaines zoomorphes sont en marche, on prendrait bien cette rampe d’escalier dans une robe à panier… Pardon, ce n’est pas le sujet. Nous traversons donc les nouvelles salles consacrées à la Méditerranée Orientale dans l’Empire romain : portraits du Fayoum et autres splendeurs, si les pièces ne surprennent pas par leur densité, elles ont pourtant donné lieu à un catalogue conséquent. A mentionner, donc. Quant aux arts de l’Islam, l’enchantement est complet. Nous, étudiants de l’Ecole du Louvre, n’avons jamais pu apprécier les collections du musée (le département est fermé depuis 2008, année d’arrivée au sein de ladite Ecole), alors les découvrir dans un écrin pareil, autant vous dire que c’est toute une expérience. Deux approches possible : flâner au milieu des pièces en appréciant les bijoux de modernité que sont les films explicatifs, les cartes des civilisation, en couleur et animées s’il vous plait ; ou bien vous y mettre à fond et découvrir douze siècles de créations. Si vous choisissez cette deuxième option, emmenez un petit goûter, car c’est dense. Néanmoins, le musée du Louvre possède une collection exceptionnelle (une des plus riches au monde) et ce nouveau département est à la hauteur des objets qu’il renferme. Un seul conseil : courrez-y.

Grégoire : Je ne vais pas être original, mais j’ai adoré. A peine arrivé, on pénètre sous cette tente-libellule-crêpe qui surprend, séduit, et rappelle les dunes des déserts orientaux. Pour rester dans le cliché, on aimerait presque faire la visite avec un thé à la menthe. Blague à part, hormis le fait que les œuvres qui sont splendides (on vous l’a répété 100 fois), il faut dire la muséographie fait la part belle à la pédagogie – chaque vitrine accueille un texte qui développe un thème précis – et aux nouvelles technologies. En effet, les écrans tactiles sont partout, des spots dessinent des lettres arabes sur les murs, des panneaux de verre vous racontent des poèmes. Ah, là j’en vois qui froncent les sourcils, et c’est bien normal ! Je m’explique : des plaques de verre sont fichées dans le sol, et diffusent, sans aucun haut-parleur (le son étant créé par les vibrations de la matière), des enregistrements. C’est assez bluffant, et c’est français, alors on en est fier. L’espace est idéal : gigantesque, aéré et ouvert, il joue sur les contrastes entre lumière naturelle et lumière artificielle, entre ambiance dorée et pénombre profonde, ce qui ne manque pas de mettre en valeurs les reflets des pièces d’orfèvrerie et autres céramiques à lustre métallique. 

Inutile de raviver le débat : que signifie « Islam » ? Est-ce une stratégie politique d’apaisement que d’inaugurer ce département maintenant ? Devons-nous y voir de la démagogie ? Non, non et non. Ce département est un projet depuis l’amorce du Grand Louvre dans les années 1980. Et les civilisations islamiques touchant des peuples aux confessions et aux traditions diverses n’ont que faire de nos simagrées actuelles.

Oubliez ce battage médiatique, et profitez de ce que le Louvre vous offre. Des chefs d’œuvre.

Planning #3

15 Sep

A Paris

Dessins de Giulio Romano, Élève de Raphaël et peintre des Gonzague, Musée du Louvre, Aile Denon, du 11 Octobre 2012 au 14 Janvier 2013

Luca Penni, Un disciple de Raphaël à Fontainebleau, Musée du Louvre, Aile Sully, du 11 Octobre 2012 au 14 Janvier 2013

Chypre entre Byzance et l’Occident, IVe-XVIe siècle, Musée du Louvre, du 26 Octobre 2012 au 28 Janvier 2013

French Touch, Graphisme/vidéo/électro, Musée des arts décoratifs, du 10 Octobre au 31 Mars 2013

Les frères Campana, Barroco Rococo, Musée des arts décoratifs, du 13 Septembre au 24 Février 2013

Art du jeu, jeu dans l’art, de Babylone à l’Occident médiéval, Musée de Cluny, Musée national du Moyen-Âge, du 28 Novembre au 4 Mars 2012

Victor Baltard (1805-1874). Le fer et le pinceau, Musée d’Orsay, du 16 octobre 2012 au 13 janvier 2013

Bohèmes, Grand Palais, entrée Clemenceau, du 26 septembre 2012 au 14 janvier 2013

Intérieurs romantiques, Aquarelles 1820-1890, Cooper – Hewitt, National Design Museum, New York, Donation Eugene V.Thaw, au Musée de la vie romantique, du 10 septembre 2012 au 13 janvier 2013

Les couleurs du ciel, Peintures des églises de Paris au XVIIe siècle, Musée Carnavalet, du 4 Octobre 2012 au 24 Février 2013

Cheveux chéris, frivolités et trophées, Musée du Quai Branly, du 18 Septembre au 14 Juillet 2013

Imaginez l’imaginaire, Saison 2, Palais de Tokyo, du 28 Septembre au 11 février 2013

Chloé. Attitudes, Palais de Tokyo, Saut du Loup, du 29 Septembre au 18 Novembre

Esprit (s) des lieux, Du Trocadéro au palais de Chaillot, Archives nationales et Cité de l’architecture et du patrimoine, jusqu’au 17 septembre 2012

Alice Springs, Maison Européenne de la Photographie, jusqu’au 4 Novembre 2012

Claude Nori, Editeur et photographe, Maison Européenne de la Photographie, jusqu’au 4 Novembre

Rubens, Van Dyck, Jordaens et les autres, Peintures baroques flamandes aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Musée Marmottan Monet, du 20 septembre 2012 au 3 février 2013

Mary Cassatt à Paris : Dessins et gravures de la collection Ambroise Vollard, Mona Bismarck American Center for art & culture, du 26 septembre 2012 au 20 janvier 2013

En région parisienne

Kristin McKirdy, Cité de la Céramique (Sèvres), du 14 Septembre au 14 Janvier 2013

La gravure en mouvement du XVe au XXIe siècle, La Ferme Ornée, propriété Caillebotte à Yerres (Essonne), jusqu’au 2 décembre 2012

De Delacroix à Signac. Dessins de la collection Dyke, Musée des impressionnistes (Giverny), jusqu’au 31 octobre 2012

Silence, on fouille !!!! L’archéologie entre science et fiction, Archéa, Musée Tour-Saint-Rieul à Louvres (Val d’Oise), jusqu’au 23 décembre 2012

Et partout ailleurs…

Soulages XXIe siècle, Musée des Beaux-Arts (Lyon), du 12 Octobre au 28 Janvier 2013

Cage’s Satie : Composition for museum, Musée d’art contemporain de Lyon, du 28 Septembre au 30 Décembre 2012

George Brecht, Musée d’art contemporain de Lyon, du 28 Septembre au 30 Décembre 2012

Babel, Musée des Beaux-Arts (Lille), jusqu’au 14 Février 2013

« On n’est pas sérieux quand on a … 50 ans », cinquantenaire du MuMa, Musée d’art moderne André Malraux (Le Havre)

Tapisserie Art Déco, à l’Exposition Internationale, Paris, 1925, Cité de la tapisserie (Aubusson), jusqu’au 31 Octobre

Fort Boyard, les aventures d’une star, Musée de la Marine (Rochefort), jusqu’au 21 Mai 2013

The littoral zone, Marc Quinn, Le dialogue entre art et science, terre et mer, Musée océanographique de Monaco, jusqu’au 15 Octobre 2012

La vague japoniste, Les peintres en Bretagne, Musée des Beaux-Arts de Brest, jusqu’au 4 Novembre 2012

L’œuvre et ses archives, Buren, Merz, Rutault, Musée d’art contemporain de Bordeaux, jusqu’au 9 Décembre 2012

L’art des plis, Musée de l’Artisanat et des Métiers d’Art (Marseille), du 14 Septembre au 31 Octobre 2012-09-11

Christian Lacroix, La Source et le ballet de l’Opéra de Paris, Centre National du Costume de Scène (Moulins) jusqu’au 31 Décembre 2012

Arles au Louvre : dernier jour demain

24 Juin

Arles, les fouilles du Rhône, un fleuve pour mémoire, du 9 mars au 25 juin 2012,                               Musée du Louvre, Paris.

par Grégoire.

Vous le savez peut-être : demain, c’est le dernier jour de l’exposition sur la Sainte Anne de Léonard de Vinci au Musée du Louvre. Mais c’est aussi le dernier jour pour aller regarder quelques pièces tirées des fouilles archéologiques du Rhône. Alors, plusieurs raisons pour s’y rendre : il fait moche, et c’est gratuit pour les moins de 26 ans. Laissez-moi vous mettre un peu l’eau à la bouche…

L’exposition se développe dans une petite galerie, plongée dans la pénombre. Les oeuvres présentées ressortent donc vraiment sur ce fond noir profond. Premier bon point, belle mise en scène. Il s’agit d’une exposition plutôt scientifique, en ce sens qu’elle présente les dernières découvertes de fouilles archéologiques menées depuis près de vingt-cinq ans par l’équipe du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) dirigée par Luc Long. Ces pièces sont rassemblées pour montrer à quel point Arles étaient importante à l’époque romaine, notamment par son activité commerciale. 

Victoire en bronze. Fouille du Rhône. Musée départemental Arles antique © Jean–Luc Maby

Les objets sont de qualité : ils sont exposés après de nombreuses années d’étude, mais aussi d’importantes restaurations. Vous y verrez de nombreux bronzes en état de conservation incroyable (les plus belles pièces selon moi). Une exposition à deux visages en fait : on peut apprécier la beauté des oeuvres, mais aussi mesurer toute l’envergure de la recherche scientifique menée, grâce à des films mais aussi grâce à d’importants panneaux explicatifs situés à la fin de l’exposition. Les textes sont accessibles, et fournissent au visiteur des éléments de compréhension qui accentuent cette idée de révélation de l’objet sur un fond noir dont j’ai pu vous parler plus haut. Entre mystère et pédagogie, l’ensemble fonctionne bien. 

Glaive dans son fourreau. Fouille du Rhône. Musée départemental Arles antique © Jean–Luc Maby

Les oeuvres proviennent du musée d’Arles, du Louvre, d’Avignon, et aussi de Vienne ou de Turin. Parmi les objets exposés, de très beaux bronzes donc, mais aussi des sculptures importantes, comme cette tête de Jules César (la star de l’expo), un Neptune, ou des éléments d’architecture.

Fulcrum (Applique d’accoudoir de lit de banquet). Fouille du Rhône. Musée départemental Arles antique © Jean–Luc Maby

Portrait d’homme : César, fondateur de la colonie d’Arles (?), marbre de Phrygie (Turquie). Fouille du Rhône. Musée départemental Arles antique © Jean–Luc Maby

Alors, qu’attendez-vous ? Il vous reste aujourd’hui et demain pour profiter de cet événement avant qu’il ne soit trop tard ! Ca vous prendra une bonne demie heure, et ça ne vous coûtera pas un rond (si vous avez moins de 26 ans, oui, désolé pour les autres) ! Alors on se motive, on prend ses pieds, et on court au Musée du Louvre, pour voir de très belles pièces (comme souvent) tout en apprenant des trucs !

On a aimé : 

– la présentation des oeuvres

– les explications fournies

– les bronzes

On a moins aimé : 

– la couleur de certains textes qui ne ressortent pas assez bien sur le fond

Une belle heure au Louvre

25 Avr

Les Belles Heures du Duc de Berry, du 5 avril au 25 juin, Musée du Louvre

par Grégoire.

Quoi de mieux, par ce temps capricieux, que d’aller faire une petite expo, rapide et intéressante ? Et gratuite pour les moins de 26 ans (désolé pour les autres) ? Avouez, vous n’en pouvez plus de cette pluie, de ce vent, bref, de ce temps pourri ! En plein avril ! Les saisons n’en font qu’à leur tête… Argumentaire un peu vieillot, je vous le concède, mais bon, vous savez, parfois on fait avec ce qu’on a. Allez donc voir les beaux ciels bien bleus des enluminures présentées au Louvre, ça vous remontera le moral. 

Frères de Limbourg, L’Annonce aux bergers (Tierce), Belles Heures, The Metropolitan Museum of Art, The Cloisters Collection, 1954, (54.1.1), fol. 52v. © The Metropolitan Museum of Art..

Cette exposition est présentée avec la participation exceptionnelle du Metropolitan Museum of Art de New York. Et… ? me demanderez-vous, et vous aurez bien raison. Et bien en fait, le Cloisters (département médiéval du Metropolitan) a prêté 47 bifolios qui vont être renvoyés aux USA pour être reliés après l’exposition. En gros, c’est une occasion unique de voir en même temps plusieurs pages d’un gros bouquin. Si ça c’est pas de l’exclu !

Frères de Limbourg, Sainte Catherine refusant d’adorer les idoles, Belles Heures, The Metropolitan Museum of Art, The Cloisters Collection, 1954, (54.1.1), fol. 15v. © The Metropolitan Museum of Art.

Vous vous demandez tous ce que sont ces Belles Heures du Duc de Berry. Il s’agit du livre d’heures du duc de Berry, aka Jean de France, frère de Charles V. Aucun lien avec Richard Berry. Voilà pour l’appartenance. Mais qu’est-ce-qu’un livre d’heure ? Et bien c’est tout simplement LE livre de dévotion privée en vogue à la fin du Moyen-Age. Je vous passe sa composition, mais je vous fais juste remarquer qu’on en a des centaines, et que par conséquent la qualité peut énormément varier d’un exemplaire à un autre. Jean de Berry était un grand bibliophile, alors autant vous dire que lui, il a mis le paquet pour commander des livres qui sont aujourd’hui considérés comme des chefs-d’oeuvre de l’enluminure médiévale en France, voire en Europe

Ce « livre » a été réalisé au tout début du XVe siècle par les frères de Limbourg (Pol, Jean et Hermann), qui sont les neveux de Jean Malouel, alors niveau peinture, ils en connaissent un rayon. Ils ont beaucoup travaillé pour le duc de Berry, pour les Belles Heures mais aussi pour les Très Riches Heures (finies par Barthélémy d’Eyck et Jean Colombe), conservées au Musée Condé à Chantilly. Pour rappel, je vous présente ici une des pages les plus célèbres de ce monument de richesse et de talent d’exécution, figurant le Palais du Louvre

 

L’exposition se développe dans une grande salle : les bifolios sont accrochés aux murs, les uns à la suite des autres, ce qui rend parfaitement l’idée qu’ils constituent des cycles narratifs. Bien sûr, vous y verrez les moments clés de la Passion du Christ, mais aussi des scènes plus rares, comme les vies de St Bruno ou de Ste Catherine. Au milieu de cette grande salle sont disposées plusieurs oeuvres – des sculptures, des objets d’art, mais aussi d’autres livres – qui aident le visiteur à comprendre le contexte de création des Belles Heures ainsi que leur influence. 

Jean d’Orléans, Le Parement de Narbonne, département des Arts graphiques, musée du Louvre © Musée du Louvre - RMN / Michelle Bellot

André Beauneveu (?), Tête d’apôtre, département des Sculptures, musée du Louvre © 2011, musée du Louvre, Dist. RMN / Thierry Ollivier.

Maintenant, qu’est-ce-que j’en ai pensé ? Et bien écoutez, je ne vais pas vous mentir : c’est toujours difficile de présenter des enluminures au public, tout simplement parce que c’est petit. Mais bon, franchement, ces feuilles sont splendides, et l’on oublie vite que l’on est en train de se ruiner les yeux en les regardant. Le fond rouge est parfait, car il se marie bien avec les nombreux ciels bleus des peintures. Les oeuvres présentées au milieu de la salle nous permettent de respirer un peu, de faire une petite pause avant de reprendre la lecture du cycle. Seul bémol cependant : l’éclairage aurait pu être mieux. C’est très difficile de présenter de telles oeuvres, c’est sûr, tout simplement d’un point de vue de leur conservation. Mais dans l’expo on ne se rend pas assez compte de leur richesse : vous serez surpris, si vous pliez un peu les genoux, de voir l’or soudain resplendir. Et un peu de sport ne vous fera certainement pas de mal

En conclusion, vous l’aurez compris, c’est une petite expo, mais qui vaut certainement le coup. Tout simplement parce que c’est pas tous les jours qu’on peut observer plusieurs pages d’un livre en même temps sans les tourner (je ne sais pas si je me fais comprendre). Ensuite, parce que les frères de Limbourg, ce sont de grands artistes, qui vous sortent des morceaux de peinture d’une finesse et d’une sophistication exceptionnelles. D’accord, l’éclairage est pas top, d’accord, c’est un peu fatigant, mais bon, c’est assez rapide, donc c’est un moindre mal. Alors allez-y, en une heure c’est bouclé, et vous n’aurez pas d’autre occasion !

On a aimé :

– le fond rouge

– les quelques textes explicatifs, pas trop longs

– les oeuvres au milieu de la salle, qui permettent vraiment de respirer

On a moins aimé : 

– les visiteurs qui stagnent devant certaines enluminures (la contemplation a des limites)

– l’éclairage des oeuvres qui ne rend pas les reflets de l’or