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Les expo à ne pas manquer avant la fin du monde

3 Déc

par Aurore.

Vous le savez déjà, le 21 Décembre prochain, tout est fini. A moins d’être perché sur un pic à Bugarach, vous êtes condamnés par les Mayas à être engloutis sous les eaux déchainées de la planète ! Alors, on est tous d’accord, d’ici là, on profite à fond. La rentrée 2012 nous a proposé des expositions parisiennes de qualité, et vous ne pouvez pas laisser la terre s’autodétruire sans passer admirer le travail de ces musées. Alors, voilà, les 6 expos à ne pas manquer avant la fin du monde.

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1/ Intérieurs romantiques, Aquarelles 1820-1890, Cooper-Hewitt, National Design Museum, New York, Donation Eugene V. Thaw, au musée de la vie romantique.

Jusqu’au 13 Janvier 2013, rendez-vous au métro Saint Georges pour découvrir cette collection d’aquarelles retranscrivant les intérieurs dits « romantiques ». Mais romantiques pourquoi ? La période « romantique » se rattache à la tendance historicisante très marquée sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Et bien que l’historicisme soit une inspiration omniprésente durant tout le siècle, on ne parle plus de « romantisme ». C’est alors bien le trait tantôt naïf et économe, tantôt exhaustif et précis qui reconstruit le charme de ces intérieurs minutieusement agencés et restitués. Le romantisme, c’est le goût du détail, des inspirations foisonnantes, des matières éclatantes et toujours modernes.

On aime :

–       relire l’histoire des arts décoratifs à travers ces aquarelles

–       découvrir les approximations de perspective dans certaines œuvres et choisir ses pièces favorites

–       l’ambiance toujours unique du musée de la vie romantique

  Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

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2/ Le cercle de la vie moderne, au musée du Luxembourg.

Si vous laissez passer les fêtes, vous allez devoir vous presser pour combiner reprise et culture. La magnifique exposition présentée depuis le 19 Septembre au musée du Luxembourg vaut pourtant le détour, mais se finit le 6 Janvier 2013. L’occasion de se replonger dans cette période foisonnante où la crise financière était encore suffisamment loin pour donner envie à de nombreux industriels de se passionner pour l’art. L’exposition vous retrace alors l’histoire de ce cercle qui a encouragé l’art moderne du début du siècle, autour du port actif du Havre.

On aime :

–       les chefs d’œuvre bien sûr : Matisse, Bourdin, Pissaro

–       la couleur, la fougue du trait des fauves

–       l’excellente catalogue et le parcours numérique pour ceux qui ne pourront pas visiter Paris

–       On en profite pour découvrir Cézanne et Paris, bien sûr !       

 Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

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3/ Canaletto – Guardi, Les deux maîtres de Venise, au musée Jacquemart André.

Pour cette rentrée 2012, Paris était nostalgique des vacances et deux musées parisiens nous emmenaient voguer au fil des canaux vénitiens. Le musée Maillol présentait Canaletto, le maître incontestable des ‘vedute’ alors que le musée Jacquemart-André le présentait en regard de ses contemporains, plus ou moins fameux, parmi lesquels le célèbre Guardi. Le musée Jacquemart se démarque encore par la richesse de ses expositions. On note toujours une scénographie subtile et de bon goût, ici les murs accueillent les tons de cette lumière vénitienne si délicate.

On aime :

–       on craque pour ces tableaux délicats et ces vues de la Sérénissisme, qui ne se refusent jamais !

–       redécouvrir les collections permanentes du musée Jacquemart à chaque visite, et on en profite même pour boire un thé

–       on se munie du mini guide de l’exposition, qui offre un commentaire sur chaque œuvre

–       mais on regrette un peu le manque de point de vue scientifique

  Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

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4/ « Et ils s’émerveillèrent… » Croatie médiévale, musée du Moyen-Âge, termes de Cluny.

Vous le saviez peut-être mais de Septembre à Décembre 2012, la France vivait au rythme de la Croatie. Et oui, dans le cadre d’une programmation culturelle toujours plus intense et innovante, c’est la Croatie qui a été choisie en cette fin d’année pour orienter les manifestations culturelles en France. Le festival « Croatie, la voici » se déploie partout en France et niché dans le 5ème arrondissement parisien, le musée du Moyen-Âge ouvrait une exposition consacrée aux pélerins du XIIIe qui transportaient ors et trésors sur leur chemin.

On aime :

–       être surpris par cette petite exposition : 43 œuvres qui frappent par leur préciosité

–       les vitrines simples et efficaces : les tubes de verre qui nous permettent de faire le tour des œuvres, enfin !

–       découvrir cette communauté culturelle qui ne date pas d’hier !

–       pouvoir faire un tour au passage à la toute nouvelle expo du musée « Art du jeu, jeu dans l’art de Babylone à l’Occident médiéval »

 Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

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5/ Van Cleef & Arpels, l’art de la haute joaillerie, musée des arts décoratifs.

Difficile de choisir quoi conseiller au musée des arts décoratifs, car pour cette rentrée encore, ils ont fait fort : French Touch, Star Wars, Van Cleef. Alors autant vous dire, qu’on vous conseille de courir aux arts décoratifs, mais si vous savez quand vous y rentrez, on ne vous garantit pas votre heure de sortie, car il y a beaucoup à faire ! Van Cleef, c’est la grande exposition sous la nef. Comme à chaque fois, l’espace coupe le souffle, et en vous approchant des vitrines, cette impression ne s’amenuisera pas. A travers pièces phare et points techniques, l’expo vous présente plus d’un siècle de création, à travers plus de 500 bijoux. Les deux couloirs parallèles offrent des focus sur les collaborations, des clientes, mais aussi l’histoire de la maison et leurs innovations techniques. L’exposition s’achève sur la toute dernière collection.

On aime :

–       craquer devant les couronnes et autres parures des grands de ce monde

–       la vidéo instructive présentant « les mains de Van Cleef », un point de vue original et une histoire passionnante

–       oublier que, comme Vuitton, Van Cleef se paie un publi-communiqué en plein Paris… Ah, la culture et le luxe… vaste débat !

 Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

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6/ Bohèmes, dans les galeries nationales du Grand Palais.

Tout le monde court voir Hopper, car tout le monde court voir Hopper. Et oui, la foule attire la foule, on n’ose plus avouer « non je n’ai pas vu Hopper », alors on se bat pour réserver ses billets, on admire les œuvres au milieu d’une foule dense. Alors oui, l’expo est à ne pas manquer, mais ce n’est pas la seule ! Prenez  le contre courant et dirigez-vous dans l’exposition Bohèmes, laissez-vous happer par la scénographie imposante et féérique de Robert Carsen.

On aime :

–       le thème hautement audacieux et passionnant

–       la programmation et le site de l’exposition qui fédère de nombreux acteurs autour de cette histoire de la bohème

–       se perdre dans le décor de l’exposition, dans cette pénombre douce et enivrante

 Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

On vous conseille toujours les expositions qu’on a adoré : Raphaël, Hopper, L’impressionnisme et la Mode

Planning #3

15 Sep

A Paris

Dessins de Giulio Romano, Élève de Raphaël et peintre des Gonzague, Musée du Louvre, Aile Denon, du 11 Octobre 2012 au 14 Janvier 2013

Luca Penni, Un disciple de Raphaël à Fontainebleau, Musée du Louvre, Aile Sully, du 11 Octobre 2012 au 14 Janvier 2013

Chypre entre Byzance et l’Occident, IVe-XVIe siècle, Musée du Louvre, du 26 Octobre 2012 au 28 Janvier 2013

French Touch, Graphisme/vidéo/électro, Musée des arts décoratifs, du 10 Octobre au 31 Mars 2013

Les frères Campana, Barroco Rococo, Musée des arts décoratifs, du 13 Septembre au 24 Février 2013

Art du jeu, jeu dans l’art, de Babylone à l’Occident médiéval, Musée de Cluny, Musée national du Moyen-Âge, du 28 Novembre au 4 Mars 2012

Victor Baltard (1805-1874). Le fer et le pinceau, Musée d’Orsay, du 16 octobre 2012 au 13 janvier 2013

Bohèmes, Grand Palais, entrée Clemenceau, du 26 septembre 2012 au 14 janvier 2013

Intérieurs romantiques, Aquarelles 1820-1890, Cooper – Hewitt, National Design Museum, New York, Donation Eugene V.Thaw, au Musée de la vie romantique, du 10 septembre 2012 au 13 janvier 2013

Les couleurs du ciel, Peintures des églises de Paris au XVIIe siècle, Musée Carnavalet, du 4 Octobre 2012 au 24 Février 2013

Cheveux chéris, frivolités et trophées, Musée du Quai Branly, du 18 Septembre au 14 Juillet 2013

Imaginez l’imaginaire, Saison 2, Palais de Tokyo, du 28 Septembre au 11 février 2013

Chloé. Attitudes, Palais de Tokyo, Saut du Loup, du 29 Septembre au 18 Novembre

Esprit (s) des lieux, Du Trocadéro au palais de Chaillot, Archives nationales et Cité de l’architecture et du patrimoine, jusqu’au 17 septembre 2012

Alice Springs, Maison Européenne de la Photographie, jusqu’au 4 Novembre 2012

Claude Nori, Editeur et photographe, Maison Européenne de la Photographie, jusqu’au 4 Novembre

Rubens, Van Dyck, Jordaens et les autres, Peintures baroques flamandes aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Musée Marmottan Monet, du 20 septembre 2012 au 3 février 2013

Mary Cassatt à Paris : Dessins et gravures de la collection Ambroise Vollard, Mona Bismarck American Center for art & culture, du 26 septembre 2012 au 20 janvier 2013

En région parisienne

Kristin McKirdy, Cité de la Céramique (Sèvres), du 14 Septembre au 14 Janvier 2013

La gravure en mouvement du XVe au XXIe siècle, La Ferme Ornée, propriété Caillebotte à Yerres (Essonne), jusqu’au 2 décembre 2012

De Delacroix à Signac. Dessins de la collection Dyke, Musée des impressionnistes (Giverny), jusqu’au 31 octobre 2012

Silence, on fouille !!!! L’archéologie entre science et fiction, Archéa, Musée Tour-Saint-Rieul à Louvres (Val d’Oise), jusqu’au 23 décembre 2012

Et partout ailleurs…

Soulages XXIe siècle, Musée des Beaux-Arts (Lyon), du 12 Octobre au 28 Janvier 2013

Cage’s Satie : Composition for museum, Musée d’art contemporain de Lyon, du 28 Septembre au 30 Décembre 2012

George Brecht, Musée d’art contemporain de Lyon, du 28 Septembre au 30 Décembre 2012

Babel, Musée des Beaux-Arts (Lille), jusqu’au 14 Février 2013

« On n’est pas sérieux quand on a … 50 ans », cinquantenaire du MuMa, Musée d’art moderne André Malraux (Le Havre)

Tapisserie Art Déco, à l’Exposition Internationale, Paris, 1925, Cité de la tapisserie (Aubusson), jusqu’au 31 Octobre

Fort Boyard, les aventures d’une star, Musée de la Marine (Rochefort), jusqu’au 21 Mai 2013

The littoral zone, Marc Quinn, Le dialogue entre art et science, terre et mer, Musée océanographique de Monaco, jusqu’au 15 Octobre 2012

La vague japoniste, Les peintres en Bretagne, Musée des Beaux-Arts de Brest, jusqu’au 4 Novembre 2012

L’œuvre et ses archives, Buren, Merz, Rutault, Musée d’art contemporain de Bordeaux, jusqu’au 9 Décembre 2012

L’art des plis, Musée de l’Artisanat et des Métiers d’Art (Marseille), du 14 Septembre au 31 Octobre 2012-09-11

Christian Lacroix, La Source et le ballet de l’Opéra de Paris, Centre National du Costume de Scène (Moulins) jusqu’au 31 Décembre 2012

Détrompez-vous !

18 Fév

Trompe-l’œil. Imitations, pastiches et autres illusions, du 2 Février 2012 au 15 Novembre 2013,

Musée des Arts Décoratifs, Paris. 

par Aurore.

Rendez-vous aux Arts Décoratifs pour découvrir ce que l’oeil peut croire voir. Oui, c’est bien pour ça que l’on parle de « trompe l’oeil » ! Mélange des matières, innovations techniques, inventivité artistique, tout cela se marie pour créer l’illusion, brouiller les pistes et perdre le visiteur. En route pour un voyage dans le monde des illusions perdues !

Avant de commencer à parler de l’exposition, je veux faire passer un message absolument primordial pour nos concitoyens de moins de 26 ans. L’accès aux collections permanentes du musée des Arts Décoratifs vous est totalement gratuit, sous réserve d’être ressortissant de l’Union Européenne. Donc, si votre seul créneau horaire pour faire une exposition est le dimanche après-midi, disons vers 15h, vous pouvez dire que vous avez les mêmes disponibilités que tout parisien lambda. Vous vous retrouvez donc tous devant le musée (ou parfois très loin — selon la longueur de la file d’attente). Mais on vous connaît, vous avez tendance à prendre votre mal en patience et vous restez sagement sous la pluie. Nous avons donc testé pour vous une technique imparable : entrez, soyez polis avec tous les gens que vous croisez, renseignez-vous pour savoir s’il vous est nécessaire d’acheter un billet. Vous avez deux chances sur trois qu’on vous répondre : « non, en effet vous allez voir les collections permanentes, présentez une pièce d’identité à la gentille dame ici, et rentrez ». Et voilà, vous avez gagnés 30 minutes, alors en sortant appelez-nous, on va boire une bière !

Armoire surréaliste Marcel Jean France 1941 © Les Arts Décoratifs/Photo - Jean Tholance

Comme vous avez pu le noter, cette introduction a peu de choses à voir avec le trompe l’œil, on est plus proches de la rubrique « bons plans pour parisiens jeunes et fauchés ». Mais j’y viens. En fait, ça y est, j’y suis. Le Musée des Arts Déco a puisé dans ses collections permanentes pour réfléchir aux subterfuges, à ce qu’on croit voir mais qui n’est pas. Le trompe l’œil donc dans toutes ses acceptions possibles. De la galvanoplastie au lino, en passant par des robes, des bas-reliefs peints, mais aussi des sous-vêtements qui contraignent ou simulent des formes.

Le propos est donc complet : on envisage la décoration, le costume, le mobilier, la tapisserie. C’est d’ailleurs le principe de ce genre d’expositions : sortir et présenter les collections des différents départements réunis dans cet immense entité qu’est le musée des Arts Décoratifs. L’exposition propose donc un éclairage original. Une sélection interdisciplinaire permet de ne pas tomber dans la monotonie et de garder le spectateur en alerte. D’ailleurs, c’est ce pour quoi cette exposition a été faite. C’est ludique. On se prend à observer les objets. Au premier regard, aucun problème. Mais souvenez-vous, les apparences sont trompeuses, alors on lit le cartel (et là, commence le vrai fun) : vous vous trompez, vous ne regardez pas du métal, mais du plâtre recouvert par galvanoplastie. Le Masque d’Agamemnon et le Ciboire Alpais sont devant vos yeux, enfin plus ou moins. Entre illusion et réalité, on se fend la poire.

Masque Agamemnon 1894-1900 reproduction galvanoplastique en cuivre © Les arts Décoratifs/Photo - Jean Tholance

Plusieurs remarques s’imposent : d’abord, non je ne suis pas totalement cynique. C’est vrai, j’avoue, on ne se tape pas le ventre de rire non plus. Mais l’exposition est vraiment facile d’accès et distrayante. Allez-y donc à plusieurs pour pouvoir passer un bon moment. Parce que, je dois l’avouer, le propos reste assez accessible. Chaque salle est ouverte par un panneau noir en métal qui présente le thème de la salle. Et si chacune a bien un but spécifique, malgré tout, les conservateurs ne développent pas de grandes questions scientifiques. Il n’y a pas de catalogue, et c’est bien ce que je disais en commençant, on a une exposition didactique où le seul but est de déambuler en découvrant des objets, que vous n’avez sûrement jamais vu exposés. Ils sont réunis ici pour la première fois, parce qu’après tout même si le sujet du trompe-l’œil est clair et facile à comprendre, personne n’a jamais pris le temps de parcourir les collections du MAD avec cette idée en tête.

Sculpture pomme Suède, grès émaillé, vers 1992 © RMN

Allez-y donc avec l’esprit ouvert, curieux de découvrir. Mais malheureusement vous serez déçus de ne pas pouvoir toucher les objets. Inutile de rouvrir ici le sempiternel débat des limites du musée, néanmoins quand vous voyez de la faïence qui imite du cuir, vous voulez vérifier (oui je suis toujours sceptique, pourquoi, il ne faut pas ?). Ensuite, je vous ai déjà parlé deux fois de galvanoplastie, et cela n’évoque peut être rien chez vous, mais chez moi ça éveille des souvenirs de cours de techniques en amphi assez laborieux. Donc quand je lis « galvanoplastie » sur un panneau et que cela évoque quelque chose de concret chez moi. Oui. J’avoue. Je suis fière.

Composition décorative pour un plafond Cherubino Alberti, Italie, XVIe siècle © Les Arts Décoratifs/Photo - Jean Tholance

Malheureusement, je ne pense pas pouvoir vous apporter ce petit éclairage ‘bonus’ que Le Point C aime tant partagé avec ses lecteurs pour les aider à mieux aborder une exposition. Mais je ne me fais pas de souci, je vous connais (oui je connais tous les lecteurs personnellement) et je sais que vous saurez apprécier le voyage dans les techniques et dans les jeux visuels que proposent les objets. Avant de poser ma plume (comprendre : fermer Word), je voudrais quand même partager une dernière chose avec vous, mes coups de cœur pardi !  Je n’allais pas vous laisser filer comme ça.

Robe, Hermès depuis 1837, Léonard depuis 1958, Toile de coton imprimée © Les Arts Décoratifs / Photo - Jean Tholance

Mes amis (oui nous sommes, tous, très proches), vous le saviez ou non, mais je suis spécialisée en histoire de la mode et du costume. Et cette exposition contient une salle remplie (bonheur !) de costumes. Une robe blanche où de la peinture marron dessine boutonnière et revers de col, une combinaison en maille qui recompose une salopette. Mais aussi (extase) des sous-vêtements du XIXème siècle, comprenez : une tournure (« faux-cul » ça vous parle plus ?) et (jubilation) un corset. Un corset magnifique, en satin de soie, avec toutes les baleines qu’il faut là où il faut (partout) pour créer la silhouette déséquilibrée dites « en S » de 1900. Parce que, oui, c’est ça aussi les illusions, c’est recréer une silhouette habillée qui ne correspond pas du tout à son corps nu. Et quand vous avez compris ça, vous repensez à la galvanoplastie, au papier peint, au lino, à la céramique, ou encore à la peinture et vous réalisez tout ce que ce terme de « trompe l’œil » implique. Et donc, vous réalisez à quel point le travail de réflexion des Arts Décoratifs a donné lieu à une problématique totalement originale et inattendue. Maintenant, vous sortez dans la rue, vous regardez les gens que vous croisez, et vous cherchez : où est le vrai dans le faux (ou inversément !) ?

Corset à Jarretelles France, vers 1900, Pékin liseré et satin de soie © Les Arts Décoratifs/Photo - Jean Tholance

En bref, on a aimé :

–       l’inventivité du musée des Arts Décoratifs qui propose un angle d’étude inédit

–       la diversité des objets présentés

–       la fine partie des collections du Musée de la Mode et du Textile sortis pour l’occasion !

–       la galvanoplastie, parce que ça me rend nostalgique

On n’a moins aimé :

–       un propos peut-être un peu simpliste ?

–       les mamies qui répètent « ohlàlà tu as vu, on dirait vraiment du bois »

Hussein habille ces dames…

12 Nov

Hussein Chalayan, récits de mode, jusqu’au 11 Décembre 2011, Musée des arts décoratifs.

par Aurore.

Commençons par ce qui est évident : qui est-il ? Hussein Chalayan est un créateur de mode. Il a effectivement un nom compliqué, mais préparez-vous, son travail l’est encore plus. Je ne veux pas vous décourager dès les premières lignes, mais plutôt vous faire saisir toute la force de son œuvre, oui je parle bien d’œuvre. Ma première phrase pourra alors être remise en question. A suivre…

Maintenant que je vous ai effrayés, parlons de choses indiscutables et claires : Hussein Chalayan est une chypriote né en 1970. Il sort du prestigieux Central St. Martins College à Londres tout comme ses talentueux contemporains (Alexander McQueen, John Galliano, Stella McCartney, Phoebe Philo, ok je vous perds je m’arrête là !). Revenons-en au plus intéressant : depuis sa collection de fin d’études (Buried Dress) et jusqu’à aujourd’hui, Hussein Chalayan a questionné notre monde, il a réemployé les codes, les problématiques et les enjeux de son propre environnement afin de créer des pièces qui, au-delà de la mode, sont de véritables œuvres d’art. Retour sur un talent hors du commun.

Depuis le 5 Juillet dernier, le Musée de la Mode et du Textile, accueilli au sein du Musée des Arts Décoratifs, se penche sur le cas Chalayan. A travers quelques collections, le musée nous montre l’ampleur de ses réflexions et leur mise en forme. Nous voilà rue de Rivoli. On rentre, on dit « bonjour », on paye sa place (ou pas), on dit « merci », on redit « bonjour » et « merci » au monsieur qui vérifie notre ticket, et on monte au premier étage. Là on tire les lourdes portes de verre du musée, et voilà on y est.

Before Minus Now - Printemps/Eté 2000 © Design Museum

« Récits de mode », le titre me paraît déjà un peu ambiguë : on nous apprend que l’on va profiter d’une exposition sur la mode, rien de plus. « Récits » au pluriel, on aurait donc plusieurs histoires. Au bilan, je trouve le titre trompeur : Chalayan me semble avoir toujours créé avec une telle cohérence qu’on ne peut pas parler d’une duplicité dans son travail. Et « récits » me semble malgré tout un peu réducteur, Hussein Chalayan questionnant plus qu’il ne raconte.

En entrant dans la première salle, on s’arme d’une précieuse « aide à la visite » : plus pratique que les inscriptions collées sur les murs, ce petit guide est clair et complet. Un peu trop peut être ? Hélas, je me suis totalement perdue dans la scénographie. Normalement, les textes au mur créent des sections claires appuyées par des couleurs, ou par une signalétique évidente. Là non ! Simplement le nom des collections en néon : à nous donc de suivre dans notre guide l’ordre des vitrines, qui à mon sens ne s’enchainent pas de la même manière que le parcours. Alors soit je marche de droite à gauche sans logique et je suis un cas à part, sois il y a une couille dans le paté !

Cette exposition ne se présente pas comme une exposition de mode classique, mais reflète bien la dimension artistique du travail de Chalayan. On retrouve quelques croquis et bien sûr des vêtements, mais rien de comparable à une exposition plus traditionnelle telle que Vionnet ou Grès. Vidéos, installations en 3D, bandes son : tous ces éléments se complètent afin de retranscrire toutes les recherches et les questionnements de l’artiste.

Between - Printemps/été 1998

Mais au fait, quels sont ces questionnements ?

Hussein Chalayan a toujours produit un travail en accord avec ses origines. Né à Chypre, il utilise son background multiculturel pour questionner les notions d’identité, de déracinement, de croyances, de frontières et de liberté. Ce sont des constantes dans son travail.

Par exemple pour sa collection Between, du Printemps /Eté 1998, présentée dans une galerie (anodin ? je ne pense pas !), Chalayan emmène ses mannequins sur la plage de Dungeness et leur demande d’y délimiter une zone. Grâce à ce nouveau territoire, il peut explorer la notion d’identité, notre liberté par rapport à nos croyances, qui nous construisent mais aussi nous inhibent et nous dirigent. Le défilé s’articule autour de ces thématiques : les mannequins portent des masques qui dissimulent les visages, alors que des grandes tuniques colorées noient leur corps. Le show culmine avec l’arrivée de 6 mannequins, qui portent des tchadors de longueurs différentes, camouflant l’intégralité du corps, puis seulement la poitrine, et enfin le visage. La nudité, le visage dissimulé, la féminité : que reste-t-il de tout cela à travers le spectre des religions ? Il dit : « dans le code religieux, on est dépersonnifié ». In Your Face !

Between-Printemps/Eté 1998 - © Christopher Moore

Chalayan dénonce, ose et choque. Son exploration de l’anonymat se poursuit dans Panoramic, collection Automne/Hiver 1998 : il crée un uniforme qu’il veut impossible à décrire.

Panoramic - Automne/Hiver 1998 © Design Museum

Mais Chalayan travaille aussi sur des sujets plus politiques, comme le droit d’asile, la fuite ou encore les questions d’immigration. Une de ses collections les plus connues, Afterwords, Automne/Hiver 2000, met en scène des mannequins dans un environnement totalement neutre. A la fin du défilé (voir à 4min 19), 5 jeunes femmes se placent autour des seuls meubles du runway, 4 fauteuils et une table. Par un jeu de pliages et de transformations, les meubles habillent les mannequins, et Hussein Chalayan questionne : il met en scène le nettoyage ethnique qu’ont subi les turcs chypriotes avant la division de l’île en 1974. La pièce est laissée vide, sans vie.

Avec Absent presence, un projet vidéo présenté en 2005 à la Biennale de Venise, Chalayan exploite la paranoïa et la névrose développées par la question du terrorisme et imagine où pourrait mener ce durcissement des politiques d’immigration et ce soupçon permanent sur les étrangers. Ici, point de chiffons (oui je sais qu’au fond vous vous dites que ce n’est que ça), Hussein fait de l’art, du vrai.

Echoform - Automne/Hiver 1999 © Design Museum

J’aimerais pouvoir faire un focus sur nombre de collections présentées, mais Grégoire me fait chier avec la longueur de mon article : les robes avec appui-tête et accoudoirs intégrés (Echoform – A/H 1999), les codes qui créent un costume folklorique (Ambimorphous – A/H 2002), ou encore la vitesse qui s’inscrit sur des vêtements (Inertia –P/E 2009), mais bon, je crois que je vais laisser votre curiosité sur sa faim pour vous inciter à vous déplacer au musée des Arts Déco.

Avant cela, je voudrais quand même vous dire que Hussein Chalayan n’est pas juste un artiste déluré qui se pose des questions métaphysiques sur la condition humaine et en tire des robes. C’est aussi un peu un savant fou ! (je la vends bien l’expo hein ? oui je sais !). La collection qui m’a le plus frappée reste One Hundred and Eleven, présentée en Octobre 2006 à Paris Bercy, pour le Printemps/Ete 2007. En collaboration avec Swarosvki, Chalayan crée des robes savantes, légères et scintillantes. Mais le défilé se clôt sur six robes dites « morphing » (voir à 1min 55). Il faut savoir que Chalayan se passionne aussi pour l’histoire de la mode et l’enchaînement des tendances : alors que Before Minus Now (P/E 2000) reprend le volume du new look dans années 1950s, Proximity Sensors – Imminence of Change (Février 2011, vidéo présentée à Istanbul) retrace les différentes coiffures qui ont marqué le XXe siècle. Dans la même optique, ses robes « morphing » se transforment en live, et passe d’un idéal féminin à un autre. Les décolletés se ferment, les épaules se dévoilent, le chapeau change de forme, alors que des paillettes émergent et ornent cette toute nouvelle tenue. Le dernier modèle est une robe en voile qui, pendant le défilé, finit entièrement aspirée dans le chapeau de la mannequin alors nue sur scène. La mode serait-elle vouée à sa propre négation ?

One Hundred and Eleven - Printemps/Eté 2007

Chalayan informe, innove, invente et transforme.

La mode osée, revendicatrice et inventive est rare, et doit être notée. C’est comme les bons films, elle est précieuse et révèle un vrai talent et une vraie volonté de changer les choses. Chalayan a marqué son temps en proposant une mode à la limite du fashion system et de l’art contemporain. Parfois hermétiques et complexes, d’autres fois universelles et transparentes, ses créations restent les témoins d’une période, avec toutes les problématiques techniques, sociales et politiques que cela implique. L’exposition reflète parfaitement cette dimension, mais je lui reproche toujours un parcours peu clair. Ce n’est pas nécessairement qu’il faille respecter une progression chronologique dans son travail, mais en fait on se paume dans notre aide à la visite, l’agencement des vitrines ne correspondant pas toujours à l’ordre des paragraphes. Alors, au deuxième étage, on perd un peu patience à faire les rapprochements, et les commentaires sont toujours passionnants mais un peu longs je pense. C’est une mode savante, et quand je ne trouve pas l’explication je n’ai pas la prétention de saisir la démarche de Chalayan. Alors, j’avoue, j’étais moins impliquée dans les deux dernières salles, d’autant plus que, pour finir, on est invité à découvrir des collections récentes n’étant rien de plus que des jolies tenues. Avec cette dernière section plus commerciale que générant l’interrogation, il semblerait que l’exposition finisse par faire de Chalayan un couturier comme un autre.

Ce qu’il n’est pas, c’est sûr.

En bref, on aime :

–       être touché par ses démarches si bien exprimées qu’elles en sont universelles (Afterwords & Between)

–       être frappé par les robes qui se transforment toutes seules (One Hundred and Eleven)

–       l’aide à la visite complet


On n’aime pas :

–       l’aide à la visite, trop complet ?

–       le parcours de l’exposition sans indication

–       le manque de lumière dans une vitrine au second étage…

Pour les plus motivés, ici une version plus longue de l’article à télécharger.

Pour aller plus loin :

–       Alexander McQueen : Savage Beauty, Metropolitan museum

–       Histoire idéale de la mode contemporain (exposition en deux temps au Musée des Arts Décoratifs vol. 1 & 2 ainsi que l’ouvrage d’Olivier Saillard)

Le planning #1

7 Nov

Une sélection d’expositions à ne pas rater sur Paris et ailleurs, en Novembre et Décembre (en plus de toutes celles dont on vous fait un compte rendu bien sûr !)

La cité interdite au Louvre, jusqu’au 09 Janvier 2012 – Musée du Louvre, Paris.

Le musée monde, J.M.G. Le Clézio invité au Louvre, jusqu’au 6 Février 2012 – Musée du Louvre, Paris.

Marteen Baas, les curiosités d’un designer, jusqu’au 12 Février 2012 – Musée des Arts Décoratifs, Paris.

Goudemalion, Jean-Paul Goude une rétrospective, jusqu’au 18 Mars 2012 – Musée des Arts Décoratifs, Paris.

Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde, jusqu’au 15 Janvier 2012 – Musée d’Orsay, Paris.

Maori, jusqu’au 22 Janvier 2012 – Musée du Quai Branly, Paris.

Elles changent l’Inde, jusqu’au 8 Janvier 2012 – Musée du Petit Palais, Paris.

Boris Vian, jusqu’au 15 Janvier 2012 – BnF, site François Mittérand, galerie François Ier, Paris.

Paul Klee, polyphonies, jusqu’au 11 Décembre 2011 – cité de la Musique, Paris.

Edvard Munch, l’œil moderne, jusqu’au 09 Janvier 2012 – Centre Pompidou, Paris.

Yayoi  Kusama rétrospective, jusqu’au 09 Janvier 2012 – Centre Pompidou, Paris.

Décor et installations, jusqu’au 15 Avril 2012 – Galerie des Gobelins – Paris – Beauvais

Le château de Versailles raconte le Mobilier National, jusqu’au 11 Décembre 2011 – Château de Versailles.

La Biennale de Lyon, jusqu’au 31 Décembre.

Klein + 10 collectionneurs, jusqu’au 31 Décembre 2011 – Galerie Le Réverbère, Lyon 1.


Planche(s) contact 2011, jusqu’au 27 Novembre 2011 – Deauville

L’art du costume de la Comédie Française, jusqu’au 31 Décembre 2011 – Centre National du Costume de Scène, Moulins.

Les dessins au pinceau de Matisse, jusqu’au 19 Février 2012 – au musée départemental Matisse au Cateau-Cambrésis.