Tag Archives: Kavinsky

L’hebdo du Point C #1

16 Oct

par Grégoire.

Le son de la semaine : Nightcall de Kavinsky (Drive Original Soundtrack)

Bon, d’accord, j’avoue ne pas être très original en vous présentant « Nightcall » comme « son de la semaine », mais désolé, je ne m’en défais pas.

Ce morceau arrive au début du film, et vient se poser sur les plans de L.A. la nuit. Il faut dire que le moment est très bien choisi. Mais revenons à nos moutons. Dès le début, Kavinsky nous met dans l’ambiance : pour nous recréer un « night call », il commence par le hurlement d’un loup et le bruit des pièces que l’on insère dans une cabine téléphonique. Après vient l’instru, soutenue par un lourd beat, une grosse basse et un synthé qui frise les années 1980, un peu à la manière des Daft Punk (Veridis Quo) et donc de Justice

Le « son de la semaine » n’étant pas l’occasion de vous faire un historique du titre, de ses influences ou de sa production, parlons d’autre chose. La voix « robotiquement » masculine ne fait que mieux ressortir celle, à tomber (et je pèse mes mots), de Lovefoxxx. NightCall a un pouvoir tellement envoutant, tellement sensuel, qu’on ne peut s’empêcher de l’écouter en boucle. Et le pire, c’est qu’à la longue elle peut vous rendre triste. Alors, notre conseil : plongez-vous dedans avec une bonne sono (et surtout pas avec le son métallique d’un ordinateur portable), fermez les yeux, et vous verrez. 

Un vrai poison.


L’oeuvre de la semaine : La Laitière de Vermeer

Faisons honneur à celui chez qui nous avons choisi le visuel de notre blog : Mr Johannes Vermeer. Voici son œuvre archi-connue, la Laitière, conservée au Rijksmuseum d’Amsterdam et datée de 1659.

Et oui c’est un vrai tableau, pas simplement la publicité d’un yaourt ! Bon, vous vous en doutez, je ne vais pas vous faire un commentaire construit, avec cartel, description, analyse et remise en contexte (les gens de l’Ecole du Louvre voient bien de quel type de commentaire on parle), alors je vais plutôt tenter de vous faire voir ce qu’il me plait d’y voir. Commencez par regarder son visage. La tête inclinée, le teint rosé, la bouche entrouverte, elle a l’air concentrée à verser le lait. 

Concentrée ou pensive ? Disons pensive, et imaginons cette jeune femme, seule à son travail, en train de penser à quelque chose de totalement différent. Peut-être est-elle amoureuse, peut-être pense-t-elle à la soirée qu’elle a passée la veille ou à celle qu’elle passera ce soir. Ou même, soyons fous, pense-t-elle à une folle nuit.  Je refuse de croire que cette jeune femme est concentrée sur ce qu’elle fait. Attendez, elle verse quand même du lait la bouche ouverte !

Laissons-la rêver et remplir de doux songes le mur vierge sur lequel elle se détache.  

La Laitière, Johannes Vermeer, 1659, conservée au Rijksmuseum d’Amsterdam.

Publicités

Onirique et maitrisé, focus sur le phénomène Drive

9 Oct

 Par Baptiste.

Dire que j’attendais le prochain film du réalisateur Danois, Nicolas Winding Refn, tient du bel euphémisme.

Après la claque de la trilogie « Pusher », qui a renouvelé le polar, il obtient la reconnaissance internationale avec « Bronson » (le criminel pas l’acteur !). Comparé au chef d’œuvre « Orange Mécanique » du Maître Kubrick, le film fait l’effet d’une grosse mandale en pleine gueule que l’acteur principal (Tom Hardy, montagne de muscles déchaînée) nous aurait mis lui-même. Avec ce film, le réalisateur a détourné le Biopic pour en faire un Opéra Rock (rien à voir avec Mozart !) de « fureur, sang et merde ».

En 2010, sort « Valhalla Rising, le guerrier silencieux » avec Mad Mikelsen (qu’il retrouve après Pusher) : ce sont les films de guerriers qui subissent un re-looking. Si la première partie respecte les codes du genre, il en va autrement pour la suite. Nous partons à la découverte d’un autre style de guerriers, où la découverte d’un nouveau monde prend la forme de délire hallucinogène. A sa sortie, le film à divisé les critiques, ses détracteurs -dont je suis proche– trouvant le film vide (un peu) et ennuyeux (surtout).

J’attendais donc beaucoup de ce film, et je voulais surtout qu’il confirme mes premières bonnes impressions  (PusherBronson) après la déception que fut Valhalla Rising.

Des premières images prometteuses, la présence au casting de Ryan Gosling  (futur grand d’Hollywood avec : Jeremy Renner, Michael Fassbender, Tom Hardy… Fini le look « métro sexuel » des petits minets imberbes piochés dans les sériés d’ados pré pubères [Oui, oui ! Je pense à vous les fans de Twilight] ; place aux hommes, les vrais !), de très bons second rôles (Carrey Mulligan, Bryan Cranston, Ron Perlman…) et le prix de la mise en scène à Cannes n’ont fait que me rassurer sur la qualité de l’œuvre à venir.

Synopsis :

Adapté du livre du même nom écrit par James Sallis (Ed. Rivage Noir), « Drive » est donc le premier film dont Nicolas Winding Refn ne signe pas le scénario.

Cascadeur le jour, et chauffeur pour truands la nuit « The Driver » (Ryan Gosling) mène une vie solitaire, à la mécanique bien huilée. Professionnel et silencieux, il ne prend part aux braquages qu’en conduisant. Shannon (Bryan Cranston), son manager chargé de lui trouver ses contrats, propose à Bernie Rose, bandit réputé, d’investir sur son jeune poulain pour que celui-ci puisse participer à des courses de stock-car. Ce qu’il fera, mais en proposant à son ami Nino d’être aussi de la partie. Mais tout bascule lorsque « The Driver » rencontre Benicio, un jeune garçon et sa mère Irène (Carrey Mulligan). Mais lorsque le mari d’Irène sort de prison et est enrôlé de force pour un braquage et payer ses dettes, il décide de lui venir en aide pour protéger Benicio et sa mère.

Mais l’affaire tourne mal, et il n’a plus d’autre choix que de traquer ceux qui l’ont doublé l’un après l’autre…

Verdict :

« Drive » se passe dans un monde d’hommes, un monde de brutes. Ici, pas de place (ou peu) pour ces êtres fragiles que sont les femmes. Une fois de plus, NWR raconte la vie d’un homme seul et solide qui petit à petit va s’effondrer. Tout comme « Valhalla », l’enfant est la pièce maîtresse du changement chez notre héros. L’innocence de Benicio va renvoyer au Driver ses propres faiblesses et le mettre en position d’échec jusqu’à l’entraîner dans une spirale de folie furieuse.

Alors qu’un Quentin Tarantino pioche dans les codes d’un ou plusieurs genres pour ensuite les mélanger et les pousser à l’extrême, NWR prend ces codes pour les détourner.

Vous vous attendez à voir un film de course poursuite classique ? Arrêtez-vous ! Si le film peut sembler démarrer comme tel et suivre une route bien indiquée par le GPS, le réalisateur fait tout à coup volte/face par un coup de volant sec, le pied au plancher. Il ébranle nos certitudes sur le genre, nous fait voir autre chose, et provoque la surprise. Et ça marche ! Rien à voir avec « Fast and Furious », « Le Transporteur »… pas de super bagnoles avec tunning ou gadgets, pas de bombes à la plastique parfaite. Dans Drive, les voitures sont celles de tous les jours, celles que vous conduisez. NWR veut être le plus proche possible de la réalité. Pour cela, il se sert de son personnage principal pour séparer monde du cinéma (les cascades) et monde réel (où seule compte la conduite rapide et réfléchie). Il place sa caméra dans la voiture lors des scènes de poursuite, décuplant nos sensations de stress et faisant battre notre cœur au rythme du moteur. Totalement immergés, nous ne sommes plus de simples spectateurs : nous sommes passager et chauffeur, nous sommes The Driver. 

Au final, on en sort encore hypnotisé par une mise en scène virtuose. Si la comparaison du réalisateur avec Scorcese doit tenir, alors « Drive » est le « Taxi Driver » [Palme d’Or à Cannes – 1976]) de NWR.

Envoûté par la bande originale (notamment par le magnifique Nightcall de Kavinsky), les narines pleines d’une odeur de bitume et de cuir (des sièges de voiture aux gants de conduite), la bouche remplie d’asphalte, de sang et de tôle, on a le sentiment de s’être laissé conduire vers une destination bien différente de celle annoncée, loin des codes prédéfinis et des blockbusters, une destination bien plus surprenante.

Actuellement les deux compères travailleraient non pas sur un mais deux projets de film ! De quoi  nous faire frissonner à l’idée qu’ils se réunissent à nouveau…

En attendant, foncez-y ! Vivez une autre idée du Cinéma, vivez l’expérience NWR.

Réalisateur : Nicolas Winding Refn

Casting : Ryan Gosling (La Faille, Crazy Stupid Love), Carrey Mulligan (Wall Street 2, Une éducation), Bryan Cranston (Malcom, Breaking Bad), Christina Hendricks (Mad Men), Ron Perlman (Hellboy, Le nom de la Rose).