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Hopper prend un bain de foule

10 Nov

Edward Hopper,

Galeries nationales du Grand Palais, jusqu’au 28 janvier 2013,

par Camille B.

Le bruissement autour de l’exposition n’en finit pas ; octobre n’était pas terminé que la billetterie en ligne affichait complet jusqu’au 20 novembre. Les foules s’étirent face au Grand Palais… On s’en souvient bien au Point C, des files d’attentes démesurées pour Picasso et les Grands maîtres ou Monet ! Mais le challenge m’attire. Je décide que rien n’est impossible et tente une entrée avant le début des vacances avec à la clé, camping dès 9h30 du mat’ devant les Galeries, thermos à la main. Méditez cela : la chance sourit aux audacieux, et une heure plus tard je pénètre dans la première salle de l’expo.

Une première impression ? Il y a du monde… Ben oui, lire le panneau chronologique retraçant les grandes lignes de la vie de Hopper c’est comme tenter de se faire une place sur le Champ de Mars un 14 juillet, mais on y survit (promis).  Vous avez fait le plus dur, vous pouvez maintenant apprécier le spectacle.

Car si l’exposition suscite de tels mouvements de foules, c’est bien parce que l’on assiste ici à un événement exceptionnel. 124 œuvres de l’artiste sont réunies, un tour de force quand on sait qu’elles sont très majoritairement conservées outre-Atlantique, et que le Grand Palais présente 55 des 100 dernières toiles peintes par Hopper durant sa période « canonique » (entre 1924 et 1966).

Tout ça, je le savais à l’arrivée ; c’est donc une surprise des plus agréables que j’ai en découvrant en sus la large place faite aux débuts de la carrière du peintre, surtout connu pour ses œuvres plus tardives (qui n’a jamais vu Nighthawks en couverture d’un polar, levez le doigt).
Vous appâter sans vous spoiler, rien de plus simple. Imaginez un américain pur souche élevé au grain du postimpressionniste Robert Henri, et qui débarque à Paris dans les années 1906-1910 ? Imaginez qu’il croque la vie de bistrot si typique de notre ville-lumière, tandis qu’il a sous les yeux les travaux d’Albert Marquet, Félix Vallotton mais plus encore, d’Edgar Degas ?

Hopper, Edward – Couple Drinking – 1906-1907, Aquarelle, 34,3 x 50,5 cm
New York, Whitney Museum of American Art, Josephine N. Hopper Bequest
© Heirs of Josephine N. Hopper, licensed by the Whitney Museum of American Art

L’expo retrace ce parcours à grand renfort d’œuvres de comparaison, et j’ai tôt fait de me pâmer devant une des stars de l’événement, Un bureau de coton à la Nouvelle-Orléans (1873, musée des Beaux-Arts de Pau) et d’apprécier les vues originales des quais du Louvre –maisooon- qui annoncent un goût pour l’anecdotique évoquant le quotidien et le banal avec une poésie dont seul Hopper a le secret. Sans oublier les estampes ; d’elles, le peintre dira : «Ma peinture sembla se cristalliser quand je me mis à la gravure.» En effet, face à la très remarquée Night Shadows, la citation prend tout son sens.

Edward Hopper – Night shadows – 1921, Gravure, 17,5 x 21 cm, Philadelphia Museum of Art : Purchased with the Thomas Skelton Harrison Fund, 1962
© Philadelphia museum of art

Une salle est consacrée au travail d’illustrateur, qui a, longtemps et à son grand regret, permis à l’artiste de se nourrir ; une autre, aux aquarelles qui lancent son succès lors d’une exposition en 1923 au Brooklyn Museum of Art. C’est à cette date que débute sa « période canonique », la plus emblématique.

Je ne vous cache pas que c’est majoritairement cette seconde partie qui fait se déplacer les foules de France et de Navarre. Et pourtant, en arrivant dans les salles d’un gris lumineux et épuré qui rehausse à la perfection les œuvres du plus célèbre des réalistes américains, j’ai un instant d’égarement. Ai-je zappé des panneaux ? Nenni ; il n’y en a pas. Quoi, le travail d’Hopper en phase de maturité se passerait de mots ? Pourtant, face aux tableaux, je crois pouvoir les trouver. Hopper, c’est le peintre de la vie quotidienne de la classe moyenne américaine. Celui qui saisit les moments d’égarement (Morning sun).

Edward Hopper – Morning Sun – 1952, Huile sur toile, 71,4 x 101,9 cm, Columbus Museum of Art, Ohio : Howald Fund Purchase 1954.031
© Columbus Museum of Art, Ohio

Qui rend le trivial poétique et le questionne jusqu’à l’épuisement (Excursion into philosophy), souligne avec brio la vacuité de l’activité industrielle dans l’Amérique moderne, montrant ses productions dans des scènes vidées ou presque de toute figure humaine (Gas ou Dawn in Pennsylvania).

Edward Hopper – Gas – 1940, Huile sur toile, 66,7 x 102,2 cm, The Museum of Modern Art, New York. Mrs. Simon Guggenheim Fund, 1943
© 2012. Digital image, The Museum of Modern Art, NewYork/Scala, Florence

Mais Hopper sait aussi nous toucher plus simplement, que ce soit par les couleurs de Railroad sunset ou avec la beauté des lignes solides de Lighthouse Hill qui se découpent sur le ciel bleu, ou le frais éblouissement de Summertime.

Edward Hopper – Lighthouse Hill – 1927, Huile sur toile, 74 x 102 cm, Dallas Museum of Art, gift of Mr. and Mrs. Maurice
Purnell © Image courtesy Dallas Museum of Art

 

De lui, j’ai admiré ses solides charpentes de maisons, parfois inhabitées telle Two puritans à la mélancolie glaçante, et contemplé les moments d’égarement dans la vie des mégalopoles de la Côte Est en plein essor. Une expérience que je vous recommande…

Pour vous aider à faire vos comptes :

Le Point C a aimé :

–       Voir le déroulé de la carrière et les grandes sources d’inspiration de l’artiste.

–       (Re) découvrir les chefs-d’œuvre d’un monstre sacré de l’art américain et se replonger dans l’univers des années 1930-60.

–       La scénographie, simple et épurée, avec ses couleurs judicieusement choisies. Less is more.

 

Mais le Point C aurait préféré :

–       Un peu plus des explications sur la seconde partie, ce ne serait pas du luxe.

–       Ne pas avoir à avouer à ses lecteurs que nous avec notre carte d’EDLiens, on n’a pas à payer l’entrée et que si vous, vous voulez prendre l’audioguide en bonus de la résa sur internet afin de pallier le manque évoqué ci-dessus, vous atteignez le budget d’un (petit) dîner au resto.

Ceci dit, serrez-vous la ceinture : ce n’est pas demain la veille du jour où vous reverrez ces œuvres réunies !

Les informations pratiques : ici,

la billetterie en ligne,

l’audioguide en ligne,

l’appli Hopper pour Ipad.

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Monumenta 2012 : les excentricités de Mr Buren

11 Juin

Monumenta 2012, Daniel Buren : Excentrique(s), travail in situ, du 10 mai au 21 juin,             Grand Palais

par Grégoire.

J’ai un peu de mal avec l’art contemporain. Autant vous le dire. D’autant plus que je ne sais pas trop à quoi ça correspond. J’entends parler d’art actuel, d’art vivant, et du coup je suis perdu. Mais il y a des événements qui ne se manquent pas, comme la Monumenta. Cette année, dans la nef du Grand Palais, Daniel Buren développe son œuvre appelée « Excentrique(s), travail in situ« .

Daniel Buren, 74 ans, artiste contemporain. Et c’est là que ça coince dans mon esprit : contemporain depuis plus de 25 ans ? Depuis ses Deux Plateaux ? Un artiste vivant fait-il toujours de l’art contemporain ? On me dit que l’art est contemporain depuis les années 1960 ou depuis la fin de la 2nde Guerre Mondiale, alors que je pensais qu’il était contemporain seulement aujourd’hui. Problème de vocabulaire ? Manque de mots ? J’en arrive à me demander si dans 50 ans nous appellerons contemporain l’art de la période 1960-2010. Incohérence ? Manque de recul ? Autant de questions sémantiques qui ne manquent pas d’agiter mon esprit peut-être une peu classique. Je ne prétends pas apporter de réponse : justement, j’aimerais qu’on m’éclaire sur ce point.

Laissons ces réflexions de côté, nous y reviendrons après. Pour l’instant, il faut bien que je vous parle de ce qu’abrite le Grand Palais, et de ce que j’ai pu y ressentir. L’année passée, Anish Kapoor (58 ans) présentait son Leviathan, énorme structure qui était à deux doigts de faire exploser la grande verrière. Une œuvre intéressante, immersive, et vraiment en accord avec le nom de la manifestation, la Monumenta. Rappel de vaccin pour ceux qui auraient besoin d’une petite mise à jour.

Photo Didier Plowy – Tous droits réservés Monumenta 2011, ministère de la Culture et de la Communication

Je laisse de côté tous les concepts sous-jacents – à tort certainement –, mais je pars du principe que le visiteur « normal » ne les connait pas et ne prendra pas le temps de les connaitre. Une autre question me chatouille : l’art contemporain, une affaire d’experts ? Je vous en supplie, éclairez-moi. Mais passons : vous l’aurez compris, j’ai adoré Kapoor l’année dernière. Une belle prise de possession de l’espace et des possibilités qu’il offre. Comme pour une autre de ses œuvres, présentée à Venise lors de la Biennale 2011, dans l’église San Giorgio Maggiore, intitulée Ascension. 

Quand j’ai su que Buren avait été choisi, j’ai tout de suite ressenti des émotions contradictoires : de la déception, mais aussi de la curiosité. De la déception : pas parce que je connais le monde de l’art contemporain, mais tout simplement parce qu’il s’agit d’un artiste français. Ne m’affublez pas d’un antipatriotisme amèrement inapproprié, je pense simplement que ce genre de manifestations est aussi l’occasion de présenter des œuvres étrangères. De la curiosité : l’affiche colorée, et la renommée (méritée, entendons-nous bien, je ne me permettrais pas de faire de Mr Buren une figure terne du monde de l’art) du créateur ne peuvent que susciter ce genre de réaction. C’est donc par un samedi après-midi ensoleillé que je suis allé me promener dans l’œuvre de Buren – car c’est bien de ça dont il s’agit pour la Monumenta : l’œuvre vit et prend son sens grâce aux déplacements des visiteurs. L’entourer de barrières serait aussi absurde qu’ impossible et inutile.

Buren a disposé, sur presque toute la surface de la nef, des piliers de section carrée sur lesquels reposent des disques de plexiglas coloré, à un peu plus de 2m du sol. Au centre de l’espace, quelques miroirs sont agencés à même le sol. Qu’en pensé-je ? L’artiste joue sur les formes et les couleurs, et ça me plaît. Se balader dans cette forêt multicolore est un réel plaisir, tout comme pouvoir toucher les piliers. En somme, la fusion opère, et l’on assiste à une réelle distorsion de l’espace : nos yeux voient à travers des filtres sans cesse différents, et le lieu est en constante mutation. Une ambiance sonore assez étrange est diffusée en continu. L’œuvre de Buren met finalement les sens en éveil : la vue (nous sommes tous d’accord), l’ouïe (idem), le toucher (pour les piliers), le goût et l’odorat (une cafétéria a été aménagée).

La vue la plus intéressante, mais aussi la plus dommageable pour l’œuvre du Français est bien celle que l’on a du haut du grand escalier à deux volées qui offre un panorama sur l’ensemble. La plus intéressante, car les reflets et les accroches de lumière sur les plaques rondes de plexiglas créent une ambiance que je qualifierai d’aquatique. J’avais l’impression de regarder une surface d’eau stagnante envahie par des nénuphars ou d’autres plantes d’eau. Après, à chacun son délire, à chacun ses yeux : c’est bien ça qui est le plus important dans une telle installation. La plus dommageable, car à l’inverse de Kapoor, Buren occupe peu l’espace dans sa hauteur. Certains pourront dire que justement, l’espace est occupé par la lumière et ses variations. Je leur répondrai qu’une telle réflexion est inutile, car l’espace est lumière : nous ne percevons un espace comme tel que parce que des rayons lumineux le sculptent. J’aurais aimé que la forêt se développe un peu en hauteur, quitte à perdre cet effet aquatique. Au moins au centre de l’espace : certes, les miroirs posés sur le sol permettent, une fois que l’on se place dessus, de combler le grand vide vertical. Petit conseil pour vous mesdames (au risque de passer pour un pervers) : si vous y allez en jupe ou en robe, faites attention.

Une expérience vraiment intéressante donc, que je vous conseille vivement ! Revenons aux réflexions pseudo-existentielles que je vous ai présentées au début de ce papier. Vous avez le droit de les trouver ennuyeuses, inutiles, pseudo-intellectuelles voire intellectualistes, mais, comme je ne connais rien à l’art contemporain et à ses enjeux, je pense qu’elles ont pu effleurer l’esprit de nombreux visiteurs. Le problème était le suivant : suffit-il d’être vivant pour faire de l’art contemporain ? Pour faire de l’art que l’on appelle contemporain depuis plus de 50 ans ? Il semble que non, et les exemples ne manquent pas, pour toutes les époques : prenez par exemple le Pérugin, maître du grand Raphaël. Vers la fin de sa vie, il obtint de moins en moins de commandes, car il n’arriva pas à assimiler et à comprendre les innovations de son élève ou de Léonard. Triste histoire, non ?

La question est de savoir si Daniel Buren s’insère dans les préoccupations artistiques actuelles. Je ne peux répondre à cette question. A l’inverse, on pourrait aussi se demander si, comme l’art est dit contemporain depuis plusieurs décennies, Mr Buren n’est pas le représentant d’une époque révolue, honoré au Grand Palais comme on pourrait exposer une œuvre d’un maître ancien récemment redécouverte sur le marché : un nouveau panneau de Giotto, un portrait de Rembrandt tombé dans l’oubli, un Malevitch inédit. Daniel Buren, un artiste contemporain devenu classique, un artiste classicisé par les institutions ?

S’il vous plaît, vous qui peut-être lisez ces quelques lignes, éclairez-moi. Je pose ces questions en toute humilité, dans le seul but de réfléchir avec vous. Il semble nécessaire de faire un point sur le vocabulaire à employer : art contemporain, actuel, ou vivant, autant de termes qui sont loin de faciliter la tâche d’un public qui oscille entre incompréhension totale et snobisme dégoulinant. Amis lecteurs, j’attends vos commentaires, et je vous salue bien bas. 

Helmut Newton, tout simplement

18 Mai

par Aurore.

Depuis le 24 Mars, la galerie sud-est du Grand Palais accueille la première rétrospective française consacrée à Helmut Newton. On y découvre du nu, du sulfureux, du scandaleux, c’est bien là, on est arrivé.

« Certains photographes font de l’art, pas moi »

Helmut Newton, c’est un photographe de mode  australien. Pourtant, c’est bien à Berlin qu’il naît en 1920. A sept ans, il rencontre Erna la rouge, une prostituée aux cuissardes rouges dont le souvenir restera déterminant durant toute sa carrière. A 12 ans, c’est avec son argent de poche qu’il se paie son premier appareil. Il quitte l’Allemagne en 1938 pour Singapour, puis passe en Australie dont il devient citoyen en 1946. En 1947, il rencontre une actrice, prénommée June, qui deviendra sa femme. En 1957, il commence à travailler à Londres chez Vogue, et là, c’est le début de la grande aventure !

Elle, 1968 © Helmut Newton

Alors parlons de l’expo, d’abord le lieu ! Au premier étage, on entre dans de grandes salles peintes dans différentes teintes de bleu, et bien sûr, sur les murs on n’a pas oublié de coller des photos. C’est simple et c’est cool. Je l’avais déjà dit, je suis fan des murs colorés dans les expositions. Et là, le camaïeu de bleu frappe juste : il donne du relief aux cadres.

Trop souvent, les expo photos c’est deux cadres qui se battent en duel et rien de plus, et des réflexions pseudo-intellectualo-philosophiques. Heureusement, ici vous en avez plein la vue. Les séries d’Helmut Newton sont réunies par thème, par date, et elles sont développées sur un mur entier. Dans des cadres simplissimes (bords noirs en bois et marie-louise blanc cassé), les images en noir et blanc animent les murs. Les formats alternent, les séries des « great nudes » se déploient sur le mur de gauche dans de grands formats alors sur le mur de droite, les photos se multiplient, dans un format plus raisonnable. L’œil ne se lasse pas, chaque photo raconte une histoire, les textes rythment le tout, et les citations courent sur les murs. Portraits, érotisme, nus, mode, tous les sujets sont abordés.

Elle, Paris – 1969 © Helmut Newton

Alors l’art de Newton, c’est quoi ?

On connaît le nu, le sexe, la féminité exacerbée. Mais, est-ce que ce n’est que ça ? « Une bonne photographie de mode doit ressembler à tout sauf à une photographie de mode. À un portrait, à une photo souvenir, à un cliché de paparazzi… » (Helmut by June, 18’24’’). Alors, non : c’est bien plus ! Chaque photo surprend, ou choque. Mais ce qui me plait, c’est que chaque image est forte. Quelque soit l’idée, la pose, les tenues, le lieu, il y a toujours une incroyable cohérence et un message. Pas un message politique, ni un message genre de paix dans le monde et tout ça, mais un témoignage de ce qui faisait son époque. Vraiment.

French Vogue, Paris – 1994 © Helmut Newton

Malgré tout, ses images frappent par leur grande modernité, le noir et blanc, le flash, le second degré et les poses archi-sensuelles, mais aussi les bijoux et la bouffe gaspillée ne vont pas sans rappeler le sulfureux Terry Richardson, et pourtant plusieurs décennies les séparent !

Tied up torso, Ramatuelle, France – 1980

L’exposition est très accessible, je pense que les néophytes adoreront se perdre sur les courbes généreuses des toutes les muses du photographe, pourtant pas sûr que les spécialistes apprécient ce tour d’horizon bien rapide. Néanmoins la scénographie est belle, simple, juste comme il faut pour mettre les propos de Newton en valeur. Bien sûr, je n’étais pas seule à admirer l’œuvre du maitre… Oui, l’expo est bondée… alors, soyez rusés !

X-ray, French Vogue, Paris – 1994

On a aimé :

–       la chair enrobée de glamour et de luxure :

« J’adore la vulgarité. Je suis très attiré par le mauvais goût, plus excitant que le prétendu bon goût qui n’est que la normalisation du regard. Si le monde de l’art me rejette, je ne peux que dire : “Good luck to the world of art.” Si je cherche la vérité d’un point de vue, je ne vais pas me conformer à ce que l’art accepte ou non. Les mouvements sado-maso, par exemple, me paraissent toujours très intéressants ; j’ai en permanence dans le coffre de ma voiture des chaînes et des menottes, non pas pour moi mais pour mes photos »

Conférence de presse, 1984, Autriche

–       les portraits de personnes plus ou moins respectables. Newton surprend. Toujours.

« J’aime photographier les gens que j’aime, ceux que j’admire et ceux qui sont célèbres, surtout quand c’est pour de mauvaises raisons »

Helmut Newton Work, Cologne, Taschen, 2000, p. 131

On a moins aimé :

–       le parcours de l’expo, si simple qu’il en est troublant

–       la vidéo dans la dernière salle, parfaitement inaccessible face à l’affluence 

Quand le Grand Palais accueille la « Minimenta »

8 Fév

La France en relief, Chefs-d’oeuvre de la collection des plans-reliefs de Louis XIV à Napoléon III, Grand Palais, Nef, 18 janvier 2012 – 17 février 2012

par Grégoire.

C’est vrai que l’affiche n’a rien d’alléchant. C’est vrai que les maquettes, ça fait nerd. C’est vrai que la verrière du Grand Palais par un temps pareil, ça fait peur. C’est vrai que ce n’est pas l’expo du début d’année. Mais bon, malgré tout ça, lecteurs, j’ai choisi de vous inciter à y aller. Laissez-moi vous en parler.  

A peine entré, je suis, comme à chaque fois, frappé par l’immensité du lieu et par sa neutralité, propice au développement de grandes installations. Je me rappelle Boltanski, Anish Kapoor. Cette verrière est vraiment un lieu formidable, privilégié. Bref, après ces petites émotions, et accompagné de votre très cher et mystérieux Lulu (non je n’étais pas seul, car je n’aurais certainement pas pu trouver en moi suffisament de motivation pour m’y rendre), je réalise qu’aucun parcours ne semble clairement défini. Remarque, ce n’est pas grave : ce grand espace est propice à une déambulation aléatoire, et nous allons là où nous voulons aller, sans aucune contrainte. Quelques panneaux explicatifs fournissent des renseignements intéressants, et ils ne sont pas trop abondants. Ça tombe à pic : le froid m’empêche de stagner, et mon esprit commence à geler.

L’exposition propose une série de plans-reliefs utiles pour des questions de stratégie militaire. Les pièces furent créées dès 1668 sous Louis XIV, et complétées jusqu’en 1873.  Mais cette question semble placée au second plan : on cherche aussi à nous transmettre l’idée du prestige, de la grandeur d’une France conquérante, et les maquettes étaient d’ailleurs présentées dans la Galerie du Bord de l’Eau (actuelle Grande Galerie du Louvre) jusqu’en 1777.

Très vite, je me sens moins attiré par ces thématiques, et plutôt happé par la fantastique habileté technique qui a été nécessaire à la réalisation de ces maquettes. Regardez donc l’image ci-dessus : sans la trace des vitrines, ne dirait-on pas qu’il s’agit d’une vue aérienne par beau temps ? A quoi bon lire certains textes, quand on présente des oeuvres (osons les appeler ainsi) d’une aussi grande taille ? Elles s’imposent à nous, envahissent l’espace. Cet effet est aussi très bien créé par une série de miroirs obliques qui distordent l’espace, le dilatent, tout en permettant au visiteur d’avoir une vue d’ensemble de chaque maquette. 

L’ensemble de l’expo est organisé autour d’une carte de France de 650 m². Certaines maquettes, je pense à Cherbourg et Brest, sont gigantesques, mais on peut les observer sans problème grâce à un parcours en hauteur et quelques petits télescopes qui sont pointés sur certains détails (mais qui ne marchent pas toujours). 

Enfin, plusieurs installations « technologiques » ponctuent l’exposition. Deux espaces immersifs développés par Google Earth (Liquid Galaxy) vous proposent de voyager sur Terre, en proposant des plans et des photos aériennes à 360°. L’utilisateur est devant un écran tactile et un joystick, et tout autour de lui sont disposés de nombreux écrans. L’effet est scotchant et très réussi, même s’il demande certainement encore quelques améliorations. Une autre installation permet aux visiteurs d’intégrer leur image dans un plan en relief, par le biais d’un système de caméras, de fond bleu, et de vidéo-projection. Chacun pourra alors se sentir comme Gulliver. Et peut être, passer pour un con. A voir

Liquid Galaxy de Google Earth

Alors voila, pour conclure, ce n’est pas une exposition de malade, mais elle vaut le coup. Rien que pour l’effet créé par les miroirs et les photos que l’on peut faire. Bravez le froid, serrez vos écharpes, enfilez vos gants. Vous ressentirez cette étrange et paradoxale sensation d’avoir été submergé par des réductions. Prélude conscient ou inconscient à la Monumenta, cette exposition fait son effet. 

Pour aller plus loin : 

La collection du musée des Plans-reliefs compte plus de cent maquettes. Seize d’entre elles, parmi les plus spectaculaires – celle de Cherbourg s’étend à elle seule sur 160 m² –, seront exposées sous la Nef du Grand Palais. Ces objets illustrent l’évolution des frontières au cours de l’histoire. Certaines villes exposées, comme Berg-op-Zoom ou Exilles, furent françaises et sont aujourd’hui néerlandaise et italienne. D’autres, étrangères par le passé, comme Saint-Omer ou Besançon, sont devenues françaises. En outre, chaque plan-relief sera mis en valeur sous un angle particulier : histoire de la construction et de l’urbanisme, histoire des techniques de siège et de l’art de la guerre, histoire de la ville et de la province, histoire de l’environnement… La maquette de Brest, achevée en 1811, montre le « vieux Brest » disparu au cours des bombardements de la Seconde Guerre mondiale et sera comparée à des vues contemporaines. Ces approches seront accompagnées par des dispositifs interactifs et immersifs associant documents audiovisuels, supports multimédias et écrans tactiles.

La scénographie tirera pleinement profit du volume de la nef du Grand Palais et, grâce à une configuration originale, permettra au public de découvrir de près les maquettes. Pour inscrire les sites dans le territoire français, les plans-reliefsseront présentés autour de l’impression au sol d’une carte deFrance d’une superficie de 650 m².

Cette exposition est la première réalisée par la Maison de l’histoire de France avec le concours de la Rmn–Grand Palais et le partenariat scientifique du musée des Plans-reliefs. Elle s’inscrit dans la mission première de la Maison de l’histoire deFrance qui est de porter à la connaissance d’un large public le patrimoine historique français.

(source : http://www.rmn.fr/la-france-en-relief)

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16 Déc

Game Story, une histoire du jeu video. 10 novembre 2011 – 9 janvier 2012, Grand Palais, avec la collaboration du Musée des Arts asiatiques – Guimet et de l’association MO5.com.

par Jean.

Après l’exposition intitulée Des jouets et des hommes – chroniquée ici même par notre Grégoire national –, le Grand Palais nous offre depuis un mois maintenant une autre destination tout aussi ludique, celle des jeux vidéo, à travers sa Game Story. Aujourd’hui souvent tournés en dérision par le commun des mortels, les fanatiques de la souris et du joystick (qui a dit geek ?) ont certainement ressenti avec cette exposition une pointe de satisfaction. Le jeu vidéo pénètre dans le monde de la culture… Barbie et les ours en peluche au Grand Palais ? Mario et Sonic aussi, et c’est peut-être plus étonnant.

Le titre de l’exposition affiche d’entrée la couleur : malgré la relative jeunesse du domaine (la naissance des jeux vidéo remonte au début des années 70) c’est une histoire que l’on nous propose, le parcours de Game Story se veut donc chronologique. Les deux fils conducteurs qui viennent s’ajouter à ce parti pris sont les aspects technique et esthétique. Au risque de survoler certains grands thèmes que peuvent recouper les jeux vidéo, l’approche n’en est pas moins agréable. Une dernière chose avant d’aller plus loin : plus de 80 consoles et jeux sont laissés libres d’utilisation aux visiteurs ! Pour les gamers ayant raccroché, la rechute est un risque potentiel de tous les instants… Et je parle en connaissance de cause (Dieu ait mon âme). A peine entré, je lutte contre l’envie de me ruer à travers l’exposition et prends le temps de parcourir les panneaux d’introduction – d’autres ponctuent régulièrement les grands espaces de l’expo, prenez cinq minutes pour les lire, c’est souvent très intéressant. Ceci fait, la récréation peut commencer…

Les vieux de la vieille ouvrent le bal, sous la forme de bornes d’arcade pour la plupart, le célébrissime Pong en première ligne, sorti par Atari en 1972. Aussi célèbre que Mickey dans le domaine du dessin animé, Pong restera le plus connu de ces jeux qui relevaient à l’époque plus de l’expérience informatique que du divertissement. D’autres titres de légende suivent avec la période suivante, qui s’amorce à la fin des années 70 et nous offre les premiers jeux en couleurs (phénomène initié une fois de plus par Atari) : on retiendra les grands, les très grands Space Invaders et PacMan, sortis respectivement en 1978 et 1980, auxquels il est possible de jouer sur borne d’arcade originale ! Puis les années 80 voient l’apparition des processeurs 8 bits, dopant les capacités des machines. C’est aussi l’apparition des consoles portatives (quel plaisir de pouvoir jouer à nouveau avec une Game Boy de 12kg…), et le début des séries à succès d’origine japonaise : je ne citerai que Mega Man, Kirby, Zelda, et bien sûr Mario, qui devient dès 1985 la mascotte de Nintendo.

Evolution du personnage de Link, héros de la série Zelda

Evolution du personnage de Mario, héros de la série éponyme


Avec les années 90, les choses s’accélèrent, et on pénètre avec l’expo dans un monde « en rouge et bleu »… Je m’explique : avec les nouvelles consoles 16 bits les images s’affinent, les couleurs sont plus nombreuses et les sons plus élaborés, mais c’est aussi la grande période de la rivalité entre Nintendo et Sega, entre la Super NES et la Megadrive, et surtout, surtout entre Mario et Sonic (bébé de Sega né en 1991, censé faire contrepoids au petit gros moustachu en salopette). Pas moins d’une demi-douzaine de jeux consacrés à chacun des deux héros voient le jour durant cette période, dont plusieurs sont jouables à l’expo, entre autres le magnifique Sonic the Hedgehog premier du nom, sorti sur Megadrive en 91. Ce titre fit un tel carton jusqu’à aujourd’hui qu’un opus sorti en 2010 sur les consoles dernière génération – intitulé Sonic the Hedgehog 4 : Episode 1 – n’est en réalité qu’un retour aux sources des 90’s… Comparez les vidéos, c’est flagrant !

La dernière phase de la course débute avec la seconde moitié des années 90, et selon moi elle se poursuit toujours jusqu’à présent. Les consoles et les jeux présentés dans cette seconde partie de l’expo sont peut être ceux qui évoqueront le plus de choses au public le moins averti. C’est la 3D qui prend le relais, et qui d’année en année va proposer des jeux toujours plus beaux. C’est également l’arrivée fracassante de la Playstation, sortie par Sony en 1995 : bien que je ne la porte pas dans mon cœur, il faut avouer qu’elle offre de nombreux titres à succès, comme Rayman, Tekken (dédicace à Hélène qui m’a mis une rouste sur ce jeu durant l’expo…), ou encore les Final Fantasy. Elle domine rapidement et largement ses concurrentes de chez Nintendo – la N64 (1996), à mon sens la plus fun – et de chez Sega – la Sega Saturn (1995), lamentable échec commercial. Mais un autre concurrent rentré en lice depuis la fin des années 80 commence à se tailler une belle part du marché : l’ordinateur. C’est à partir de ce moment là que les jeux sur pc émergent véritablement, en particulier parce qu’ils permettent de jouer en ligne. Tous les fans pourront ainsi profiter d’un poste présentant CounterStrike pour pouvoir fraguer quelques bots sur de_dust. La première version de cette célébrité du « FPS » (First-Person Shooter) est sortie en 1999 en tant qu’un des modes du légendaire HalfLife, et c’est toujours l’un des jeux en lignes les plus appréciés aujourd’hui.

 

Screenshot d’une partie de Rayman, sorti sur Playstation en 1995

Screenshot d’une partie de Final Fantasy VII, premier opus de la série à sortir sur Playstation en 1997

Screenshot d’une partie de Tekken, sorti sur Playstation en 1995

Gordon Freeman, héros de Half-Life, relooké ici lors de la sortie de HL2 en 2004. Hipster un peu le Gordon avec ses lunettes…


La dernière ligne droite de l’expo démontre en quelques instants l’incroyable développement technologique dont ont bénéficié les jeux vidéo ces dix dernières années. Les nouvelles consoles s’enchaînent, les effets graphiques sont sans cesse surpassés, les jeux se diversifient tant et plus… On note que le jeu en ligne prend une importance considérable, en grande partie après le monstrueux succès de World of Warcraft (2004), dont un pc à la Game Story laisse tourner une session en permanence. Aujourd’hui numéro 1 des « MMORPG » (Massively Multiplayer Online Role Playing Games), WoW compte presque 12 millions d’abonnés… Une des nouvelles tendances est aussi de transformer le joueur en manette vivante devant son écran : vous pourrez ainsi tester à l’expo Wii Sports, Samba de Amigo (Wii), ou encore le surprenant Child of Eden (Xbox 360). Enfin, tout simplement, les nouvelles possibilités des consoles (et des pc) permettent des jeux de plus en plus beaux, et souvent de plus en de plus en plus réalistes… En témoigne Crysis 2, sorti en mars dernier sur PC, PS3 et Xbox 360, parfaitement époustouflant et jouable au Grand Palais.

Screenshot d’une partie de World of Warcraft. Notez l’interface tentaculaire…


En résumé, cette courte exposition s’avère très agréable. Elle répond de manière claire et rapide à l’objectif qu’elle s’était fixée, à savoir de présenter une histoire du jeu vidéo. Pouvoir courir d’un stand à l’autre pour (re)jouer à une antiquité ou au dernier bijou technologique est bien sûr l’un des gros points forts de l’expo. En bref, les fans seront aux anges, et les autres passeront un bon moment. De plus, de nombreuses petites plaquettes explicatives sont disposées tout au long de l’expo – définissant des termes comme « 3D » ou « Joystick », etc. – et quelques vitrines renferment des objets ayant un rapport plus ou moins direct avec certains jeux, permettant de recontextualiser leur succès – les jouets Pokémon par exemple, pour ne citer qu’eux. Mais le jeu vidéo mériterait à mon sens un peu plus, une approche plus thématique éventuellement, car même s’il est loin d’être un art – faut pas déconner non plus – il est un véritable phénomène de société, et il se transforme même souvent en un sport ! Peut-être qu’une prochaine fois les championnats internationaux ou des phénomènes tels que le « Tool-Assisted Speedrun » seront abordés…

On a aimé :

– Le marquage chronologique précis, permettant de bien distinguer les différentes périodes (comme en histoire de l’art, si si)

– Le raz-de-marée de souvenirs, pour les mordus de la première heure

– Pouvoir jouer bien sûr !

On a moins aimé :

– Quelques grands absents : où sont certains incontournables comme Bomberman ou Diablo II ?

– L’approche thématique presque inexistante

– Peut-être un peu court… On en veut encore !

Les Stein, une famille qui le vaut bien…

5 Nov

Matisse, Cézanne, Picasso… L’aventure des Stein, du 5 octobre 2011 au 16 janvier 2012, Galeries Nationales du Grand Palais.

par Grégoire.

Quand vous avez un ami qui vient passer le weekend sur Paris, qu’il est intéressant et intéressé, il est d’usage de l’emmener visiter une des expos dont la capitale regorge en ce début d’année scolaire. Ainsi, c’est tout naturellement que mon pote et moi nous sommes allés au Grand Palais pour voir Matisse, Cézanne, Picasso… l’aventure des Stein. Une affiche prometteuse, du chef d’œuvre en perspective, un propos abordable, voilà qui avait de quoi séduire nos esprits encore perdus dans des brumes alcooliques d’un vendredi soir qui laisse des traces.

© Affiche RMN-Grand Palais

Forcément, nous y sommes allés un samedi, sinon ça n’aurait pas été drôle. Bah oui, enfin ! Il fallait faire la totale : expo événement + file d’attente interminable. Remarque, nous n’avons fait la queue que pendant 1h45. Sauf qu’attendre presque deux heures en compagnie du charmant clarinettiste – amis habitués du Grand Palais, vous voyez de qui je parle – il y a de quoi devenir taré.

Bref, après avoir passé les portes, et après avoir nargué mon cher ami qui lui devait payer (merci la carte de l’Ecole du Louvre), nous commençâmes le parcours. Quand même, ça claque d’employer un passé simple. Sans surprise, nous nous retrouvons à la dérive dans un océan de visiteurs. Et quels visiteurs. Tout le monde est de sortie le samedi du weekend de la Toussaint ! Ça discute, ça s’extasie, ça se pose devant vous alors que vous êtes en train de contempler une œuvre. La grande classe. Mais je dirais que le pire reste quand même la pollution sonore créée par les audioguides. Cher Monsieur inventeur des audioguides, pourquoi n’avez-vous pas installé des écouteurs, plutôt que de créer des mini enceintes portatives qui marchent à volume maximum ? Il devient parfois impossible de se concentrer tellement ces machines déblatèrent leurs commentaires. Et en toutes les langues en plus. Ambiance Tour de Babel après châtiment divin.

Bon, on serre les dents, et on regarde.

S’il y a du monde, c’est qu’effectivement il y a de quoi en prendre plein les yeux. Développée sur 8 sections, de la constitution d’une collection par Leo Stein autour des « Big Four » (Manet, Renoir, Degas et Cézanne) à l’intérêt porté à Matisse par Sarah et Michael Stein, en passant par les liens entre Gertrude Stein et Picasso, l’exposition rassemble des œuvres du monde entier (merci San Francisco). Vous pourrez donc avoir le loisir de contempler quelques Baigneurs de Cézanne, une œuvre de Gauguin présentée à la rétrospective organisée au Salon d’Automne de 1905, 4 ans après la mort de l’artiste, des photos de Man Ray ou encore des peintures d’Hokusai.

Les baigneurs, Paul Cézanne Lyon, Musée des Beaux Arts, dépôt du musée d’Orsay © service presse Rmn-Grand Palais (Musée d’Orsay) / René-Gabriel Ojéda

Mais ces œuvres, que nous appellerons « annexes », sont loin d’assurer un simple remplissage. Mention spéciale pour la scénographe Véronique Massenet, qui a su utiliser pleinement une esthétique dépouillée qui met en valeur l’esprit des avant-gardes dont les Stein étaient friands. J’avoue avoir été conquis par les petits « checkpoints » qui ponctuent le parcours : d’une couleur différente de l’ensemble et plus bas de plafonds, ils vous fourniront des informations complémentaires utiles à la compréhension de l’ambiance qui régnait à l’époque.

Matisse Cezanne Picasso... L'aventure des Stein - Grand Palais (Paris) (copyright 2011 Martine PIAZZON)

Parlons désormais des trois stars de l’exposition : Cézanne, Matisse et Picasso. Les deux derniers sont présents à travers des œuvres phares et d’une richesse exceptionnelle. On ne peut s’empêcher de se demander à combien s’élèvent les frais d’assurance pour une telle exposition. Les partis pris muséographiques sont très intéressants et mettent réellement en valeur les œuvres. Par exemple, dans la section intitulée « La tradition classique à l’épreuve de la modernité », on notera que le Grand Nu Rose de Picasso, en pied, fait face au Nu Bleu de Matisse, allongé.

Pablo Picasso - Grand Nu Rose, 1906, The Museum of Modern Art (MoMA), New York. The William S. Paley Collection (SPC27.1990) © Photo: MoMA, NY / Scala / Succession Picasso / DACS 2009

Matisse - Nu Bleu, souvenir de Biskra, 1906, Baltimore Museum of Art

Chacun des deux maitres se voit confier une section : c’est alors l’occasion de se plonger dans un univers particulier et de le comprendre. On citera, concernant Matisse, la Japonaise au bord de l’eau, le Portrait d’André Derain, la Femme au chapeau ou une esquisse pour le Bonheur de Vivre. On est ravis de voir de telles œuvres en vrai, la plupart étant à l’étranger.

Henri Matisse, Portrait de Derain, Tate Collection, Londres, Grande-Bretagne © succession H. Matisse. Photo : Tate, London, 2011

Henri Matisse, Femme au chapeau, San Francisco Museum of Modern Art, don d'Elise S. Haas, San Francisco, USA © Succession H. Matisse. Photo : Moma, San Francisco, 2011

A propos de Picasso, on retiendra le Nu à la serviette (voir l’affiche), le Portrait de Fernande, et bien sûr le Portrait de Gertrude Stein.

Pablo Picasso - Portrait de Gertrude Stein, Metropolitan Museum of Art, New York, USA © Succession Picasso 2011

Car non, ces gens-là, portraiturés par les plus grands, n’étaient pas malheureux. C’est d’ailleurs, à mon sens, ce sur quoi l’exposition insiste un peu trop. On bascule parfois dans l’info « people », et aussi dans un propos pseudo-philosophique qui frise l’hermétisme. Eh ! J’en vois certains qui froncent les sourcils, mais laissez-moi m’expliquer ! On nous rabâche que ces gens étaient ultra intégrés dans l’élite artistique et marchande de leur temps : Léo était ami avec le grand Bernard Berenson, ils tenaient chaque samedi des salons où Apollinaire discutait le bout de gras avec Hemingway, Matisse corrigeait les tableaux de Sarah… Pour nous, simples mortels, ça semble quand même irréel, presque mythique.

Le Corbusier - Villa Stein

Quelque-chose a particulièrement attiré mon attention. Le Corbusier a en effet conçu une maison pour Léo et Sarah Stein, et on peut lire un extrait d’une lettre que celle-ci a écrite : « Nous adorons la maison ». Ça c’est de l’info. Personnellement, moi aussi je suis content de mon appart’. Ça vous intéresse ? Je parie que non ! 

Concernant le propos pseudo-philosophique à l’hermétisme latent, je citerai juste Gertrude Stein, qui disait qu’elle « construisait son écriture sur la planéité d’un présent continu ». Enjoy, vous avez deux heures.

Photo de la famille Stein, Anonyme, New Haven, Yale Collection of American Literature, Beinecke Rare Book and Manuscript Library, Yale U © New Haven, Yale Collection of American Literature, Beinecke Rare Book and Manuscript Library, Yale

Bref, pour finir, malgré une dernière section un peu fourre-tout, avec notamment un Panier de fraises de Tcheitchew devant lequel je ne peux m’empêcher de penser à la version de Chardin, cette exposition fait son effet, et vaut amplement les deux heures d’attente. Les œuvres, en plus d’être des pièces maitresses de l’histoire de courants artistiques comme le fauvisme ou le cubisme, sont présentées avec brio et se suffisent à elles-mêmes. D’ailleurs, on est agréablement surpris par la quasi absence de textes aux murs. Comme si, privilégiant la sensation visuelle, on souhaitait nous faire vivre à cent à l’heure cette aventure qui fut celle des Stein.


On aime :

– la scénographie

– la forte concentration en chefs-d’œuvre

– l’économie des explications


On n’aime pas :

– les audioguides

– les visiteurs peu éduqués

– les infos à la Voici ou Gala

Quand Action Man drague Barbie

12 Oct

Des Jouets et des Hommes, Galeries Nationales du Grand Palais, du 14/09/11 au 23/01/12

En collaboration avec les Arts décoratifs, Paris, et co-organisée par l’Helsinki Art Museum

Par Grégoire.

Mardi matin, le roi, sa femme et le petit prince, sont venus chez moi pour me serrer la pince. Mais comme j’étais parti, le petit prince a dit : « Ce n’est pas grave, nous reviendrons mercredi ». Mais moi mercredi matin, et je suis désolé pour eux, j’étais au Grand Palais, pour vous faire, chers lecteurs, un petit compte rendu de l’exposition Des Jouets et des Hommes qui se tient aux Galeries Nationales du 14/09/11 au 23/01/12 . Je m’y suis donc pointé vers 10h15, armé de mon petit carnet, prêt à aborder l’exposition d’une manière « classique ». Mais très vite, entouré de tous ces jouets et de tous ces gosses (car il y en a un tas, préparez-vous), j’ai abandonné cette idée quasi impossible à réaliser, et j’ai expérimenté, pour vous lecteurs, la régression intellectuelle. Car oui, pendant près de deux heures je suis redevenu un vrai gosse, et je compte bien vous inciter à courir faire de même dans les prochains jours.

Création Pierrick Sorin © Les Arts Décoratifs, Droits Réservés - Graphisme Dame Loky

A peine entré, je remarque que les gardiens s’affolent, impuissants face aux enfants qui touchent tout ce qu’ils peuvent toucher et déclenchent sans arrêt les alarmes. Les maîtresses pètent les plombs, et ne réussissent à obtenir le silence que pendant quelques secondes. Mais, étrangement, je me sens, grâce à ces mioches intenables, plus réceptif aux jouets qui m’entourent et au message que l’on veut me faire passer. Comme si moi aussi je mesurais 1m20, chaussais du 31 et portais des baskets à scratch.

Mais ressaisis-toi enfin !

L’exposition s’organise en une suite de salles qui, très agréablement, nous accompagnent dans une réflexion claire et efficace. Heureusement, vous êtes sur le point de perdre 15 ans d’âge mental ! Elle rassemble de nombreux objets, agencés avec esprit, qui touchent aussi bien notre intellect que nos coeurs de grands enfants. Basée sur ce que l’on pourrait appeler une pédagogie de l’incontournable, l’exposition nous présente des objets qui font appel au passé de chacun, transportant le visiteur en plein dans ses souvenirs d’enfance. Pour cela, elle se base sur des grands axes et des objets phares, comme un tableau de Greuze, qui, bien que placé un peu tard dans l’expo, est totalement à sa place. Qui d’autre que ce peintre pour exprimer la douceur nostalgique de l’enfance ?  Certes, on a un peu l’impression que la fillette du tableau étouffe sa poupée, mais bon, au fond, elle a tout de même l’air mignonne, non ? 

Ours par Steiff, vers 1910-12, Musée des Arts Décoratifs, © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, Paris

Après avoir chopé quelques infos sur les circonstances du don des jouets, on trouve une salle consacrée aux animaux, véritable temple des Arches de Noé et cimetière des tamagotchis que nous avons tous -sadiques que nous sommes- laissé crever pour voir ce qui se passe sur l’écran ; on a aussi une salle pour les robots et autres automates, dont certains vous surprendront, comme le Banquet des petits cochons, fait pour être, selon moi, vu sous LSD, ou encore un gamin faisant une course en sac mais qui ressemble plutôt à un taré en camisole de force. En bref, le parcours décline tous les types de jouets, du cheval à bascule au jeu vidéo, des traditionnelles poupées aux peluches Pokémon.  

Robot poussin, par Yoneya Toys Co. Ltd (Japon), Musée des Arts Décoratifs, Paris © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, Paris

Goldorak, par Mattel, 1978, Musée des Arts Décoratifs, Paris, © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, Paris

L’exposition vous ouvre surtout les yeux : les jouets des filles et des garçons répondent à des stéréotypes ! même si le formidable Barbie Foot tente de les dépasser. Ceux des filles restent liés à l’image de la mère au foyer qui s’occupe des enfants et fait la popote, tandis que ceux des garçons mettent en avant la vitesse, la conquête et le dépassement de soi. Préparez-vous donc à voir, chez les filles, des armées de poupées complètement flippantes (mais incroyablement bien exposées), des Barbie et des Bratz, tandis que chez les mecs vous trouverez des avions, des voitures et des trains. Bon, on trouve aussi des « jouets » un peu inhabituels, comme une belle panoplie pour que votre petit joue au prêtre (et non l’inverse, voyons) ! 

Poupée "parisienne", vers 1820, Musée des Arts Décoratifs, Paris, © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, Paris

Barbie Foot

 Chaque « clan » a son objet de prestige : du côté des filles, la vitrine des poupées France et Marianne devrait ravir les amateurs et amatrices de mode. Offertes aux princesses Margaret Rose et Elisabeth d’Angleterre en 1938, elles sont accompagnées d’un trousseau de 360 pièces dessinées par les plus grands, comme Jean Patou, Cartier ou Vuitton. Les mecs, eux, seront jaloux du prince Andrew et de son Aston Martin miniature, réplique de celle de James Bond dans Goldfinger. Et avec les plaques minéralogiques interchangeables s’il vous plait !

Aston Martin DB5 © The Royal collection 2011 Her Majesty Queen Elisabeth II / Photo : The Imperial War Museum

L’artiste contemporain Pierrick Sorin a préparé des installations qui ponctuent le parcours de manière plutôt bruyante et, à la longue, fatiguent plus qu’autre chose. Mais soyons honnêtes : Pierrick Sorin nous amuse, nous fait rire. Prenez le temps de profiter de celle juste en bas du grand escalier, où il vous propose d’utiliser des photomatons qui placent votre visage sur celui d’une Barbie… Pour vous, j’ai bravé les durs regards des parents et j’en ai fait l’expérience. Bah c’est du joli !


 

Pour terminer, « Des jouets et des hommes » nous donne, agréablement, un sacré coup de vieux. Alors que l’exposition nous plonge dans une atmosphère enfantine sans que nous puissions résister, on prend progressivement conscience du temps qui s’est écoulé depuis celui où l’on s’amusait innocemment. Sans pour autant regretter cette époque perdue (à jamais…), on se sent pris d’une savoureuse nostalgie qui atteint son point d’orgue dans les deux dernières salles dont, chers lecteurs, je ne vous dévoilerai pas les doux mystères. Mais soyez-en sûrs, l’émotion envahira ceux d’entre vous qui sauront jouer le jeu.

 

En bref, on aime

– la pédagogie de l’exposition

– le Barbie Foot

– la sensation que l’on a quand on sort de l’expo


On aime moins

– les enfants qui font du bruit

– les installations de Sorin qui font du bruit

– le bruit