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Hopper prend un bain de foule

10 Nov

Edward Hopper,

Galeries nationales du Grand Palais, jusqu’au 28 janvier 2013,

par Camille B.

Le bruissement autour de l’exposition n’en finit pas ; octobre n’était pas terminé que la billetterie en ligne affichait complet jusqu’au 20 novembre. Les foules s’étirent face au Grand Palais… On s’en souvient bien au Point C, des files d’attentes démesurées pour Picasso et les Grands maîtres ou Monet ! Mais le challenge m’attire. Je décide que rien n’est impossible et tente une entrée avant le début des vacances avec à la clé, camping dès 9h30 du mat’ devant les Galeries, thermos à la main. Méditez cela : la chance sourit aux audacieux, et une heure plus tard je pénètre dans la première salle de l’expo.

Une première impression ? Il y a du monde… Ben oui, lire le panneau chronologique retraçant les grandes lignes de la vie de Hopper c’est comme tenter de se faire une place sur le Champ de Mars un 14 juillet, mais on y survit (promis).  Vous avez fait le plus dur, vous pouvez maintenant apprécier le spectacle.

Car si l’exposition suscite de tels mouvements de foules, c’est bien parce que l’on assiste ici à un événement exceptionnel. 124 œuvres de l’artiste sont réunies, un tour de force quand on sait qu’elles sont très majoritairement conservées outre-Atlantique, et que le Grand Palais présente 55 des 100 dernières toiles peintes par Hopper durant sa période « canonique » (entre 1924 et 1966).

Tout ça, je le savais à l’arrivée ; c’est donc une surprise des plus agréables que j’ai en découvrant en sus la large place faite aux débuts de la carrière du peintre, surtout connu pour ses œuvres plus tardives (qui n’a jamais vu Nighthawks en couverture d’un polar, levez le doigt).
Vous appâter sans vous spoiler, rien de plus simple. Imaginez un américain pur souche élevé au grain du postimpressionniste Robert Henri, et qui débarque à Paris dans les années 1906-1910 ? Imaginez qu’il croque la vie de bistrot si typique de notre ville-lumière, tandis qu’il a sous les yeux les travaux d’Albert Marquet, Félix Vallotton mais plus encore, d’Edgar Degas ?

Hopper, Edward – Couple Drinking – 1906-1907, Aquarelle, 34,3 x 50,5 cm
New York, Whitney Museum of American Art, Josephine N. Hopper Bequest
© Heirs of Josephine N. Hopper, licensed by the Whitney Museum of American Art

L’expo retrace ce parcours à grand renfort d’œuvres de comparaison, et j’ai tôt fait de me pâmer devant une des stars de l’événement, Un bureau de coton à la Nouvelle-Orléans (1873, musée des Beaux-Arts de Pau) et d’apprécier les vues originales des quais du Louvre –maisooon- qui annoncent un goût pour l’anecdotique évoquant le quotidien et le banal avec une poésie dont seul Hopper a le secret. Sans oublier les estampes ; d’elles, le peintre dira : «Ma peinture sembla se cristalliser quand je me mis à la gravure.» En effet, face à la très remarquée Night Shadows, la citation prend tout son sens.

Edward Hopper – Night shadows – 1921, Gravure, 17,5 x 21 cm, Philadelphia Museum of Art : Purchased with the Thomas Skelton Harrison Fund, 1962
© Philadelphia museum of art

Une salle est consacrée au travail d’illustrateur, qui a, longtemps et à son grand regret, permis à l’artiste de se nourrir ; une autre, aux aquarelles qui lancent son succès lors d’une exposition en 1923 au Brooklyn Museum of Art. C’est à cette date que débute sa « période canonique », la plus emblématique.

Je ne vous cache pas que c’est majoritairement cette seconde partie qui fait se déplacer les foules de France et de Navarre. Et pourtant, en arrivant dans les salles d’un gris lumineux et épuré qui rehausse à la perfection les œuvres du plus célèbre des réalistes américains, j’ai un instant d’égarement. Ai-je zappé des panneaux ? Nenni ; il n’y en a pas. Quoi, le travail d’Hopper en phase de maturité se passerait de mots ? Pourtant, face aux tableaux, je crois pouvoir les trouver. Hopper, c’est le peintre de la vie quotidienne de la classe moyenne américaine. Celui qui saisit les moments d’égarement (Morning sun).

Edward Hopper – Morning Sun – 1952, Huile sur toile, 71,4 x 101,9 cm, Columbus Museum of Art, Ohio : Howald Fund Purchase 1954.031
© Columbus Museum of Art, Ohio

Qui rend le trivial poétique et le questionne jusqu’à l’épuisement (Excursion into philosophy), souligne avec brio la vacuité de l’activité industrielle dans l’Amérique moderne, montrant ses productions dans des scènes vidées ou presque de toute figure humaine (Gas ou Dawn in Pennsylvania).

Edward Hopper – Gas – 1940, Huile sur toile, 66,7 x 102,2 cm, The Museum of Modern Art, New York. Mrs. Simon Guggenheim Fund, 1943
© 2012. Digital image, The Museum of Modern Art, NewYork/Scala, Florence

Mais Hopper sait aussi nous toucher plus simplement, que ce soit par les couleurs de Railroad sunset ou avec la beauté des lignes solides de Lighthouse Hill qui se découpent sur le ciel bleu, ou le frais éblouissement de Summertime.

Edward Hopper – Lighthouse Hill – 1927, Huile sur toile, 74 x 102 cm, Dallas Museum of Art, gift of Mr. and Mrs. Maurice
Purnell © Image courtesy Dallas Museum of Art

 

De lui, j’ai admiré ses solides charpentes de maisons, parfois inhabitées telle Two puritans à la mélancolie glaçante, et contemplé les moments d’égarement dans la vie des mégalopoles de la Côte Est en plein essor. Une expérience que je vous recommande…

Pour vous aider à faire vos comptes :

Le Point C a aimé :

–       Voir le déroulé de la carrière et les grandes sources d’inspiration de l’artiste.

–       (Re) découvrir les chefs-d’œuvre d’un monstre sacré de l’art américain et se replonger dans l’univers des années 1930-60.

–       La scénographie, simple et épurée, avec ses couleurs judicieusement choisies. Less is more.

 

Mais le Point C aurait préféré :

–       Un peu plus des explications sur la seconde partie, ce ne serait pas du luxe.

–       Ne pas avoir à avouer à ses lecteurs que nous avec notre carte d’EDLiens, on n’a pas à payer l’entrée et que si vous, vous voulez prendre l’audioguide en bonus de la résa sur internet afin de pallier le manque évoqué ci-dessus, vous atteignez le budget d’un (petit) dîner au resto.

Ceci dit, serrez-vous la ceinture : ce n’est pas demain la veille du jour où vous reverrez ces œuvres réunies !

Les informations pratiques : ici,

la billetterie en ligne,

l’audioguide en ligne,

l’appli Hopper pour Ipad.

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Planning #3

15 Sep

A Paris

Dessins de Giulio Romano, Élève de Raphaël et peintre des Gonzague, Musée du Louvre, Aile Denon, du 11 Octobre 2012 au 14 Janvier 2013

Luca Penni, Un disciple de Raphaël à Fontainebleau, Musée du Louvre, Aile Sully, du 11 Octobre 2012 au 14 Janvier 2013

Chypre entre Byzance et l’Occident, IVe-XVIe siècle, Musée du Louvre, du 26 Octobre 2012 au 28 Janvier 2013

French Touch, Graphisme/vidéo/électro, Musée des arts décoratifs, du 10 Octobre au 31 Mars 2013

Les frères Campana, Barroco Rococo, Musée des arts décoratifs, du 13 Septembre au 24 Février 2013

Art du jeu, jeu dans l’art, de Babylone à l’Occident médiéval, Musée de Cluny, Musée national du Moyen-Âge, du 28 Novembre au 4 Mars 2012

Victor Baltard (1805-1874). Le fer et le pinceau, Musée d’Orsay, du 16 octobre 2012 au 13 janvier 2013

Bohèmes, Grand Palais, entrée Clemenceau, du 26 septembre 2012 au 14 janvier 2013

Intérieurs romantiques, Aquarelles 1820-1890, Cooper – Hewitt, National Design Museum, New York, Donation Eugene V.Thaw, au Musée de la vie romantique, du 10 septembre 2012 au 13 janvier 2013

Les couleurs du ciel, Peintures des églises de Paris au XVIIe siècle, Musée Carnavalet, du 4 Octobre 2012 au 24 Février 2013

Cheveux chéris, frivolités et trophées, Musée du Quai Branly, du 18 Septembre au 14 Juillet 2013

Imaginez l’imaginaire, Saison 2, Palais de Tokyo, du 28 Septembre au 11 février 2013

Chloé. Attitudes, Palais de Tokyo, Saut du Loup, du 29 Septembre au 18 Novembre

Esprit (s) des lieux, Du Trocadéro au palais de Chaillot, Archives nationales et Cité de l’architecture et du patrimoine, jusqu’au 17 septembre 2012

Alice Springs, Maison Européenne de la Photographie, jusqu’au 4 Novembre 2012

Claude Nori, Editeur et photographe, Maison Européenne de la Photographie, jusqu’au 4 Novembre

Rubens, Van Dyck, Jordaens et les autres, Peintures baroques flamandes aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Musée Marmottan Monet, du 20 septembre 2012 au 3 février 2013

Mary Cassatt à Paris : Dessins et gravures de la collection Ambroise Vollard, Mona Bismarck American Center for art & culture, du 26 septembre 2012 au 20 janvier 2013

En région parisienne

Kristin McKirdy, Cité de la Céramique (Sèvres), du 14 Septembre au 14 Janvier 2013

La gravure en mouvement du XVe au XXIe siècle, La Ferme Ornée, propriété Caillebotte à Yerres (Essonne), jusqu’au 2 décembre 2012

De Delacroix à Signac. Dessins de la collection Dyke, Musée des impressionnistes (Giverny), jusqu’au 31 octobre 2012

Silence, on fouille !!!! L’archéologie entre science et fiction, Archéa, Musée Tour-Saint-Rieul à Louvres (Val d’Oise), jusqu’au 23 décembre 2012

Et partout ailleurs…

Soulages XXIe siècle, Musée des Beaux-Arts (Lyon), du 12 Octobre au 28 Janvier 2013

Cage’s Satie : Composition for museum, Musée d’art contemporain de Lyon, du 28 Septembre au 30 Décembre 2012

George Brecht, Musée d’art contemporain de Lyon, du 28 Septembre au 30 Décembre 2012

Babel, Musée des Beaux-Arts (Lille), jusqu’au 14 Février 2013

« On n’est pas sérieux quand on a … 50 ans », cinquantenaire du MuMa, Musée d’art moderne André Malraux (Le Havre)

Tapisserie Art Déco, à l’Exposition Internationale, Paris, 1925, Cité de la tapisserie (Aubusson), jusqu’au 31 Octobre

Fort Boyard, les aventures d’une star, Musée de la Marine (Rochefort), jusqu’au 21 Mai 2013

The littoral zone, Marc Quinn, Le dialogue entre art et science, terre et mer, Musée océanographique de Monaco, jusqu’au 15 Octobre 2012

La vague japoniste, Les peintres en Bretagne, Musée des Beaux-Arts de Brest, jusqu’au 4 Novembre 2012

L’œuvre et ses archives, Buren, Merz, Rutault, Musée d’art contemporain de Bordeaux, jusqu’au 9 Décembre 2012

L’art des plis, Musée de l’Artisanat et des Métiers d’Art (Marseille), du 14 Septembre au 31 Octobre 2012-09-11

Christian Lacroix, La Source et le ballet de l’Opéra de Paris, Centre National du Costume de Scène (Moulins) jusqu’au 31 Décembre 2012

Paris – Mexico, aller simple

15 Juin

Resisting the present, Mexico, 2000/2012,

Au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, jusqu’au 8 juillet 2012

par Louise.

Aujourd’hui, on parle art contemporain mexicain. Non, ne partez pas ! Ici pas d’œuvres mystérieuses constituées d’un mur blanc immaculé (je n’ai rien contre ça, mais il faut avouer que la finalité m’échappe souvent), mais du concret, de l’accessible, du savoir-faire, de l’émouvant.

Dans un pays rongé par la corruption, le trafic de drogue et l’émigration, 24 jeunes artistes se questionnent sur leur identité. Ne basculons pas dans le pathos : le Mexique, c’est aussi un passé extrêmement riche, une culture populaire très présente, des couleurs saturées, les mariachis et les nachos. Une culture diverse, donc.

Comment se construire dans un univers aussi épars ? C’est justement ce sur quoi se sont penchés les artistes qui participent à l’exposition, parfois au travers d’œuvres inédites. Le but n’est pas de faire du misérabilisme, mais véritablement de faire prendre conscience de la situation au Mexique, tout en mettant en avant les aspects indéniablement positifs de ce pays ; certains s’essaient même à proposer des solutions aux problèmes de société. Un véritable engagement social et politique.

© Marcela Armas – Machinarius – 2008

L’histoire du Mexique, faite de révolutions successives, inspire largement les artistes locaux nés après 1975. Son importance est telle que le collectif Tercerunquinto (fondé en 1993 à Monterrey) s’entiche à restaurer les grands murales du début de siècle (mais si, les grandes peintures murales dont le mari de Frida Kahlo, Diego Rivera, est un précurseur). Les références culturelles et historiques sont nombreuses dans l’exposition, malheureusement pas toujours bien précisées.

La place de l’étranger dans la culture mexicaine est également une préoccupation majeure des intellectuels : après la domination européenne, le pays vit une relation passionnelle et déchirante avec les Etats-Unis. Tristement surnommée « le couloir de la mort », la frontière entre les USA et le Mexique a provoqué plus de 5000 morts en 15 ans. Comment la traversée d’un simple fleuve engendre-t-elle tant d’espoirs et de désillusions ? La très émouvante installation de M. Armas faite de roues dentées, de chaînes et de pétrole brut nous amène à nous questionner sur les rouages d’une relation interétatique ambigüe. Une dualité qui trouve son paroxysme dans la société mexicaine, avec des jeunes filles qui se construisent un physique de WASP à coups de bistouris.

© Bayrol Jimenez – Maldito – 2012

Le dessin de B. Jiménez, Maldito, fait une bonne synthèse du mal-être ambiant au travers d’un dessin pop, décalé et plein d’humour : l’aigle décharné du drapeau mexicain tient dans ses serres un rameau de chanvre et une mitraillette, l’œil divin apparaît dans une feuille de cannabis… un monde hybride qui ne manque pas de dérision, voire d’attraits.

Au-delà des problèmes intrinsèques au Mexique, certaines œuvres suscitent en nous des interrogations universelles. Par exemple, la perte de sensibilité due à la surmédiatisation de faits réels : qui n’a jamais continué à mâchonner tranquillement ses céréales à l’annonce de la mort de centaines de personnes dans un tremblement de terre ? L’exposition fait la part belle aux vidéastes, ce qui est parfois regrettable : six ou sept vidéos d’une vingtaine de minutes, c’est long. Surtout quand un homme arrose un cimetière.

© Diego Berruecos – La solucion somos todos – 2011

Après tout ce remue-méninge, je conclurai sur l’un des superbes tweets (oui, c’est rentré dans le dictionnaire) projetés dans l’exposition : 

« Si tout est illusion, choisissons les plus belles. » (Alejandro Jodorowsky) 

Si vous avez envie d’approfondir la question, je vous conseille la lecture de « Nuestra señora Pepsicoatl » de Carlos Fuentes disponible ici et le documentaire de feu Christian Poveda sur les narcotrafiquants, La Vida Loca.

On a aimé :

–       L’engagement des artistes

–       La diversité des œuvres

–       Les salles peu fréquentées

On a moins aimé :

–       Les vidéos, trop nombreuses

–       Les fiches d’information, trop axées sur la biographie de l’auteur et non sur l’œuvre 

http://www.mam.paris.fr/fr/node/612