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Helmut Newton, tout simplement

18 Mai

par Aurore.

Depuis le 24 Mars, la galerie sud-est du Grand Palais accueille la première rétrospective française consacrée à Helmut Newton. On y découvre du nu, du sulfureux, du scandaleux, c’est bien là, on est arrivé.

« Certains photographes font de l’art, pas moi »

Helmut Newton, c’est un photographe de mode  australien. Pourtant, c’est bien à Berlin qu’il naît en 1920. A sept ans, il rencontre Erna la rouge, une prostituée aux cuissardes rouges dont le souvenir restera déterminant durant toute sa carrière. A 12 ans, c’est avec son argent de poche qu’il se paie son premier appareil. Il quitte l’Allemagne en 1938 pour Singapour, puis passe en Australie dont il devient citoyen en 1946. En 1947, il rencontre une actrice, prénommée June, qui deviendra sa femme. En 1957, il commence à travailler à Londres chez Vogue, et là, c’est le début de la grande aventure !

Elle, 1968 © Helmut Newton

Alors parlons de l’expo, d’abord le lieu ! Au premier étage, on entre dans de grandes salles peintes dans différentes teintes de bleu, et bien sûr, sur les murs on n’a pas oublié de coller des photos. C’est simple et c’est cool. Je l’avais déjà dit, je suis fan des murs colorés dans les expositions. Et là, le camaïeu de bleu frappe juste : il donne du relief aux cadres.

Trop souvent, les expo photos c’est deux cadres qui se battent en duel et rien de plus, et des réflexions pseudo-intellectualo-philosophiques. Heureusement, ici vous en avez plein la vue. Les séries d’Helmut Newton sont réunies par thème, par date, et elles sont développées sur un mur entier. Dans des cadres simplissimes (bords noirs en bois et marie-louise blanc cassé), les images en noir et blanc animent les murs. Les formats alternent, les séries des « great nudes » se déploient sur le mur de gauche dans de grands formats alors sur le mur de droite, les photos se multiplient, dans un format plus raisonnable. L’œil ne se lasse pas, chaque photo raconte une histoire, les textes rythment le tout, et les citations courent sur les murs. Portraits, érotisme, nus, mode, tous les sujets sont abordés.

Elle, Paris – 1969 © Helmut Newton

Alors l’art de Newton, c’est quoi ?

On connaît le nu, le sexe, la féminité exacerbée. Mais, est-ce que ce n’est que ça ? « Une bonne photographie de mode doit ressembler à tout sauf à une photographie de mode. À un portrait, à une photo souvenir, à un cliché de paparazzi… » (Helmut by June, 18’24’’). Alors, non : c’est bien plus ! Chaque photo surprend, ou choque. Mais ce qui me plait, c’est que chaque image est forte. Quelque soit l’idée, la pose, les tenues, le lieu, il y a toujours une incroyable cohérence et un message. Pas un message politique, ni un message genre de paix dans le monde et tout ça, mais un témoignage de ce qui faisait son époque. Vraiment.

French Vogue, Paris – 1994 © Helmut Newton

Malgré tout, ses images frappent par leur grande modernité, le noir et blanc, le flash, le second degré et les poses archi-sensuelles, mais aussi les bijoux et la bouffe gaspillée ne vont pas sans rappeler le sulfureux Terry Richardson, et pourtant plusieurs décennies les séparent !

Tied up torso, Ramatuelle, France – 1980

L’exposition est très accessible, je pense que les néophytes adoreront se perdre sur les courbes généreuses des toutes les muses du photographe, pourtant pas sûr que les spécialistes apprécient ce tour d’horizon bien rapide. Néanmoins la scénographie est belle, simple, juste comme il faut pour mettre les propos de Newton en valeur. Bien sûr, je n’étais pas seule à admirer l’œuvre du maitre… Oui, l’expo est bondée… alors, soyez rusés !

X-ray, French Vogue, Paris – 1994

On a aimé :

–       la chair enrobée de glamour et de luxure :

« J’adore la vulgarité. Je suis très attiré par le mauvais goût, plus excitant que le prétendu bon goût qui n’est que la normalisation du regard. Si le monde de l’art me rejette, je ne peux que dire : “Good luck to the world of art.” Si je cherche la vérité d’un point de vue, je ne vais pas me conformer à ce que l’art accepte ou non. Les mouvements sado-maso, par exemple, me paraissent toujours très intéressants ; j’ai en permanence dans le coffre de ma voiture des chaînes et des menottes, non pas pour moi mais pour mes photos »

Conférence de presse, 1984, Autriche

–       les portraits de personnes plus ou moins respectables. Newton surprend. Toujours.

« J’aime photographier les gens que j’aime, ceux que j’admire et ceux qui sont célèbres, surtout quand c’est pour de mauvaises raisons »

Helmut Newton Work, Cologne, Taschen, 2000, p. 131

On a moins aimé :

–       le parcours de l’expo, si simple qu’il en est troublant

–       la vidéo dans la dernière salle, parfaitement inaccessible face à l’affluence 

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Le bon point de la semaine #2

16 Mai

par Aurore.

Mal-aimée par Kate Barry « L’écorcée » : Mal-aimée, c’est une toute jeune marque, le fruit d’un duo franco-suisse, Marius Borgeaud et Léonie Hostettler. Je les ai découverts à la Fashion Week, Printemps/Eté 2011. Dans un salon privé du Crillon, ils ont présenté leur collection, j’ai pris des photos, grâce auxquelles je suis rentrée en contact avec ces deux talents. Aujourd’hui, Mal Aimée a bien grandi, maintenant ils habillent la nouvelle miss Météo de Canal +, Lana Del Rey et Charlotte Gainsbourg. Vous devez le savoir, Charlotte Gainsbourg a deux sœurs (mais méfiance, les patronymes sont trompeurs), Kate Barry est l’une d’elle. Cette photographe a craqué pour la marque et elle en a tiré une vidéo : toujours dans l’esprit arty/branchouille, les poses sont simples, les plans sont coupés, le montage est nerveux ! L’originalité et la subtilité des pièces transparaissent bien sur le corps en mouvement de la belle Alexandra Bansch. D’autant plus que le son, « La forêt » de Lescop, me semble être une autre bonne découverte. Beaucoup de choses à retenir pour ce premier bon point de la semaine, mais les croisements interdisciplinaires, qu’est-ce que vous voulez, c’est ma came !

Ariane Page Russell : Cette semaine, j’ai aussi découvert une artiste américaine qui utilise son propre corps comme matière première. Elle souffre d’une mini pathologie (que des gens très bien ont, et toc!) la dermographie : une hypersensibilité de la peau qui lui permet de dessiner dessus et créer des petits reliefs. C’est éphémère, et indolore. Rigolo, quoi !

source : YKW.fr

En bref, Versailles fait encore parler de lui grâce à un buzz tout frais, à voir ici. Bon, et pour ceux qui ne sont vraiment au courant de rien, je vous rappelle que le Festival de Cannes commence aujourd’hui. Pour sa 65ème édition, c’est Marilyn qui fait l’affiche. Cette saison, la maitresse de cérémonie est la douce Bérénice Bejo (The Artist, pour les incultes), que vous pourrez découvrir dès ce soir dans la cérémonie d’inauguration. En suivra la projection du film d’ouverture qu’il ne faut absolument pas laisser passer : Moonrise Kingdom, le dernier opus de Wes Anderson (dont la fabuleuse Famille Tenenbaum hante encore nos esprits) réunit un casting hors pair qui nous fait baver depuis plusieurs mois déjà ! A noter aussi la sortie du dernier Audiard, De rouille et d’os qui s’annonce bien lourd et plombant, Audiard quoi. Mon dernier conseil ira au film de clôture : Cosmopolis, de Cronenberg (History of Violence, A dangerous method) où le vampire puceau de Twilight sort enfin les crocs ! (pour les fans pur sang de Twilight (s’il y en a), je sais qu’Edward n’est pas puceau, mais bon il le mériterait franchement)

Bien sûr, on ne finit pas ce mercredi sans savoir que Jean Roch (prêtre en chef des soirées cannoises, entre autres) fête son retour dans la musique (grâce à une campagne de pub gigantesque, donc inversement proportionnelle à la qualité de son œuvre ). Une bien belle relève donc après l’annonce du départ en retraite de David Guetta. Ironie, quand tu nous tiens.

Source : Madmoizelle, Youknowweb, Purple

Goude touché par la Grace

3 Déc

Goudemalion. Jean-Paul Goude, une rétrospective, au musée des Arts Décoratifs,

du 11 novembre 2011 au 18 mars 2012.

par Aurore.

Retour aux arts Déco où Jean-Paul Goude a été invité à présenter ses 40 ans de carrière. L’artiste est installé dans la nef, rien que ça. Donc vous vous souvenez bien du parcours pour aller voir Hussein Chalayan : on entre, on demande son ticket, on dit « bonjour » et « merci » à chaque fois. STOP : là, vous faites un quart de tour sur la droite, et vous y êtes. Une grande figure noire tourne sur elle-même alors que vous entrevoyez une locomotive dans le fond : Bienvenue dans l’exposition « Goudemalion. Jean-Paul Goude, une rétrospective ».

Portrait de Jean-Paul Goude © Jean-Paul Goude

Jean-Paul Goude, c’est une personnalité indéfinissable tellement ce qu’elle produit est riche et varié. Tour à tour photographe, directeur artistique, dessinateur ou encore réalisateur, il surprend et surtout il témoigne. Jean-Paul Goude a su se renouveler pendant toute sa carrière, il a su captiver et saisir les esprits les plus foisonnants de son temps. Il a côtoyé et mystifié les personnalités les plus créatives de son époque. C’est un touche à tout intelligent et talentueux. C’est dit simplement mais ça veut dire beaucoup.

Robe de maternité d’inspiration constructiviste, en collaboration avec Antonio Lopez, New York, 1980 © Jean-Paul Goude

 Vous voilà donc au pied de la nef, la hauteur sous plafond est impressionnante et les escaliers, qui vous mènent aux œuvres, solennels. Qu’à cela ne tienne, vous êtes prêts à braver toutes ces intimidations pour venir voir ce que Goude retient de ses quarante ans de carrière. Préparez-vous : ce qu’il a choisi de nous présenter respire l’évidence et la cohérence. Vous lisez les premiers textes explicatifs, vous montez au niveau de l’immense locomotive : Jean-Paul Goude a exploité cet espace magistral de façon audacieuse. La nef est entièrement occupée par la présentation du défilé du bicentenaire de la Révolution Française, dont la conception lui  est entièrement confiée (en 1989 donc). Mais on y reviendra plus tard. A droite, dans les « alcôves de la rue de Rivoli », Goude présente différentes installations, dont les Galeries Lafayette, les ektas découpés et d’autres. De l’autre côté, dans la « galerie des Tuileries », Goude présente de nombreuses créations, de la frise des Minets réalisée pour le magasin Brummel en 1960 au projet « Last queen of Seoul » dont les dernières images datent de 2011.

Affiche Coco parfum Chanel, 1991 © Jean-Paul Goude

Beaucoup de choses donc, mais j’ai trouvé (oui j’utilise décemment la première personne du singulier, je m’affirme !) que l’exposition était conçue de telle façon que rien ne demandait un effort. Oui, soyons un peu honnête (je vous implique maintenant !), on a tous fait des expos où on a dû se trainer à la fin (ou beaucoup plus tôt) car le propos, compliqué (ou mal présenté), avait tendance à nous sortir par les yeux. Je suis allée voir cette exposition un jeudi en nocturne après une journée de cours/bibliothèque/et autres obligations captivantes, et je ne l’ai pas vue passer (l’expo hein, parce que la journée avant sisi je l’ai bien sentie passer !).

Tout ça pour dire : le musée des arts déco conseille une heure trente pour la faire : si ça paraît un peu effrayant sur le papier, ça ne le sera pas en vrai. Promis ! L’exposition est composée de pièces si variées que les recherches de l’artiste apparaissent avoir été renouvelées en permanence, tout en demeurant incroyablement cohérentes.

Azzedine et Farida, Paris, 1985 Tirage photographique découpé et ruban adhésif © Jean-Paul Goude

Pour ne pas vous faire un article de 3 pages (non promis G, je ne le ferai plus), je me mets de suite à vous parler des objets, du propos justement. C’est Edgar Morin qui donne à Jean-Paul Goude ce surnom de « Goudemalion », Pygmalion étant le Roi de Chypre qui se fait faire une statue d’Aphrodite à laquelle il donne la vie. La carrière de Goude a été marqué par des rencontres : Grace Jones et Farida notamment, des femmes fatales qu’il a façonnées à l’image de ses fantasmes de créateur. En 1989, Jack Lang lui confie la responsabilité du défilé du Bicentenaire de la Révolution. Goude reconstitue des tribus ethniques rêvées, il conçoit les costumes, les machineries, les lumières. Il imagine tout : ses recherches et leur résultat sont présentées dans l’immense nef centrale. La locomotive spécialement créée pour le défilé est placée au centre et les murs sont ornés des photos et croquis des différents costumes. Les croquis sont anotés « non trop cher » ou « encore 1000 brebis et chiens » : un esprit infatiguable, on vous dit ! Au sol, des vidéos diffusent les images du défilé, en décalé : vous pouvez donc avancer dans la nef, et toujours suivre le défilé, sans en rater une miette, brillant !

Bicentenaire de la Révolution française, Paris, 14 juillet 1989 : The Florida A&M marching band © Jean-Paul Goude

Si vous choisissez de commencer par les pièces à votre droite, vous allez découvrir l’esprit pratique d’un créateur hors norme. J’ai adoré « 10 ans déjà », installation pour les Galeries Lafayette où 16 écrans vous entourent : les images montrent des gens sur les quais du métro et surprise ! un métro apparaît et fait le tour de la pièce, tous les figurants se penchent et retournent à leur occupation. La salle « ektas découpés » présente les plus célèbres de l’artiste, qui entre 1978 et 1998 s’adaptent à la technologie de son époque pour découper et recréer une silhouette. Allongés, déformés, amplifiés, ces nouveaux corps sont le fruit de nombreuses manipulations : du négatif à Photoshop, le temps passe. Mais surtout c’est la dernière salle qui m’a secouée : du violon, un siège de style, un écran noir, et rien. Une surprise apparaît mais je veux vous la laisser découvrir (si jamais vous voulez savoir écrivez-nous à redaction.lepointc@gmail.com mais je ne veux pas spoiler l’expo à tout le monde !).

Grace revue et corrigée, New York, 1978 Ekta découpé © Jean-Paul Goude

De l’autre côté, six salles qui présentent chronologiquement le travail de Goude. Son enfance et l’influence des dessinateurs de mode des années 1950 comme Gruau et Bérard, puis ses différents travaux de commande : installations néon, fresques, affiches…

Les ethnies, l’érotisme, la femme, les différences, la transformation, autant de thèmes qui reviennent toujours, mais exploités différemment. Saint Mandé, Esquire, Grace, aucune de ces grandes étapes n’est oubliée. Le graphisme que Goude tire sur la silhouette de Grace Jones est fascinant, ses déclinaisons, ses réinterprétations : elle devient une base de travail et un motif à la fois. Mais c’est la salle plus généraliste, Photo/pub/vidéo qui m’a le plus touchée. Les campagnes Lafayette, Kodak, incontournables donc. Mais aussi un cliché de l’actrice Maggie Cheung en 2006 ou le changement de sexe de la sulfureuse Læticia Casta dans L’Homme en 2004.

Les Galeries Lafayette : L’Homme, Paris, 2004 Collage © Jean-Paul Goude

L’image qui marque mon esprit reste la photo d’Estella Warren de 1996 : elle sort de l’univers graphique et minimaliste de Goude. Les couleurs pastels, les fleurs, serait-ce là du romantisme ?

Estella Warren © Jean-Paul Goude

Nul ne sait, mais ce dont je suis certaine c’est qu’on ressort de cette exposition avec des images plein les yeux. C’est toujours frappant de voir un artiste créer des choses si différentes, saisir son époque et ses travers tout en reproduisant des codes qui lui sont propres. Une image de Goude est toujours reconnaissable parmi 1000, pourtant elles ne sont jamais identiques. Chacune est marquée par son temps, par une atmosphère qui se ressent mais ne se voit pas.

Goudemalion, c’est donc un voyage dans le temps, truffé de beautés en tout genre, de couleurs, de formes, de voyages, d’aventures, mais dans lesquels on n’est jamais seul : on voit bien que Goude est à nos côtés tout le long !

En bref, on a aimé :

–       (re)découvrir toutes les campagnes de pub de Goude : comment le marketing peut être audacieux

–       retrouver l’icône Grace Jones dans ses grandes heures

–       découvrir des photo-montages bluffants et des physiologies impossibles faites avec des ciseaux et de la colle

–       découvrir la surprise de l’expo, blonde et russe. (haha)

On n’a pas aimé :

–       les lycéens qui envoient des textos et trainent la patte derrière un prof surexcité

–       les salles peut être un peu surchargées compte tenu de leur taille (galeries des Tuileries)

Pour aller plus loin : découvrez l’aide à la visite des arts Déco, disponible sur internet seulement (en tout cas moi je ne l’ai pas eu en salles).