L’hebdo du Point C #53

11 Nov

par Grégoire.

Son de la semaine : Make you Happy de Mika (Cherokee Remix)

Aujourd’hui, alors que les embruns du port de Marseille auraient pu nous porter vers I Am ou autres Soprano, Notre-Dame-de-la-Garde nous l’a interdit. A tort ou à raison, qu’en savons-nous ? C’est dimanche, et comme chaque dimanche, on se remet d’une semaine difficile, tout en se préparant à en entamer une nouvelle. Laissons-nous donc porter par quelque chose de plus doux, de plus sucré. Voici Make You Happy de Mika, remixé par Cherokee.

Cherokee est un représentant ce que l’on appelle la french touch, qui est fortement influencée par des sonorités des années 1990. Après avoir fait de nombreux remix (notamment Something About Us de Daft Punk), le duo français sort son premier EP en octobre 2012 (American Spirit). Ici, il se plait à réinterpréter un titre du dernier Mika, Make You Happy.

La voix modifiée, le beat simple, et la basse presque funk sont agrémentés par des scintillements de synthétiseurs. L’ensemble produit un effet « smooth et funky » (source : http://www.dynamhit.org/Cherokee-American-Spirit-EP). Car oui, il faut toujours utiliser des mots anglais/rigolos/bizarres pour parler de ce genre de musique.

Alors, heureux ?

Oeuvre de la semaine : The Beatles – Abbey Road par Invader

Restons franco-français, fiers de notre patrimoine ! Mais arrêtons tout de suite ces élans patriotiques plutôt inappropriés. Place ici à un autre genre de remise à la mode des expériences des années 1980 – 1990. On parle de Rubik’s Cube, et de « rubikcubisme », le domaine d’excellence d’Invader, et d’un exemple de sa nouvelle technique : la pochette du célébrissime Abbey Road des Beatles.

Invader, vous le connaissez, inutile de s’attarder trop longtemps sur son cas. C’est lui qui envahit les villes avec ses petits Space Invaders en mosaïques. Vous en voyez tous les jours. Issu des Beaux-Arts de Rouen, l’artiste est très marqué par le pixel art, et considère sa démarche d’invasion proche de celle du hacking en informatique. Après avoir écumé le monde et être devenu un des piliers du street art français, il s’attache dès 2005 à créer des « tableaux » composés de Rubik’s Cubes. 

C’est en 2011, à la Générale, qu’il expose un grand nombre de ses créations, et qu’il pose le 1000ème Space Invader. Il propose aussi des gaufres en forme de Space Invader : l’invasion est totale, jusque dans nos bouches. A l’entrée de l’expo, il le dit : il faut utiliser son téléphone portable pour mieux voir l’image, pour que les contours se redéfinissent.

Essayez-donc, c’est bluffant !

Hopper prend un bain de foule

10 Nov

Edward Hopper,

Galeries nationales du Grand Palais, jusqu’au 28 janvier 2013,

par Camille B.

Le bruissement autour de l’exposition n’en finit pas ; octobre n’était pas terminé que la billetterie en ligne affichait complet jusqu’au 20 novembre. Les foules s’étirent face au Grand Palais… On s’en souvient bien au Point C, des files d’attentes démesurées pour Picasso et les Grands maîtres ou Monet ! Mais le challenge m’attire. Je décide que rien n’est impossible et tente une entrée avant le début des vacances avec à la clé, camping dès 9h30 du mat’ devant les Galeries, thermos à la main. Méditez cela : la chance sourit aux audacieux, et une heure plus tard je pénètre dans la première salle de l’expo.

Une première impression ? Il y a du monde… Ben oui, lire le panneau chronologique retraçant les grandes lignes de la vie de Hopper c’est comme tenter de se faire une place sur le Champ de Mars un 14 juillet, mais on y survit (promis).  Vous avez fait le plus dur, vous pouvez maintenant apprécier le spectacle.

Car si l’exposition suscite de tels mouvements de foules, c’est bien parce que l’on assiste ici à un événement exceptionnel. 124 œuvres de l’artiste sont réunies, un tour de force quand on sait qu’elles sont très majoritairement conservées outre-Atlantique, et que le Grand Palais présente 55 des 100 dernières toiles peintes par Hopper durant sa période « canonique » (entre 1924 et 1966).

Tout ça, je le savais à l’arrivée ; c’est donc une surprise des plus agréables que j’ai en découvrant en sus la large place faite aux débuts de la carrière du peintre, surtout connu pour ses œuvres plus tardives (qui n’a jamais vu Nighthawks en couverture d’un polar, levez le doigt).
Vous appâter sans vous spoiler, rien de plus simple. Imaginez un américain pur souche élevé au grain du postimpressionniste Robert Henri, et qui débarque à Paris dans les années 1906-1910 ? Imaginez qu’il croque la vie de bistrot si typique de notre ville-lumière, tandis qu’il a sous les yeux les travaux d’Albert Marquet, Félix Vallotton mais plus encore, d’Edgar Degas ?

Hopper, Edward – Couple Drinking – 1906-1907, Aquarelle, 34,3 x 50,5 cm
New York, Whitney Museum of American Art, Josephine N. Hopper Bequest
© Heirs of Josephine N. Hopper, licensed by the Whitney Museum of American Art

L’expo retrace ce parcours à grand renfort d’œuvres de comparaison, et j’ai tôt fait de me pâmer devant une des stars de l’événement, Un bureau de coton à la Nouvelle-Orléans (1873, musée des Beaux-Arts de Pau) et d’apprécier les vues originales des quais du Louvre –maisooon- qui annoncent un goût pour l’anecdotique évoquant le quotidien et le banal avec une poésie dont seul Hopper a le secret. Sans oublier les estampes ; d’elles, le peintre dira : «Ma peinture sembla se cristalliser quand je me mis à la gravure.» En effet, face à la très remarquée Night Shadows, la citation prend tout son sens.

Edward Hopper – Night shadows – 1921, Gravure, 17,5 x 21 cm, Philadelphia Museum of Art : Purchased with the Thomas Skelton Harrison Fund, 1962
© Philadelphia museum of art

Une salle est consacrée au travail d’illustrateur, qui a, longtemps et à son grand regret, permis à l’artiste de se nourrir ; une autre, aux aquarelles qui lancent son succès lors d’une exposition en 1923 au Brooklyn Museum of Art. C’est à cette date que débute sa « période canonique », la plus emblématique.

Je ne vous cache pas que c’est majoritairement cette seconde partie qui fait se déplacer les foules de France et de Navarre. Et pourtant, en arrivant dans les salles d’un gris lumineux et épuré qui rehausse à la perfection les œuvres du plus célèbre des réalistes américains, j’ai un instant d’égarement. Ai-je zappé des panneaux ? Nenni ; il n’y en a pas. Quoi, le travail d’Hopper en phase de maturité se passerait de mots ? Pourtant, face aux tableaux, je crois pouvoir les trouver. Hopper, c’est le peintre de la vie quotidienne de la classe moyenne américaine. Celui qui saisit les moments d’égarement (Morning sun).

Edward Hopper – Morning Sun – 1952, Huile sur toile, 71,4 x 101,9 cm, Columbus Museum of Art, Ohio : Howald Fund Purchase 1954.031
© Columbus Museum of Art, Ohio

Qui rend le trivial poétique et le questionne jusqu’à l’épuisement (Excursion into philosophy), souligne avec brio la vacuité de l’activité industrielle dans l’Amérique moderne, montrant ses productions dans des scènes vidées ou presque de toute figure humaine (Gas ou Dawn in Pennsylvania).

Edward Hopper – Gas – 1940, Huile sur toile, 66,7 x 102,2 cm, The Museum of Modern Art, New York. Mrs. Simon Guggenheim Fund, 1943
© 2012. Digital image, The Museum of Modern Art, NewYork/Scala, Florence

Mais Hopper sait aussi nous toucher plus simplement, que ce soit par les couleurs de Railroad sunset ou avec la beauté des lignes solides de Lighthouse Hill qui se découpent sur le ciel bleu, ou le frais éblouissement de Summertime.

Edward Hopper – Lighthouse Hill – 1927, Huile sur toile, 74 x 102 cm, Dallas Museum of Art, gift of Mr. and Mrs. Maurice
Purnell © Image courtesy Dallas Museum of Art

 

De lui, j’ai admiré ses solides charpentes de maisons, parfois inhabitées telle Two puritans à la mélancolie glaçante, et contemplé les moments d’égarement dans la vie des mégalopoles de la Côte Est en plein essor. Une expérience que je vous recommande…

Pour vous aider à faire vos comptes :

Le Point C a aimé :

–       Voir le déroulé de la carrière et les grandes sources d’inspiration de l’artiste.

–       (Re) découvrir les chefs-d’œuvre d’un monstre sacré de l’art américain et se replonger dans l’univers des années 1930-60.

–       La scénographie, simple et épurée, avec ses couleurs judicieusement choisies. Less is more.

 

Mais le Point C aurait préféré :

–       Un peu plus des explications sur la seconde partie, ce ne serait pas du luxe.

–       Ne pas avoir à avouer à ses lecteurs que nous avec notre carte d’EDLiens, on n’a pas à payer l’entrée et que si vous, vous voulez prendre l’audioguide en bonus de la résa sur internet afin de pallier le manque évoqué ci-dessus, vous atteignez le budget d’un (petit) dîner au resto.

Ceci dit, serrez-vous la ceinture : ce n’est pas demain la veille du jour où vous reverrez ces œuvres réunies !

Les informations pratiques : ici,

la billetterie en ligne,

l’audioguide en ligne,

l’appli Hopper pour Ipad.

Le bon point de la semaine #26

7 Nov

par Aurore.

Et oui, j’ai le regret de vous annoncer que l’on ne peut pas être au top tous les jours. Et mercredi dernier, j’ai failli à la mission divine que l’on m’avait confié. Mais je suis de retour, et ça va envoyer des buchettes (ça va essayer en tous cas !).

Marion Cotillard x New Lady Dior x Jean-Baptiste Mondino : après une performance qui a ébranlé le cinéma dans le dernier Batman, Marion Cotillard a quitté son poncho de combattante des forces de l’ombre, et revient aujourd’hui dans son meilleur rôle, celui d’égérie Dior. La nouvelle collection Lady Dior a été shootée par Mondino dans les Hamptons, destination favorite des riches américains. La campagne est déjà visible dans les magazines, mais vous pouvez découvrir sur internet une vidéo des backstages de cette séance «the light is perfect ».

Mais Dior, c’est aussi un reportage dit « Lady Dior web documentary » dans lequel Marion nous emmène dans les ateliers de la maison et nous donne les bases de la silhouette du maitre. Hum. On est perplexes sur l’interêt de l’avis de Marion sur le tailleur Bar ou le retour de la taille marquée au milieu du siècle, mais une ballade dans les ateliers Dior ne se refuse pas.

Au passage, je vous remets la campagne Lady Dior de l’année dernière, parce qu’elle était assez drôle, et que l’humour se fait de plus en plus rare les amis. Alors profitons tant qu’il est encore temps ! 

Dernière info sur Dior (tant qu’on y est), ils ont dévoilé leur dernier accessoire : des tatouages temporaires. Oui, comme les tatouages Malabar quand on était petits. Je ne suis pas sûre s’ils se posent aussi avec une éponge humide, en tous les cas, ce que je sais c’est que ça doit faire mal au cœur de les enlever. Oui, car ce sont des tatouages en or. Oui, or. 24 carats et 120$ plus tard, ils sont à vous. Pour quelques heures seulement.

 

Les culottes d’Hyppolyte : un joli projet photo à découvrir. La jeune fille a demandé à ses compatriotes de se dévoiler. Première réponse : non, évidemment. La majorité des filles détestent leurs jambes, leurs fesses, leurs genoux, etc. Mais une fois qu’Hyppolyte Prigent leur explique qu’on ne verra que leurs dessous et non leur visage, l’approche est différente. Le résultat en est une exposition douce et naïve, où on découvre ces modèles sous un nouvel angle. Sexy juste ce qu’il faut, innocent et audacieux, difficile de ne pas adhérer aux « culottes d’Hyppolyte ». Le projet a déjà été exposé à Lyon mais aussi au musée de la femme à Montréal.

 

En bref, #baldforbieber : le genre humain nous étonnera toujours, et la semaine dernière, il a fait fort. Des petits rigolos d’internet ont mis en ligne une info : « Justin Bieber a été diagnostiqué d’une tumeur, pour le soutenir, rasez-vous la tête ». L’info paraît absurde, mais elle est aussi confirmée par des reportages vidéos youtube, des brèves sur des sites divers et rapidement le hashtag #baldforbieber (chauve pour Bieber) devient le mot le plus utilisé sur Twitter. C’est alors que des jeunes gens passent à l’action et se rasent la tête, partgeant leur photo sur les réseaux sociaux. Pour une information qui était totalement fausse. Voilà, voilà.

On termine sur le clip qui a fait le buzz hier : la dernière création des Foals pour leur titre « Inhaler ». Il y a du bmx, des vans, des coupes de cheveux étranges, des chemises qui le sont encore plus et une pointe de poésie. On en demandait pas tant !

Exposition Samuel – Pause à la Galerie Alexandre Lazarew : derniers jours

7 Nov

par Grégoire.

Samedi 10 novembre se termine une exposition qui mérite d’être vue. On parle d’art contemporain. Croyez-moi, d’habitude je suis plutôt du genre frileux, mais quand il y a de la couleur et que c’est figuratif, ça me plait. Oui, c’est certainement très conservateur comme raisonnement… Mais que voulez-vous ?! Ca se passe à la galerie Alexandre Lazarew, c’est chouette, pop, coloré mais aussi profond, émouvant et très humain. C’est le travail de Samuel, artiste dunkerquois de 39 ans. 

Petit brief sur l’artiste (extrait du site de la galerie) : « Après plusieurs expositions en France et à l’étranger entre 1995 et 2007 , il effectue quelques résidences d’artistes afin de réaliser des expérimentations plastiques en résonance avec l’humain et son territoire, notamment dans des E.P.S.M (établissement public de santé mentale).
En 2011, il se consacre intégralement à sa nouvelle recherche picturale, inspirée du pixel, qu’il s’approprie, transforme, étire jusqu’à lui conférer trois dimensions. »

C’est avec ces baguettes de bois qu’il crée ses images, qu’il modifie la perception que l’on en a. En jouant sur les longueurs et les couleurs, il parvient à faire onduler la surface, à faire ressortir le détail. Chose étrange, puisqu’en pixelisant l’image, il devrait le cacher, le soumettre à l’ensemble. Mais c’est sans compter notre travail de reconstitution mentale : pour une fois dans notre vie de consommateur aguerri, nous faisons attention aux images qui sont devant nos yeux, nous les analysons, nous les reconnaissons, et nous voyons plus que ce qu’elle représentent.

Autre petit texte tiré du site de la galerie : « Appréhender l’œuvre de Samuel, entre simplicité, évidence et complexité, c’est d’abord nous défaire de nos habitudes visuelles.
Que voyons-nous ? L’objet est complexe, dans la fusion entre une photographie qui, par le traitement qu’elle a subi, mêle également mosaïque et peinture, et une mosaïque constituée de milliers de bûchettes de bois peintes, de hauteurs variables, qui lui confère un aspect sculptural. Aux pixels de la photographie, répondent ceux de la mosaïque de bois ; les deux dimensions en deviennent trois. Le bas-relief ainsi créé nous donne l’impression qu’une partie de la photographie sort du cadre, vient à notre rencontre. C’est ici que réside toute la force de l’œuvre : elle nous happe. Se met alors en place un jeu de va-et-vient du regard pour tenter de la saisir dans ses moindres détails — nous nous approchons, mus par l’envie de toucher — nous reculons pour contempler l’ensemble et l’apprécier dans sa globalité.  » Valérie Dussaut

« Nous sommes donc agréablement contraints à prendre le temps de regarder les images que Samuel choisit. Cette notion de temps, en contre pied de notre société de « zappeurs », est très présente chez l’artiste, ne serait-ce que dans le temps et la minutie qu’il consacre à la création de ses oeuvres.
Pourtant, l’instinct, le jeu, le plaisir, de manière presque enfantine, sautent également aux yeux. Dans les architectures uniques de ses villes miniatures, c’est bien dans son intimité que Samuel nous convie. »

Pour ma part, j’entends de la musique dans les oeuvres de Samuel. Toutes ces baguettes ondulent et me rappellent – attention, comparaison potache – certaines ambiances sur Windows Media Player (les utilisateurs de Mac ne peuvent pas comprendre/Si vous n’avez pas de PC, vous n’avez pas de PC). Ou encore des barrettes qui indiquent un niveau de volume. Bref, les couleurs et les formes résonnent sous nos yeux. Je vais m’arrêter là pour les envolées lyriques, et je vous laisse découvrir les créations de Samuel par vous-mêmes. COUREZ-Y ! 

Pour plus d’information sur les horaires de la galerie et les expositions futures :

http://www.galerie-lazarew.fr/index.php?lang=fr

La tornade Lutz

5 Nov

Alex Lutz au Grand Point Virgule, jusqu’au 22 Décembre,

par Aurore & Grégoire.

Avec son visage d’ange et son air innocent, Alex Lutz ne nous faisait pas peur. Il semblait bien sympa, alors nous ne pouvions qu’être ravis de le découvrir au Grand Point Virgule, salle de spectacle tout juste inaugurée rue de l’arrivée à Montparnasse (Paris). Une fois installés sur le balcon (la salle n’a absolument rien à voir avec sa petite soeur du Marais), nous attendons patiemment que le spectacle commence. Et là, une fois qu’Alex arrive, nous allons de fous rires en surprises. Alex Lutz n’est pas méchant, mais et a du talent à revendre.

OSS 117 Rio ne répond plus – Jean Dujardin, Louise Monot et Alex Lutz

Alex Lutz, c’est ce mec qu’on voit partout dans le métro depuis de nombreux mois. C’est le metteur en scène de plusieurs pièces (Ils se re-aiment), mais c’est aussi le hippie de OSS 117 Rio ne répond plus, ou encore Catherine dans la revue de presse du Petit Journal. C’est alors que vous vous rendez compte que vous le connaissiez bien, que son apparition à l’écran vous a déjà causé des fous-rires surprenants. Véritable caméléon, maître de l’absurde, Alex Lutz n’a pas fini de vous surprendre et son one-man show en est un bel exemple !

Catherine et Liliane, alias Alex Lutz et Bruno Sanches, dans la revue de presse du Petit Journal © Canal Plus

 « Après deux saisons remarquées au Splendid’ et au Trévise, des exceptionnelles aux Folies Bergère et à Bobino, il revient sur scène avec une « formule enrichie ».

Retrouvez ses personnages les plus populaires, comme “la vendeuse” et “l’adolescente”, mais aussi le “directeur de casting odieux”, “le technicien”…

Jamais rassasié, il s’attaque à de toutes nouvelles proies au Grand Point Virgule.

 » Une merveille ! » LE POINT
« Une parfaite justesse, une drôlerie percutante » TÉLÉRAMA
« L’homme du moment, c’est Lui » LE PARISIEN »
(Extrait du site du Grand Point Virgule)

Aurore : c’est simple, le spectacle est trop court. Les sketches s’enchaînent, Alex est tour-à-tour une vendeuse, une adolescente, un vieux monsieur, un directeur de casting sans pitié, etc. Et chaque fois, son corps tout entier devient le personnage. Sa façon de bouger, ses mimiques, ses expressions, tout devient l’aboutissement d’un grand travail de recherche et d’observation. Et tout ça, rien pour vos yeux ébahis, mesdames et messieurs! ! Ce qui surprend d’emblée, c’est le choix de ses textes et de ses thèmes : Alex Lutz ne tombe pas dans la facilité, il joue uniquement des thèmes qui l’ont amusé. Un casting, un café à un bar, le choix d’une robe pour un enterrement, Alex Lutz innove même dans le choix de ses situations : et même si on ne se reconnait pas toujours dans ses personnages, leurs défauts nous font mourir de rire. Il parvient à emmener toute la salle dans ses délires absurdes. A aucun moment, on sent une minute de flottement, Alex Lutz se transforme devant nos yeux. Je ne pourrais vous dire combien de sketches j’ai vu, ni combien de fois j’ai manqué de tomber de ma chaise tellement je me poêlais, mais quand il nous dit « au revoir », on ne peut pas s’empêcher de se dire que ce n’était pas assez ! Alors courrez-y, c’est un spectacle à ne pas manquer, Alex Lutz a plus d’un tour dans son sac !

Grégoire : que dire d’original après cette dithyrambique et très juste critique ? Je ne connaissais pas du tout Lutz, même si j’avais vu toutes les affiches dans le métro. Oui, j’avais vu OSS 117, mais je n’avais pas fait le lien (eh, on ne peut pas être toujours au top). Et je dois dire que j’ai été agréablement bien surpris. Nombreux sont les comiques qui font sourire, mais ceux qui font rire sont bien plus rares. Or, Lutz m’a fait rire, et a même réussi à me faire oublier la chaleur écrasante qu’il faisait dans la salle. Ses personnages – j’avoue avoir un faible pour le technicien et le directeur de casting – révèlent un vrai jeu d’acteur. Lutz n’imite pas, il vit vraiment ses rôles. Tout son corps joue pour donner l’illusion et rendre son comique imparable. Absurde, oui, souvent, quand par exemple il vous raconte l’origine du mot « Montparnasse ». C’est du gros n’importe quoi. Alors je remercie le Grand Point Virgule de nous avoir invités à rire tous ensemble. Car oui, c’est la salle entière qui se marre, et à aucun moment il n’y a de blanc un peu gênant. En fait, ce type est assez attachant, mais sa gueule d’ange est trompeuse car il sait être incisif. Un vrai bonheur !

Informations pratiques : Grand Point Virgule, 8 bis rue de l’Arrivée, 75015

Alex Lutz, du mardi au samedi à 20h 30, les samedis à 17h 30

infos et réservations

Place à partir de 28€ sur internet.

L’hebdo du Point C #52

4 Nov

par Aurore & Grégoire.

Son de la semaine : Rock and roll Night Club de Mac DeMarco

Ce soir, l’humeur était suave dans les petits cœurs sensibles de la rédac’. Alors, on a choisi de vous présenter Mac Demarco. Ce jeune canadien de 22 ans est arrivé dans nos oreilles tout récemment, et oui, car c’est en Octobre qu’est sorti son album « 2 ». Rock and roll Night Club n’est autre que son premier EP. Difficile de rester de marbre face à ces sons sensuels. Ça sent les vinyles des années 1970 et le vieux whisky. Mais Mac n’a pas toujours fait dans le rock mélancolique, car en 2008, il apparait sur la scène musicale sous le pseudonyme de Makeout Videotape, où les sons étaient moins précis, moins aboutis. Mais le passé est passé, Mac a mûri et il nous emmène ici dans les méandres d’un pub, où on côtoie Johnny Cash et Elvis.

Difficile de refuser.

L’œuvre de la semaine : Bacchus par Le Caravage

Non, le lien entre Johnny Cash, Elvis, Mac et Bacchus ne réside pas dans leur passion pour l’alcool. Mac DeMarco cache, derrière ses airs virils, un penchant pour l’androgynie. C’est bel et bien un thème que l’on retrouve au fil de ses titres, mais c’est aussi une tendance qui s’exprime par le port d’un rouge à lèvres carmin. Et là, ça y est, vous comprenez le lien entre ces deux personnages.

Caravage peint ce tableau de Bacchus en 1597. Le maitre traverse alors sa période « claire », qui précède ses recherches le menant au clair-obscur qui l’a rendu si reconnaissable. Le tableau est découvert en 1913 dans un état inquiétant, et Roberto Longhi l’identifie rapidement comme une œuvre du Caravage. Si les reliefs du visage et du corps du dieu semblent encore un peu hésitants, on reconnait la passion du peintre pour les natures mortes. Les feuilles et les fruits sont animés par une lumière très maîtrisée. Mais ce sont les lignes du vin qui ont marqué les esprits : la surface du liquide divin est animée de cercles concentriques. Surprenant. Les sourcils sombres et fins couronnent alors le visage de Bacchus, prolongeant alors ce physique androgyne.

Du vin au pub, il n’y a qu’un pas.

Le cirque sans ménagement d’Aurélien Bory !

2 Nov

Géométrie de caoutchouc, d’Aurélien Bory, à La Villette, jusqu’au 28 Octobre.

par Catherine.

Du 3 au 28 octobre, La Villette présentait Géométrie de Caoutchouc, la dernière création d’Aurélien Bory. Spectacle de cirque en marge, onirique et contemplatif : du bleu, de l’or, du sang, celui du metteur en scène, qui coule sous la plume des critiques, comme ici ou … et pourquoi ? Derrière la perfection graphique de chaque tableau, on se demande bien ce qui peut justifier cette levée de bouclier des esthètes.

© Aglaé Bory

 

Le cirque aussi a droit à son avant-garde !

Depuis le 19ème siècle jusqu’au années 70 le cirque européen a été cet espace rond, infini, envahi de créatures innombrables, cirque ménagerie, lieu de l’émerveillement et du spectaculaire. Dans les années 70, il s’essouffle et de nouveaux courants apparaissent qui vident la scène des bêtes qui le peuplent pour proposer des formes épurées, plus proches du corps et plus scénarisés. Le cirque se mêle au théâtre et son contenu se complexifie. Pour autant, l’élément central de ces propositions reste le spectaculaire. Là où, dans le cirque traditionnel, le dompteur impressionnait les foules  par sa maîtrise de la bête, le nouveau cirque présente des artistes toujours plus extraordinaires dans la maîtrise de leur discipline : acrobatie, contorsion, équilibre, jonglage. Sous les enseignements de Lacan et des structuralistes, le circassien apprend, et invite, à se dompter soi-même, plutôt qu’à dompter l’autre. Ainsi le cirque se renouvelle, anthropocentrique, sur la base de ces racines supposées : Spectacu-larité et maîtrise.

© Aglaé Bory

L’homme décentré

Dès ses premiers spectacles, Aurélien Bory a toujours interrogé cette matière brute qui fait le cirque, autrement dit, il questionne la place de l’homme, son espace, sa fonction, son rapport à la discipline et aux accessoires. Rien que les titres de ses précédents opus « Sans objet », « Plus ou moins l’infini », « Plan B » manifestent une oscillation, un écart vis-à-vis de ces données de base. Et cette oscillation apparaît dans tout son éclat avec « Géométrie de caoutchouc ».  On a beau attendre l’explosion acrobatique, celle-ci ne vient pas. La mise en scène bien qu’éclatante n’a point pour objet de magnifier le corps humain et d’offrir une débauche époustouflante de contorsions.

Anish Kapoor – Léviathan

Sculpture de toile

Le sujet ce n’est pas l’homme. Le sujet, c’est la toile. Placée au cœur de la piste, le chapiteau vit, vibre, frémit au rythme des mouvements, induits par les interprètes, qui l’animent. L’homme n’est ici que figurant, accessoiriste. L’humain est repoussé vers les marges, renvoyé à son premier rôle : celui de dompteur, justement. Mais ici la bête est de toile, un Léviathan inquiétant qui geint et fait subir au cirque un rude décentrement.

La pièce Aurélien Bory ne tient qu’à cela : donner corps à la toile. Et ce faisant, il donne vie à une sculpture monumentale, un Léviathan romantique, magrittien, cinématographique,  que l’on peut bien rapproché de celui, monumental d’Anish Kapoor.  La scène est le monde. Au centre, il n’y a plus d’homme. Enfin un cirque sans ménagerie !