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Les expo à ne pas manquer avant la fin du monde

3 Déc

par Aurore.

Vous le savez déjà, le 21 Décembre prochain, tout est fini. A moins d’être perché sur un pic à Bugarach, vous êtes condamnés par les Mayas à être engloutis sous les eaux déchainées de la planète ! Alors, on est tous d’accord, d’ici là, on profite à fond. La rentrée 2012 nous a proposé des expositions parisiennes de qualité, et vous ne pouvez pas laisser la terre s’autodétruire sans passer admirer le travail de ces musées. Alors, voilà, les 6 expos à ne pas manquer avant la fin du monde.

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1/ Intérieurs romantiques, Aquarelles 1820-1890, Cooper-Hewitt, National Design Museum, New York, Donation Eugene V. Thaw, au musée de la vie romantique.

Jusqu’au 13 Janvier 2013, rendez-vous au métro Saint Georges pour découvrir cette collection d’aquarelles retranscrivant les intérieurs dits « romantiques ». Mais romantiques pourquoi ? La période « romantique » se rattache à la tendance historicisante très marquée sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Et bien que l’historicisme soit une inspiration omniprésente durant tout le siècle, on ne parle plus de « romantisme ». C’est alors bien le trait tantôt naïf et économe, tantôt exhaustif et précis qui reconstruit le charme de ces intérieurs minutieusement agencés et restitués. Le romantisme, c’est le goût du détail, des inspirations foisonnantes, des matières éclatantes et toujours modernes.

On aime :

–       relire l’histoire des arts décoratifs à travers ces aquarelles

–       découvrir les approximations de perspective dans certaines œuvres et choisir ses pièces favorites

–       l’ambiance toujours unique du musée de la vie romantique

  Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

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2/ Le cercle de la vie moderne, au musée du Luxembourg.

Si vous laissez passer les fêtes, vous allez devoir vous presser pour combiner reprise et culture. La magnifique exposition présentée depuis le 19 Septembre au musée du Luxembourg vaut pourtant le détour, mais se finit le 6 Janvier 2013. L’occasion de se replonger dans cette période foisonnante où la crise financière était encore suffisamment loin pour donner envie à de nombreux industriels de se passionner pour l’art. L’exposition vous retrace alors l’histoire de ce cercle qui a encouragé l’art moderne du début du siècle, autour du port actif du Havre.

On aime :

–       les chefs d’œuvre bien sûr : Matisse, Bourdin, Pissaro

–       la couleur, la fougue du trait des fauves

–       l’excellente catalogue et le parcours numérique pour ceux qui ne pourront pas visiter Paris

–       On en profite pour découvrir Cézanne et Paris, bien sûr !       

 Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

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3/ Canaletto – Guardi, Les deux maîtres de Venise, au musée Jacquemart André.

Pour cette rentrée 2012, Paris était nostalgique des vacances et deux musées parisiens nous emmenaient voguer au fil des canaux vénitiens. Le musée Maillol présentait Canaletto, le maître incontestable des ‘vedute’ alors que le musée Jacquemart-André le présentait en regard de ses contemporains, plus ou moins fameux, parmi lesquels le célèbre Guardi. Le musée Jacquemart se démarque encore par la richesse de ses expositions. On note toujours une scénographie subtile et de bon goût, ici les murs accueillent les tons de cette lumière vénitienne si délicate.

On aime :

–       on craque pour ces tableaux délicats et ces vues de la Sérénissisme, qui ne se refusent jamais !

–       redécouvrir les collections permanentes du musée Jacquemart à chaque visite, et on en profite même pour boire un thé

–       on se munie du mini guide de l’exposition, qui offre un commentaire sur chaque œuvre

–       mais on regrette un peu le manque de point de vue scientifique

  Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

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4/ « Et ils s’émerveillèrent… » Croatie médiévale, musée du Moyen-Âge, termes de Cluny.

Vous le saviez peut-être mais de Septembre à Décembre 2012, la France vivait au rythme de la Croatie. Et oui, dans le cadre d’une programmation culturelle toujours plus intense et innovante, c’est la Croatie qui a été choisie en cette fin d’année pour orienter les manifestations culturelles en France. Le festival « Croatie, la voici » se déploie partout en France et niché dans le 5ème arrondissement parisien, le musée du Moyen-Âge ouvrait une exposition consacrée aux pélerins du XIIIe qui transportaient ors et trésors sur leur chemin.

On aime :

–       être surpris par cette petite exposition : 43 œuvres qui frappent par leur préciosité

–       les vitrines simples et efficaces : les tubes de verre qui nous permettent de faire le tour des œuvres, enfin !

–       découvrir cette communauté culturelle qui ne date pas d’hier !

–       pouvoir faire un tour au passage à la toute nouvelle expo du musée « Art du jeu, jeu dans l’art de Babylone à l’Occident médiéval »

 Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

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5/ Van Cleef & Arpels, l’art de la haute joaillerie, musée des arts décoratifs.

Difficile de choisir quoi conseiller au musée des arts décoratifs, car pour cette rentrée encore, ils ont fait fort : French Touch, Star Wars, Van Cleef. Alors autant vous dire, qu’on vous conseille de courir aux arts décoratifs, mais si vous savez quand vous y rentrez, on ne vous garantit pas votre heure de sortie, car il y a beaucoup à faire ! Van Cleef, c’est la grande exposition sous la nef. Comme à chaque fois, l’espace coupe le souffle, et en vous approchant des vitrines, cette impression ne s’amenuisera pas. A travers pièces phare et points techniques, l’expo vous présente plus d’un siècle de création, à travers plus de 500 bijoux. Les deux couloirs parallèles offrent des focus sur les collaborations, des clientes, mais aussi l’histoire de la maison et leurs innovations techniques. L’exposition s’achève sur la toute dernière collection.

On aime :

–       craquer devant les couronnes et autres parures des grands de ce monde

–       la vidéo instructive présentant « les mains de Van Cleef », un point de vue original et une histoire passionnante

–       oublier que, comme Vuitton, Van Cleef se paie un publi-communiqué en plein Paris… Ah, la culture et le luxe… vaste débat !

 Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

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6/ Bohèmes, dans les galeries nationales du Grand Palais.

Tout le monde court voir Hopper, car tout le monde court voir Hopper. Et oui, la foule attire la foule, on n’ose plus avouer « non je n’ai pas vu Hopper », alors on se bat pour réserver ses billets, on admire les œuvres au milieu d’une foule dense. Alors oui, l’expo est à ne pas manquer, mais ce n’est pas la seule ! Prenez  le contre courant et dirigez-vous dans l’exposition Bohèmes, laissez-vous happer par la scénographie imposante et féérique de Robert Carsen.

On aime :

–       le thème hautement audacieux et passionnant

–       la programmation et le site de l’exposition qui fédère de nombreux acteurs autour de cette histoire de la bohème

–       se perdre dans le décor de l’exposition, dans cette pénombre douce et enivrante

 Infos pratiques et présentation de l’exposition : ici.

On vous conseille toujours les expositions qu’on a adoré : Raphaël, Hopper, L’impressionnisme et la Mode

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Hopper prend un bain de foule

10 Nov

Edward Hopper,

Galeries nationales du Grand Palais, jusqu’au 28 janvier 2013,

par Camille B.

Le bruissement autour de l’exposition n’en finit pas ; octobre n’était pas terminé que la billetterie en ligne affichait complet jusqu’au 20 novembre. Les foules s’étirent face au Grand Palais… On s’en souvient bien au Point C, des files d’attentes démesurées pour Picasso et les Grands maîtres ou Monet ! Mais le challenge m’attire. Je décide que rien n’est impossible et tente une entrée avant le début des vacances avec à la clé, camping dès 9h30 du mat’ devant les Galeries, thermos à la main. Méditez cela : la chance sourit aux audacieux, et une heure plus tard je pénètre dans la première salle de l’expo.

Une première impression ? Il y a du monde… Ben oui, lire le panneau chronologique retraçant les grandes lignes de la vie de Hopper c’est comme tenter de se faire une place sur le Champ de Mars un 14 juillet, mais on y survit (promis).  Vous avez fait le plus dur, vous pouvez maintenant apprécier le spectacle.

Car si l’exposition suscite de tels mouvements de foules, c’est bien parce que l’on assiste ici à un événement exceptionnel. 124 œuvres de l’artiste sont réunies, un tour de force quand on sait qu’elles sont très majoritairement conservées outre-Atlantique, et que le Grand Palais présente 55 des 100 dernières toiles peintes par Hopper durant sa période « canonique » (entre 1924 et 1966).

Tout ça, je le savais à l’arrivée ; c’est donc une surprise des plus agréables que j’ai en découvrant en sus la large place faite aux débuts de la carrière du peintre, surtout connu pour ses œuvres plus tardives (qui n’a jamais vu Nighthawks en couverture d’un polar, levez le doigt).
Vous appâter sans vous spoiler, rien de plus simple. Imaginez un américain pur souche élevé au grain du postimpressionniste Robert Henri, et qui débarque à Paris dans les années 1906-1910 ? Imaginez qu’il croque la vie de bistrot si typique de notre ville-lumière, tandis qu’il a sous les yeux les travaux d’Albert Marquet, Félix Vallotton mais plus encore, d’Edgar Degas ?

Hopper, Edward – Couple Drinking – 1906-1907, Aquarelle, 34,3 x 50,5 cm
New York, Whitney Museum of American Art, Josephine N. Hopper Bequest
© Heirs of Josephine N. Hopper, licensed by the Whitney Museum of American Art

L’expo retrace ce parcours à grand renfort d’œuvres de comparaison, et j’ai tôt fait de me pâmer devant une des stars de l’événement, Un bureau de coton à la Nouvelle-Orléans (1873, musée des Beaux-Arts de Pau) et d’apprécier les vues originales des quais du Louvre –maisooon- qui annoncent un goût pour l’anecdotique évoquant le quotidien et le banal avec une poésie dont seul Hopper a le secret. Sans oublier les estampes ; d’elles, le peintre dira : «Ma peinture sembla se cristalliser quand je me mis à la gravure.» En effet, face à la très remarquée Night Shadows, la citation prend tout son sens.

Edward Hopper – Night shadows – 1921, Gravure, 17,5 x 21 cm, Philadelphia Museum of Art : Purchased with the Thomas Skelton Harrison Fund, 1962
© Philadelphia museum of art

Une salle est consacrée au travail d’illustrateur, qui a, longtemps et à son grand regret, permis à l’artiste de se nourrir ; une autre, aux aquarelles qui lancent son succès lors d’une exposition en 1923 au Brooklyn Museum of Art. C’est à cette date que débute sa « période canonique », la plus emblématique.

Je ne vous cache pas que c’est majoritairement cette seconde partie qui fait se déplacer les foules de France et de Navarre. Et pourtant, en arrivant dans les salles d’un gris lumineux et épuré qui rehausse à la perfection les œuvres du plus célèbre des réalistes américains, j’ai un instant d’égarement. Ai-je zappé des panneaux ? Nenni ; il n’y en a pas. Quoi, le travail d’Hopper en phase de maturité se passerait de mots ? Pourtant, face aux tableaux, je crois pouvoir les trouver. Hopper, c’est le peintre de la vie quotidienne de la classe moyenne américaine. Celui qui saisit les moments d’égarement (Morning sun).

Edward Hopper – Morning Sun – 1952, Huile sur toile, 71,4 x 101,9 cm, Columbus Museum of Art, Ohio : Howald Fund Purchase 1954.031
© Columbus Museum of Art, Ohio

Qui rend le trivial poétique et le questionne jusqu’à l’épuisement (Excursion into philosophy), souligne avec brio la vacuité de l’activité industrielle dans l’Amérique moderne, montrant ses productions dans des scènes vidées ou presque de toute figure humaine (Gas ou Dawn in Pennsylvania).

Edward Hopper – Gas – 1940, Huile sur toile, 66,7 x 102,2 cm, The Museum of Modern Art, New York. Mrs. Simon Guggenheim Fund, 1943
© 2012. Digital image, The Museum of Modern Art, NewYork/Scala, Florence

Mais Hopper sait aussi nous toucher plus simplement, que ce soit par les couleurs de Railroad sunset ou avec la beauté des lignes solides de Lighthouse Hill qui se découpent sur le ciel bleu, ou le frais éblouissement de Summertime.

Edward Hopper – Lighthouse Hill – 1927, Huile sur toile, 74 x 102 cm, Dallas Museum of Art, gift of Mr. and Mrs. Maurice
Purnell © Image courtesy Dallas Museum of Art

 

De lui, j’ai admiré ses solides charpentes de maisons, parfois inhabitées telle Two puritans à la mélancolie glaçante, et contemplé les moments d’égarement dans la vie des mégalopoles de la Côte Est en plein essor. Une expérience que je vous recommande…

Pour vous aider à faire vos comptes :

Le Point C a aimé :

–       Voir le déroulé de la carrière et les grandes sources d’inspiration de l’artiste.

–       (Re) découvrir les chefs-d’œuvre d’un monstre sacré de l’art américain et se replonger dans l’univers des années 1930-60.

–       La scénographie, simple et épurée, avec ses couleurs judicieusement choisies. Less is more.

 

Mais le Point C aurait préféré :

–       Un peu plus des explications sur la seconde partie, ce ne serait pas du luxe.

–       Ne pas avoir à avouer à ses lecteurs que nous avec notre carte d’EDLiens, on n’a pas à payer l’entrée et que si vous, vous voulez prendre l’audioguide en bonus de la résa sur internet afin de pallier le manque évoqué ci-dessus, vous atteignez le budget d’un (petit) dîner au resto.

Ceci dit, serrez-vous la ceinture : ce n’est pas demain la veille du jour où vous reverrez ces œuvres réunies !

Les informations pratiques : ici,

la billetterie en ligne,

l’audioguide en ligne,

l’appli Hopper pour Ipad.

Exposition Samuel – Pause à la Galerie Alexandre Lazarew : derniers jours

7 Nov

par Grégoire.

Samedi 10 novembre se termine une exposition qui mérite d’être vue. On parle d’art contemporain. Croyez-moi, d’habitude je suis plutôt du genre frileux, mais quand il y a de la couleur et que c’est figuratif, ça me plait. Oui, c’est certainement très conservateur comme raisonnement… Mais que voulez-vous ?! Ca se passe à la galerie Alexandre Lazarew, c’est chouette, pop, coloré mais aussi profond, émouvant et très humain. C’est le travail de Samuel, artiste dunkerquois de 39 ans. 

Petit brief sur l’artiste (extrait du site de la galerie) : « Après plusieurs expositions en France et à l’étranger entre 1995 et 2007 , il effectue quelques résidences d’artistes afin de réaliser des expérimentations plastiques en résonance avec l’humain et son territoire, notamment dans des E.P.S.M (établissement public de santé mentale).
En 2011, il se consacre intégralement à sa nouvelle recherche picturale, inspirée du pixel, qu’il s’approprie, transforme, étire jusqu’à lui conférer trois dimensions. »

C’est avec ces baguettes de bois qu’il crée ses images, qu’il modifie la perception que l’on en a. En jouant sur les longueurs et les couleurs, il parvient à faire onduler la surface, à faire ressortir le détail. Chose étrange, puisqu’en pixelisant l’image, il devrait le cacher, le soumettre à l’ensemble. Mais c’est sans compter notre travail de reconstitution mentale : pour une fois dans notre vie de consommateur aguerri, nous faisons attention aux images qui sont devant nos yeux, nous les analysons, nous les reconnaissons, et nous voyons plus que ce qu’elle représentent.

Autre petit texte tiré du site de la galerie : « Appréhender l’œuvre de Samuel, entre simplicité, évidence et complexité, c’est d’abord nous défaire de nos habitudes visuelles.
Que voyons-nous ? L’objet est complexe, dans la fusion entre une photographie qui, par le traitement qu’elle a subi, mêle également mosaïque et peinture, et une mosaïque constituée de milliers de bûchettes de bois peintes, de hauteurs variables, qui lui confère un aspect sculptural. Aux pixels de la photographie, répondent ceux de la mosaïque de bois ; les deux dimensions en deviennent trois. Le bas-relief ainsi créé nous donne l’impression qu’une partie de la photographie sort du cadre, vient à notre rencontre. C’est ici que réside toute la force de l’œuvre : elle nous happe. Se met alors en place un jeu de va-et-vient du regard pour tenter de la saisir dans ses moindres détails — nous nous approchons, mus par l’envie de toucher — nous reculons pour contempler l’ensemble et l’apprécier dans sa globalité.  » Valérie Dussaut

« Nous sommes donc agréablement contraints à prendre le temps de regarder les images que Samuel choisit. Cette notion de temps, en contre pied de notre société de « zappeurs », est très présente chez l’artiste, ne serait-ce que dans le temps et la minutie qu’il consacre à la création de ses oeuvres.
Pourtant, l’instinct, le jeu, le plaisir, de manière presque enfantine, sautent également aux yeux. Dans les architectures uniques de ses villes miniatures, c’est bien dans son intimité que Samuel nous convie. »

Pour ma part, j’entends de la musique dans les oeuvres de Samuel. Toutes ces baguettes ondulent et me rappellent – attention, comparaison potache – certaines ambiances sur Windows Media Player (les utilisateurs de Mac ne peuvent pas comprendre/Si vous n’avez pas de PC, vous n’avez pas de PC). Ou encore des barrettes qui indiquent un niveau de volume. Bref, les couleurs et les formes résonnent sous nos yeux. Je vais m’arrêter là pour les envolées lyriques, et je vous laisse découvrir les créations de Samuel par vous-mêmes. COUREZ-Y ! 

Pour plus d’information sur les horaires de la galerie et les expositions futures :

http://www.galerie-lazarew.fr/index.php?lang=fr

Le cirque sans ménagement d’Aurélien Bory !

2 Nov

Géométrie de caoutchouc, d’Aurélien Bory, à La Villette, jusqu’au 28 Octobre.

par Catherine.

Du 3 au 28 octobre, La Villette présentait Géométrie de Caoutchouc, la dernière création d’Aurélien Bory. Spectacle de cirque en marge, onirique et contemplatif : du bleu, de l’or, du sang, celui du metteur en scène, qui coule sous la plume des critiques, comme ici ou … et pourquoi ? Derrière la perfection graphique de chaque tableau, on se demande bien ce qui peut justifier cette levée de bouclier des esthètes.

© Aglaé Bory

 

Le cirque aussi a droit à son avant-garde !

Depuis le 19ème siècle jusqu’au années 70 le cirque européen a été cet espace rond, infini, envahi de créatures innombrables, cirque ménagerie, lieu de l’émerveillement et du spectaculaire. Dans les années 70, il s’essouffle et de nouveaux courants apparaissent qui vident la scène des bêtes qui le peuplent pour proposer des formes épurées, plus proches du corps et plus scénarisés. Le cirque se mêle au théâtre et son contenu se complexifie. Pour autant, l’élément central de ces propositions reste le spectaculaire. Là où, dans le cirque traditionnel, le dompteur impressionnait les foules  par sa maîtrise de la bête, le nouveau cirque présente des artistes toujours plus extraordinaires dans la maîtrise de leur discipline : acrobatie, contorsion, équilibre, jonglage. Sous les enseignements de Lacan et des structuralistes, le circassien apprend, et invite, à se dompter soi-même, plutôt qu’à dompter l’autre. Ainsi le cirque se renouvelle, anthropocentrique, sur la base de ces racines supposées : Spectacu-larité et maîtrise.

© Aglaé Bory

L’homme décentré

Dès ses premiers spectacles, Aurélien Bory a toujours interrogé cette matière brute qui fait le cirque, autrement dit, il questionne la place de l’homme, son espace, sa fonction, son rapport à la discipline et aux accessoires. Rien que les titres de ses précédents opus « Sans objet », « Plus ou moins l’infini », « Plan B » manifestent une oscillation, un écart vis-à-vis de ces données de base. Et cette oscillation apparaît dans tout son éclat avec « Géométrie de caoutchouc ».  On a beau attendre l’explosion acrobatique, celle-ci ne vient pas. La mise en scène bien qu’éclatante n’a point pour objet de magnifier le corps humain et d’offrir une débauche époustouflante de contorsions.

Anish Kapoor – Léviathan

Sculpture de toile

Le sujet ce n’est pas l’homme. Le sujet, c’est la toile. Placée au cœur de la piste, le chapiteau vit, vibre, frémit au rythme des mouvements, induits par les interprètes, qui l’animent. L’homme n’est ici que figurant, accessoiriste. L’humain est repoussé vers les marges, renvoyé à son premier rôle : celui de dompteur, justement. Mais ici la bête est de toile, un Léviathan inquiétant qui geint et fait subir au cirque un rude décentrement.

La pièce Aurélien Bory ne tient qu’à cela : donner corps à la toile. Et ce faisant, il donne vie à une sculpture monumentale, un Léviathan romantique, magrittien, cinématographique,  que l’on peut bien rapproché de celui, monumental d’Anish Kapoor.  La scène est le monde. Au centre, il n’y a plus d’homme. Enfin un cirque sans ménagerie !

Raphaël envahit le Louvre, pour notre plus grand plaisir

30 Oct

Raphaël, les dernières années, du 11 octobre 2012 au 14 janvier 2013, musée du Louvre

en partenariat avec le Musée National du Prado

par Grégoire.

Comme chaque année, le musée du Louvre frappe fort pour se hisser au top des manifestations culturelles de la rentrée. Avec l’inauguration du nouveau département des Arts de l’Islam et des salles consacrées à la Méditerranée Orientale, le contrat était rempli. Mais le plus grand musée du monde veut enfoncer le clou, et présente pendant ce premier semestre une exposition consacrée aux dernières années de l’un des peintres les plus géniaux, les plus prolifiques, mais aussi les plus importants de l’histoire de l’art, l’italien Raphaël. Retour sur l’exposition événement de cette fin 2012.

Les affiches annonçaient la couleur : l’harmonie des bleus et des verts de Bindo Altoviti côtoyait les tons dorés et ivoires de la Donna Velata. Le musée promettait des chefs-d’oeuvre, des pièces encore jamais présentées en France, avec des grands retables, des portraits d’apparat, des portraits intimes, des oeuvres de dévotion privée et un important corpus de dessins. Mais pourquoi avoir choisi de traiter les dernières années de la carrière de Raphaël ? Une raison importante préside à ce choix : dès qu’il arrive à Rome, à la fin de l’année 1508, Raphaël se voit confier d’importantes commandes, qu’il ne peut gérer seul. Artiste en vogue, respecté de tous et admiré des princes, il devient le maître d’un important atelier où chaque élève exécute des tâches bien précises. L’exposition propose donc, en plus de montrer des chefs-d’oeuvre pleinement autographes, de distinguer les autres mains qui ont permis l’exécution de toutes les commandes, et principalement celles de Giulio Romano et de Gianfrancesco Penni.

Le parcours s’organise en plusieurs noyaux thématiques qui se recoupent les uns les autres, ce qui permet une bonne compréhension de l’ensemble, même si certains points restent plus obscurs que d’autres. La première section, pas indispensable, montre les débuts du jeune peintre alors influencé par différents artistes comme Pérugin et Michel-Ange, et permet au Louvre de montrer la richesse de ses collections : absente à Madrid, cette introduction est un moyen efficace pour rentrer dans l’univers de Raphaël, et ce grâce à des pièces majeures comme la Belle Jardinière.

Raphaël, la Belle Jardinière

Ensuite, une grande salle est consacrée au retables que le maître exécute pendant sa maturité à Rome. Les oeuvres, naturellement très imposantes, montrent un Raphaël en pleine possession de ses moyens, dont la manière évolue au gré des différentes influences. Par exemple, le visage du saint Jérôme dans la Madone au Poisson n’est pas sans rappeler la peinture vénitienne, tandis que les musculatures et l’intensité dramatique du Spasimo montrent une compréhension de l’art et de la terribilità de Michel-Ange. Quelques détails commencent à nous faire comprendre que le maître n’est pas seul à exécuter ces oeuvres. En effet, le lion ou le paysage de la Madone au Poisson laissent entendre une collaboration, tout comme le clair-obscur accentué et l’attention portée aux marbres du sol dans la Grande Sainte Famille de François Ier, indices révélateurs du style de Giulio Romano. Mention spéciale pour la pièce qui, selon moi, est la plus émouvante, la plus achevée et la plus belle de toute l’exposition : la Sainte Cécile.

Raphaël, Extase de sainte Cécile (détail)

Je ne vais pas vous présenter toutes les sections : préservons l’effet de surprise ! Néanmoins, il faut insister sur la qualité et le côté pédagogique du corpus présenté. Par exemple, après avoir vu les grands retables de la maturité, vous passez devant un mur sur lequel sont présentés différents dessins préparatoires qui vous aident à comprendre le processus créatif, tant mental que matériel. Certaines feuilles sont d’ailleurs d’une virtuosité incomparable, et montrent toute la maîtrise des Italiens dans l’utilisation de la sanguine. Et je ne parle pas de l’orange hein, mais de la pierre argileuse. Vous pourrez aussi examiner quelques dessins préparatoires pour les grands décors romains de l’artiste : les Chambres du Vatican – détaillées avec des reproductions sur un mur prévu à cet effet – et les Loges. 

Raphaël, étude pour la Grande Sainte Famille de François Ier

Après avoir présenté un nombre important d’oeuvres de qualité exceptionnelle et représentatives de la maturité de Raphaël, l’exposition s’attache à déterminer le style de deux de ses assistants, Giulio Romano et Gianfrancesco Penni. Chacun se voit confier une section accueillant des pièces – tableaux et dessins – représentatives de leur style. A un Romano aimant les effets de clair-obscur, les figures plus trapues et les jeux illusionnistes répond un Penni (trop) fidèle à son maître et tombant parfois dans la mièvrerie de l’expression. Enfin ça, vous en jugerez par vous-mêmes. 

Giulio Romano, la Circoncision

L’exposition se clôt sur un vaste espace consacré aux portraits. En effet Raphaël, nous l’avons dit, est l’artiste le plus en vogue du moment, et nombreux sont ceux qui désirent qu’il exécute leur portrait. Vous serez ravis de pouvoir admirer des pièces splendides comme la Donna VelataBindo Altoviti, Laurent de Médicis, Baldassare Castiglione, mais aussi d’autres moins connues comme le Portrait de jeune homme de Giulio Romano conservé au musée Thyssen-Bornemisza à Madrid ou le double Portrait des humanistes Navagero et Beazzano de la Galerie Doria Pamphilij à Rome. Bref, autant de tableaux qui montrent tout le talent du maître dans le rendu des étoffes – les costumes sont magistralement traités – mais aussi des expressions

Raphaël, Portrait d’Andrea Navagero et Agostino Beazzano

Raphaël, la Donna Velata

Vous l’aurez compris, j’ai « plutôt » aimé cette exposition. Pour plusieurs raisons : les oeuvres sont incroyables, et d’une richesse exceptionnelle. Pour certaines jamais présentées en France, elles développent un propos cohérent qui reste cependant  un peu obscur parfois, surtout concernant la part de Gianfrancesco Penni dans l’oeuvre de l’atelier. En commençant fort et en terminant fort, le parcours ne semble pas fatiguer l’esprit, tant il nous tient en haleine et nous surprend. Les cartels présentent des reproductions d’oeuvres citées à titre de comparaison, ce qui aide le visiteur en lui fournissant des points de repère visuels. Alors, pour celles et ceux qui seraient en mal de beauté et de chefs-d’oeuvre, courrez-y ! Vous ne serez certainement pas déçus !

On a aimé :

– les oeuvres présentées

– les explications fournies

– le rythme de l’exposition

On a moins aimé : 

– les attributions un peu aléatoires et directement adressées aux « spécialistes »

– les animaux que Gianfrancesco Penni peint (vous verrez)

Retour(s) sur Gustave Le Gray au Petit Palais

20 Oct

Exposition Modernisme ou modernité. Les photographes du cercle de Gustave le Gray, 3 octobre 2012 – 6 Janvier 2013, Petit Palais.

par Ludo, Florian, Camille C. & Aurore C.

C’est au Petit Palais (oui celui en face du Grand !) que vient d’ouvrir la première grande exposition de ce Mois de la Photographie 2012 qui s’annonce des plus palpitants. En collaboration avec l’incontournable Maison Européenne de la Photographie, le musée des Beaux arts de la Ville de Paris nous propose cette étude fort attrayante des élèves et amis proches du photographe qui est sans doute le plus connu du XIXème siècle : Gustave le Gray.

En effet, après sa redécouverte initiée par les études et la fameuse vente de la collection André Jammes en 1999, puis par la grande rétrospective à la BNF en 2002 sous la houlette de Sylvie Aubenas, Le Gray est devenu la star des maisons de ventes affolant les compteurs et battant tous les records pour une photographie du XIXème siècle (917 000 euros pour des Bateaux quittant le port du havre à Vendôme le 18 Juin 2011).

Et en effet, le Gray, c’est LE maitre de la lumière, de la composition et du tirage et – pourquoi pas, osons le mot – de « l’instantané », rivalisant avec les grands maîtres de la peinture alors que la photographie n’est encore que dans son adolescence. L’exposition propose donc d’évoquer ce personnage incontournable de l’histoire de la photographie et surtout son héritage technique et artistique à travers 160 épreuves de lui-même et de ses élèves non moins célèbres, parmi lesquels Auguste Mestral, Charles Nègre, Henri le Secq, John Beasley Greene ou encore Adrien Tournachon

Gustave Le Gray et Auguste Mestral, Galerie du cloître de Moissac, 1851, Epreuve sur papier salé d’après un négatif papier, 25,1 x 34,8 cm, Paris © Paris, Collection Serge Kakou

L’équipe du Point C à visité l’exposition avec ses invités du soir …. Qui vous livrent leurs impressions :

Florian : « Grâce au concours organisé par Le Point C, j’ai eu la possibilité de participer au vernissage de l’exposition prenant pour thème central Gustave Le Gray, grand photographe du XIXème siècle. Notamment connu pour avoir réalisé le premier portrait de chef d’Etat (Napoléon III), l’artiste technicien a eu un fort impact sur le développement du médium photographique en formant la nouvelle génération de l’école de Clichy.

Modernisme ou Modernité, voilà le nom porté par cette toute nouvelle exposition présentée au Petit Palais. Or, de mon côté en tout cas, je n’ai pas ressenti la tension sous-entendue entre les termes durant la visite, pas de définition, deux ou trois allusions sur les cartels d’explications. Et là est le principal défaut de cette exposition, la scénographie. L’espace m’a paru relativement confus, l’unité dans les premières salles étant encore obscures pour moi, et dans les dernières uniquement axée sur les artistes formés par Le Gray, l’un après l’autre (catalogue), avec des effets de redondance dans les descriptions individuelles (même maître, mêmes techniques). Les cartels d’explication quant à eux restent de mon point de vue dans les généralités abstraites, quand une explication sur les différences entre négatif sur verre et sur papier aurait pu être par exemple développée, notamment pour la catégorie des  non-initiés dont je fais partie.

Il n’en reste pas moins que les œuvres présentées sont de qualité et que le fond de l’exposition est extrêmement intéressant : pour montrer l’importance de l’artiste, les commissaires d’exposition ne se sont pas contentés de présenter les photographies de l’artiste (les ont peut-être même trop marginalisée..), mais ont au contraire dévoilé la « descendance » qu’il a engendré et les pistes lancées aux générations futurs : assemblage de négatif, maîtrise du tirage ou même le concept de série.

Comme le signale le premier cartel, il n’est de toute façon pas possible de présenter en quelques salles tout l’impact qu’a pu avoir Gustave Le Gray, mais à trop vouloir généraliser, on tombe parfois plus dans le sentimental (formules emphatiques, etc.) que dans le caractère scientifique que l’on aurait pu attendre ici. Le concept de l’exposition reste toutefois intéressant et ce genre de manifestation doit de toute façon s’inscrire dans un espace et faire avec les contraintes (de taille ici) qu’il impose, un lieu rassemblant différents aspects de l’œuvre d’un artiste peut-il de toutes façons être totalement représentatif de son importance et de son impact sur les générations suivantes ?« 

Alphonse Delaunay, Type espagnol, 1854 Epreuve sur papier albuminé d’après un négatif papier, 17,5 x 12,5 cm © Collection particulière

Camille C. : « Il est, à mon goût, bien trop rare d’avoir la chance d’assister à une exposition de photographies du XIXème siècle (ou alors je ne sais pas où regarder… mais c’est une autre histoire). C’est pourquoi j’étais très fière d’assister en avant-première à l’exposition du Petit Palais sur Gustave Le Gray et ses comparses (bien que pour un vernissage, cela manquait de champagne et d’amuse-gueules !).

L’exposition vaut vraiment le détour, ne serait-ce, pour vous amis historiens, rien que pour redécouvrir le Paris en pleine transformation du Second Empire. Les clichés nous montrent une ville en mouvement, en particulier dans sa structure et dans son architecture et, assez paradoxalement, les photographes ne montrent que très peu – voire pas du tout – l’homme dans son environnement urbain. Et puis, si comme moi vous kiffez Napoléon III, sa vie, son œuvre, vous serez ravis de croiser Eugénie de Montijo au détour d’un mur !

Outre les infinies possibilités de recherche artistique qu’offrent la découverte et le développement de la photographie dans la première moitié du XIXème siècle, c’est surtout grâce aux expérimentations techniques que Le Gray et son petit groupe d’amis vont améliorer et diffuser le support photo non seulement dans le milieu des arts, mais aussi dans d’autres domaines du savoir, comme par exemple l’anatomie avec Adrien Tournachon, frère du célèbre Nadar, qui contribue aux expériences faciales du docteur Duchenne de Boulogne, ou encore l’archéologie.

Les photographes nous emmènent, d’un coup, très loin : les clichés de voyage rappellent le goût pour l’exotisme et l’inspiration qu’offrent les destinations nouvelles. Au-delà des « photos de vacances » (oui, je l’avoue, j’ai par moments eu cette impression…), c’est aussi un travail de recherche qui accompagne les esprits savants de l’époque : on rapporte de ces endroits de magnifiques clichés d’antiquités, qui permettent très certainement d’approfondir les découvertes archéologiques.

Enfin, on découvre quelques portraits, et quels portraits ! Nous assistons finalement à un spectacle vivant que fixe la photographie, tranchant avec le silence des photos d’architecture, avec des scènes de rues (vues sur la place de Clichy) ou encore plus solennelles, entre portraits officiels et, assez étonnant, les photos d’un mime.

Malgré mon enthousiasme pour cette expo, je dois, pour certains points, lui décerner un « peu mieux  faire ». Tout d’abord, l’écriture des panneaux, bien que complets et permettant de bien suivre le fil, qui est blanche sur fond violet foncé : ça pique mes petits yeux fragiles ! Ensuite, et c’est bien là mon plus grand regret, cela manque, en plus des clichés à proprement parler, d’objets qui permettraient de comprendre l’environnement de travail des photographes, l’évolution de leur matériel et de leurs procédés, mais aussi de saisir les termes techniques pour les pauvres néophytes comme moi (Qu’est-ce que du papier salé ? Hein ?)

Quoi qu’il en soit, c’est un véritable plaisir d’assister à une exposition qui offre à voir, en plus de la dimension artistique du cliché, toute la recherche technique qui lui précède ; ces expériences, sur un support nouveau et en plein essor, permettent de saisir les bases d’une photo réussie, entre cadrage, jeux d’ombres et de lumières, optimisation du sujet. En bref, le cliché photographique est conçu comme une véritable œuvre picturale. »

Adrien Tournachon, Taureau de Marienhof, Agé de 30 mois, présenté par M. Senekowitz à Saint Georgen, près Unmark (Autriche), 1856, Epreuve sur papier salé avec couche protectrice à la gélatine d’après un négatif verre, 29,5 x 22 cm © Bâle, collection Ruth et Peter Herzog

Aurore C. : « Oui, Gustave Le Gray, j’en avais forcément déjà entendu parler ; mais non, je n’avais encore jamais vu son travail; lacune heureusement disparue récemment (merci au Point C). Le Gray donc, mais pas seulement, puisqu’on découvre aussi à travers un agencement alambiqué des salles ses élèves : Delaunay, Nègre, Greene, … et surtout Adrien Tournachon, qui a le plus attisé ma curiosité. Ce sont tous les prémices d’un art qui n’était pas encore considéré comme tel par une majorité qui nous sont présentés, l’évolution des thématiques, du traitement du sujet, et surtout la diversité des techniques qui restent encore pour moi assez floues. On regrettera le petit nombre de pièces exposées de Le Gray. Le genre d’exposition de laquelle je sors en étant frustrée, puisqu’elle me révèle une fois de plus mon ignorance en la matière, tout en me poussant à chercher et comprendre par moi-même des termes techniques tels que : technique du ciel rapporté, négatif sur verre, négatif sur papier sec… etc. Un sentiment mitigé en ressort, une exposition à conseiller pour les amateurs avertis d’abord, pour les curieux ignares comme moi ensuite. »

Programmation : Tous les jours (sauf lundi et fériés) 10h-18h, nocturne jeudi jusqu’à 20h

Tarifs : Entrée 6€

Musée du Petit Palais

avenue Winston Churchill 75008 Paris 8e

Champs-Élysées – Clémenceau (1/13)

L’impressionnisme et la mode : débats ?

13 Oct

L’impressionnisme et la mode, jusqu’au  20 Janvier 2013,

au Musée d’Orsay, Paris.

par Mathilde et Aurore.

L’exposition « L’Impressionnisme et la mode » déclenche les fureurs de nombreuses personnes. Je vous le rappelle, je suis issue de l’Ecole du Louvre où j’ai suivi un cours d’histoire de la mode et du costume, et j’ai écrit un mémoire sur la silhouette feminine et le corset entre 1830 et 1900. Donc autant vous dire que l’impressionnisme, les crinolines et des chiffons, j’en ai bouffé. Mais, je l’avoue, j’adore ça. Alors oui, il y a des choses à critiquer dans cette expo, mais d’ores et déjà, je vous annonce que je ne fais pas partie de ceux qui sont révoltés par cet événement. Au contraire.

Pourtant, on a pensé qu’il était tout aussi important pour vous de découvrir cette exposition un peu plus armés que du fait de « savoir ce qu’on peut lui reprocher ». Mathilde a détesté l’expo, c’est donc à quatre mains que nous allons vous restituer ce que « Impressionnisme » et « mode », affrontés, associés, peuvent signifier.

Bien sûr, le premier argument que l’on entend, encore et encore, se fonde sur le titre même de l’exposition. « L’impressionnisme et la mode » s’en réfère d’abord plus au courant qu’aux personnes. Mathilde s’insurge pourtant « En effet, qu’ont à voir ensemble aux côtés de Renoir, Degas, Monet (incontournables car il faut bien donner satisfaction à tous ceux, touristes mais pas que, qui payent pour les admirer à Orsay), de l’inclassable Manet, James Tissot adulé de la haute société victorienne”. Mais je ne crois pas qu’il faille automatiquement blamer une exposition qui réunit autant de grands noms, et surtout dans un propos scientifique irréprochable, parce qu’il l’est. Prenons donc un peu de distance avec ce terme d’impressionnisme. L’impressionnisme, c’est la peinture moderne, c’est un nouveau regard sur un monde en plein changement. Il y a les impressionnistes universellement reconnus par tous les ouvrages, Monet en tête. Mais à tous ces gens qui se targuent de leur connaissance irréprochable (et pourtant bien superficielle) du grand courant noble qu’est l’impressionnisme, je me permets de rappeler que tous ces termes en –isme, restent des grands découpages que tous les grands spécialistes manient avec la plus grande prudence.

Pourtant, certains crient encore au scandale : Manet n’est pas un impressionniste, voyons ! Effectivement, il est fortement probable que Guy Cogeval ait décidé de flinguer sa carrière en disséminant dans son exposition des approximations, voire même des erreurs que même un élève moyen de l’Ecole du Louvre saurait éviter.

L’impressionnisme est ici parfaitement représenté par ces tableaux où le mouvement et l’expression, saisis sur le vif, restituent à eux seuls tout l’esprit de cette période en plein chamboulement. Et oui, car le XIXe siècle c’est bien le triomphe de la distinction subtile. Après la chute de l’Ancien Régime, les aristocrates déchus quittent le pays ou se font discret en campagne. Avec la suppression des corporations, le commerce et l’industrie doivent se réinventer, et émergent alors les premiers entrepreneurs : la valeur travail prend tout son sens, et ce sont ces bourgeois, parvenus à un haut niveau de vie à la force de leurs innovations et de leurs efforts qui vont guider la société et la mode durant tout le siècle. C’est ainsi que l’attitude, les accessoires, les tenues, les accointances et les activités deviennent le sujet de toutes les discussions. Vous n’avez plus le choix que d’être irréprochable, c’est-à-dire en accord avec votre rang social, l’heure de la journée, les gens qui vous accompagnent et votre programme du jour.

Mais les hommes travaillent maintenant, et de 1800 à 1900, leurs costumes vont se standardiser, aller vers l’austérité du costume trois pièce, du noir, du drap de laine. Ce sont donc bien les femmes qui vont devoir porter haut la réussite du ménage. Ce sont ces femmes, qui tout en prenant un rôle nouveau dans la société, restent entravées par les conventions, serrées dans leur corset et engoncées dans leur crinoline puis leur tournure, que ces peintres modernes choisissent de représenter. Mais Mathilde s’étonne « Quand Manet peint Victorine Meurent ou Berthe Morisot, il peint des Femmes, et les robes qui les enveloppent font partie d’elles ; c’est la même chose que dit Baudelaire dans des citations affichées et récupérées comme si le poète était un fin connaisseur des tendances de l’époque, alors qu’il ne parle de la mode que comme servant l’aura de féminité de la Femme, qu’il vénère. » Pourtant, elle se révolte sur le fondement d’une observation qui est particulièrement juste. Les impressionnistes ne s’intéressent justement qu’à la volubilité créée par ces toilettes. Ils ne s’attachent donc pas du tout aux détails, mais peignent le bruit de ces étoffes qui crissent, et l’incroyable volume de ces corps contraints et recrées.

Il ne faut aussi pas y voir de l’impressionnisme de partout : je vous rappelle que comme pour une dissertation, chaque mot d’un titre d’exposition a son importance, donc le « ET » signifie bien que nous allons traiter deux sujets, en les juxtaposant et en les affrontant. Donc Tissot, qui est une source précieuse pour les historiens de la mode, ne rentre surement pas dans la catégorie des impressionnistes, mais bien dans celle de ces peintres bourgeois, pour lesquels le portrait d’apparat devient un revenu substantiel. Pourtant, la touche vive d’un Bartholomé restitue presque aussi fidèlement les motifs et les contours d’une robe d’été encore conservée et présentée à côté du tableau.

Cette exposition présente donc des femmes, des bourgeoises, tantôt photographiées,  tantôt peintes. Parfois au bal, parfois en villégiature. Mais toujours apprêtées et soumises.

Cela étant précisé, il nous reste deux points à discuter : la scénographie et les partenaires. Signée Robert Carsen, la scéno est pour le moins impressionnante (on se bidonne tous ensemble !). La Figaro reproche à Orsay cette reconstitution fastueuse et un poil kitsh, regrettant même qu’il n’y ait pas d’arroseurs automatiques dans la dernière salle. Je pense qu’il faut remettre les choses dans leur contexte : cette exposition fait partie de ces expositions événements pour lesquelles les musées investissent beaucoup et surtout en attendent beaucoup. Ne commençons pas à la jouer hypocrites : le musée a besoin d’argent et de visiteurs, sans aucune de ces deux choses, aucune exposition, aucune publication, aucune recherche. Rien, le musée meurt petit à petit. Je pense que « L’impressionnisme et la mode » s’inscrit donc dans la lignée de ces expositions spectacles, où la scénographie participe pleinement à la mise en contexte et à la pédagogie du propos déroulé. Cela m’évoque les expositions du rez-de-jardin du Quai Branly, où à peine entré, on se trouve transporté dans un nouvel univers.

Pédagogie, attractivité, l’un n’est pas distinct de l’autre et on peut le déplorer, néanmoins, les salles sont du plus bel effet. L’histoire de la mode, même si elle est en vogue actuellement, reste un sujet méconnu du grand public, et il m’a semblé que donner à chaque salle une ambiance, une couleur, un son (une tapisserie, une pelouse) spécifique participe de l’expérience de l’exposition. Et on reste aussi dans cette tendance des expositions colorées (les expositions Raphaël, Canaletto, Penni… ne me contrediront pas). Les deux salles reproduisant un défilé de mode restent un ‘highlight’ du parcours, c’est surprenant et distrayant, tout le monde s’assoit, se penche pour lire les cartels. Décoinçons-nous et laissons entrer un peu de ludique et de second degré dans les musées !

Enfin, les partenaires : Dior, LVMH. Oh scandale, des gens donnent de l’argent pour faire restaurer des pièces et les présenter au public. Mathilde l’a bien compris « Dans ces temps de pénurie budgétaire où les musées voient leurs subventions de l’État dégringoler, et où la démocratisation culturelle est de rigueur et où les société privées prennent le relais du financement de la culture (L’impressionnisme et la mode n’aurait par exemple pas existé sans LVMH et Christian Dior), la mode, justement, semble être aux expositions qui pour s’assurer un chiffre d’affaire, sacrifient leur contenu et leur qualité. » Même si je réitère : le propos n’en est pas bafoué, pas ici en tous les cas (retournez voir l’expo Vuitton-Jacobs si vous voulez du propos de bas étage). Les expositions s’ouvrent en effet à la mode et aux marques qui financent pour se faire une belle pub : Vuitton, Van Cleet & Arpels… Mais, c’est une autre histoire.

Instinctivement, vous voyez d’ailleurs que je ne vous présente ici que des tableaux. C’est bien la preuve que de « L’impressionnisme et la mode », tout le monde ne retient que « l’impressionnisme », notion accessible et identifiable qu’il est si facile de critiquer en faisant comme si l’on savait exactement le sens que cela renfermait. La mode, aussi attractive qu’elle soit, reste plus mystérieuse. Et c’est tant mieux.

On aime :

–       l’affiche de l’exposition, à couper le souffle tout simplement

–     Rolla de Gervex et la Nana de Manet, enfin, en vrai !

–       la diversité des pièces présentées : robes, gravures, photos, tableaux, accessoires, impossible de se lasser

– le site de l’exposition, complet, passionnant. C’est ici.

 

On a moins aimé :

–       la dernière salle qui ne met pas suffisamment en valeur « le déjeuner sur l’herbe »

–       Manet qui reproduit littéralement des gravures de mode, un peu décevant non ?

Tarifs et infos pratiques : ici