Le cirque sans ménagement d’Aurélien Bory !

2 Nov

Géométrie de caoutchouc, d’Aurélien Bory, à La Villette, jusqu’au 28 Octobre.

par Catherine.

Du 3 au 28 octobre, La Villette présentait Géométrie de Caoutchouc, la dernière création d’Aurélien Bory. Spectacle de cirque en marge, onirique et contemplatif : du bleu, de l’or, du sang, celui du metteur en scène, qui coule sous la plume des critiques, comme ici ou … et pourquoi ? Derrière la perfection graphique de chaque tableau, on se demande bien ce qui peut justifier cette levée de bouclier des esthètes.

© Aglaé Bory

 

Le cirque aussi a droit à son avant-garde !

Depuis le 19ème siècle jusqu’au années 70 le cirque européen a été cet espace rond, infini, envahi de créatures innombrables, cirque ménagerie, lieu de l’émerveillement et du spectaculaire. Dans les années 70, il s’essouffle et de nouveaux courants apparaissent qui vident la scène des bêtes qui le peuplent pour proposer des formes épurées, plus proches du corps et plus scénarisés. Le cirque se mêle au théâtre et son contenu se complexifie. Pour autant, l’élément central de ces propositions reste le spectaculaire. Là où, dans le cirque traditionnel, le dompteur impressionnait les foules  par sa maîtrise de la bête, le nouveau cirque présente des artistes toujours plus extraordinaires dans la maîtrise de leur discipline : acrobatie, contorsion, équilibre, jonglage. Sous les enseignements de Lacan et des structuralistes, le circassien apprend, et invite, à se dompter soi-même, plutôt qu’à dompter l’autre. Ainsi le cirque se renouvelle, anthropocentrique, sur la base de ces racines supposées : Spectacu-larité et maîtrise.

© Aglaé Bory

L’homme décentré

Dès ses premiers spectacles, Aurélien Bory a toujours interrogé cette matière brute qui fait le cirque, autrement dit, il questionne la place de l’homme, son espace, sa fonction, son rapport à la discipline et aux accessoires. Rien que les titres de ses précédents opus « Sans objet », « Plus ou moins l’infini », « Plan B » manifestent une oscillation, un écart vis-à-vis de ces données de base. Et cette oscillation apparaît dans tout son éclat avec « Géométrie de caoutchouc ».  On a beau attendre l’explosion acrobatique, celle-ci ne vient pas. La mise en scène bien qu’éclatante n’a point pour objet de magnifier le corps humain et d’offrir une débauche époustouflante de contorsions.

Anish Kapoor – Léviathan

Sculpture de toile

Le sujet ce n’est pas l’homme. Le sujet, c’est la toile. Placée au cœur de la piste, le chapiteau vit, vibre, frémit au rythme des mouvements, induits par les interprètes, qui l’animent. L’homme n’est ici que figurant, accessoiriste. L’humain est repoussé vers les marges, renvoyé à son premier rôle : celui de dompteur, justement. Mais ici la bête est de toile, un Léviathan inquiétant qui geint et fait subir au cirque un rude décentrement.

La pièce Aurélien Bory ne tient qu’à cela : donner corps à la toile. Et ce faisant, il donne vie à une sculpture monumentale, un Léviathan romantique, magrittien, cinématographique,  que l’on peut bien rapproché de celui, monumental d’Anish Kapoor.  La scène est le monde. Au centre, il n’y a plus d’homme. Enfin un cirque sans ménagerie !

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