Raphaël envahit le Louvre, pour notre plus grand plaisir

30 Oct

Raphaël, les dernières années, du 11 octobre 2012 au 14 janvier 2013, musée du Louvre

en partenariat avec le Musée National du Prado

par Grégoire.

Comme chaque année, le musée du Louvre frappe fort pour se hisser au top des manifestations culturelles de la rentrée. Avec l’inauguration du nouveau département des Arts de l’Islam et des salles consacrées à la Méditerranée Orientale, le contrat était rempli. Mais le plus grand musée du monde veut enfoncer le clou, et présente pendant ce premier semestre une exposition consacrée aux dernières années de l’un des peintres les plus géniaux, les plus prolifiques, mais aussi les plus importants de l’histoire de l’art, l’italien Raphaël. Retour sur l’exposition événement de cette fin 2012.

Les affiches annonçaient la couleur : l’harmonie des bleus et des verts de Bindo Altoviti côtoyait les tons dorés et ivoires de la Donna Velata. Le musée promettait des chefs-d’oeuvre, des pièces encore jamais présentées en France, avec des grands retables, des portraits d’apparat, des portraits intimes, des oeuvres de dévotion privée et un important corpus de dessins. Mais pourquoi avoir choisi de traiter les dernières années de la carrière de Raphaël ? Une raison importante préside à ce choix : dès qu’il arrive à Rome, à la fin de l’année 1508, Raphaël se voit confier d’importantes commandes, qu’il ne peut gérer seul. Artiste en vogue, respecté de tous et admiré des princes, il devient le maître d’un important atelier où chaque élève exécute des tâches bien précises. L’exposition propose donc, en plus de montrer des chefs-d’oeuvre pleinement autographes, de distinguer les autres mains qui ont permis l’exécution de toutes les commandes, et principalement celles de Giulio Romano et de Gianfrancesco Penni.

Le parcours s’organise en plusieurs noyaux thématiques qui se recoupent les uns les autres, ce qui permet une bonne compréhension de l’ensemble, même si certains points restent plus obscurs que d’autres. La première section, pas indispensable, montre les débuts du jeune peintre alors influencé par différents artistes comme Pérugin et Michel-Ange, et permet au Louvre de montrer la richesse de ses collections : absente à Madrid, cette introduction est un moyen efficace pour rentrer dans l’univers de Raphaël, et ce grâce à des pièces majeures comme la Belle Jardinière.

Raphaël, la Belle Jardinière

Ensuite, une grande salle est consacrée au retables que le maître exécute pendant sa maturité à Rome. Les oeuvres, naturellement très imposantes, montrent un Raphaël en pleine possession de ses moyens, dont la manière évolue au gré des différentes influences. Par exemple, le visage du saint Jérôme dans la Madone au Poisson n’est pas sans rappeler la peinture vénitienne, tandis que les musculatures et l’intensité dramatique du Spasimo montrent une compréhension de l’art et de la terribilità de Michel-Ange. Quelques détails commencent à nous faire comprendre que le maître n’est pas seul à exécuter ces oeuvres. En effet, le lion ou le paysage de la Madone au Poisson laissent entendre une collaboration, tout comme le clair-obscur accentué et l’attention portée aux marbres du sol dans la Grande Sainte Famille de François Ier, indices révélateurs du style de Giulio Romano. Mention spéciale pour la pièce qui, selon moi, est la plus émouvante, la plus achevée et la plus belle de toute l’exposition : la Sainte Cécile.

Raphaël, Extase de sainte Cécile (détail)

Je ne vais pas vous présenter toutes les sections : préservons l’effet de surprise ! Néanmoins, il faut insister sur la qualité et le côté pédagogique du corpus présenté. Par exemple, après avoir vu les grands retables de la maturité, vous passez devant un mur sur lequel sont présentés différents dessins préparatoires qui vous aident à comprendre le processus créatif, tant mental que matériel. Certaines feuilles sont d’ailleurs d’une virtuosité incomparable, et montrent toute la maîtrise des Italiens dans l’utilisation de la sanguine. Et je ne parle pas de l’orange hein, mais de la pierre argileuse. Vous pourrez aussi examiner quelques dessins préparatoires pour les grands décors romains de l’artiste : les Chambres du Vatican – détaillées avec des reproductions sur un mur prévu à cet effet – et les Loges. 

Raphaël, étude pour la Grande Sainte Famille de François Ier

Après avoir présenté un nombre important d’oeuvres de qualité exceptionnelle et représentatives de la maturité de Raphaël, l’exposition s’attache à déterminer le style de deux de ses assistants, Giulio Romano et Gianfrancesco Penni. Chacun se voit confier une section accueillant des pièces – tableaux et dessins – représentatives de leur style. A un Romano aimant les effets de clair-obscur, les figures plus trapues et les jeux illusionnistes répond un Penni (trop) fidèle à son maître et tombant parfois dans la mièvrerie de l’expression. Enfin ça, vous en jugerez par vous-mêmes. 

Giulio Romano, la Circoncision

L’exposition se clôt sur un vaste espace consacré aux portraits. En effet Raphaël, nous l’avons dit, est l’artiste le plus en vogue du moment, et nombreux sont ceux qui désirent qu’il exécute leur portrait. Vous serez ravis de pouvoir admirer des pièces splendides comme la Donna VelataBindo Altoviti, Laurent de Médicis, Baldassare Castiglione, mais aussi d’autres moins connues comme le Portrait de jeune homme de Giulio Romano conservé au musée Thyssen-Bornemisza à Madrid ou le double Portrait des humanistes Navagero et Beazzano de la Galerie Doria Pamphilij à Rome. Bref, autant de tableaux qui montrent tout le talent du maître dans le rendu des étoffes – les costumes sont magistralement traités – mais aussi des expressions

Raphaël, Portrait d’Andrea Navagero et Agostino Beazzano

Raphaël, la Donna Velata

Vous l’aurez compris, j’ai « plutôt » aimé cette exposition. Pour plusieurs raisons : les oeuvres sont incroyables, et d’une richesse exceptionnelle. Pour certaines jamais présentées en France, elles développent un propos cohérent qui reste cependant  un peu obscur parfois, surtout concernant la part de Gianfrancesco Penni dans l’oeuvre de l’atelier. En commençant fort et en terminant fort, le parcours ne semble pas fatiguer l’esprit, tant il nous tient en haleine et nous surprend. Les cartels présentent des reproductions d’oeuvres citées à titre de comparaison, ce qui aide le visiteur en lui fournissant des points de repère visuels. Alors, pour celles et ceux qui seraient en mal de beauté et de chefs-d’oeuvre, courrez-y ! Vous ne serez certainement pas déçus !

On a aimé :

– les oeuvres présentées

– les explications fournies

– le rythme de l’exposition

On a moins aimé : 

– les attributions un peu aléatoires et directement adressées aux « spécialistes »

– les animaux que Gianfrancesco Penni peint (vous verrez)

2 Réponses to “Raphaël envahit le Louvre, pour notre plus grand plaisir”

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