Guide de survie du voyageur en Italie du Nord (collection été 2012)

31 Août

par Camille.

That magic gesture ; source : http://9gag.com/gag/2336087

Le lecteur assidu aura sans doute remarqué une certaine italianophilie au sein de la rédaction du blog. Il faut dire que, pour l’historien de l’art (et nombre d’entre nous le sommes), l’Italie c’est un peu la Terre Promise. Cet été, j’ai voulu tester deux villes d’Emilie-Romagne (Bologne, Ferrare) et deux de Vénétie (Padoue, Vérone). Au programme, des kilomètres en voiture, des églises, des musées, des fresques, des retables …  Problème : juste après la mise au point de notre programme, la terre a tremblé. Je ne vais pas vous refaire ce que la une des journaux a dû vous apprendre -si vous les lisez. Des dégâts humains, matériels, le tout au milieu d’un des pays au patrimoine le plus riche du monde. Pourtant, on n’allait pas reculer. Des bons plans, de la cuisine locale, du paysage sublime et de la fresque en diable : des vacances réussies.

Cuisine : La pasta dans tous ses états. Parce que la cuisine c’est la vie, pas la survie.

Pour débuter, je vous offre un scoop : ne demandez pas de «spaghetti bolognese». En effet, c’est du folklore exporté de la capitale émilienne par ses expatriés. Goûtez plutôt la pasta al ragù (vous me direz, on en trouve un peu partout, mais ici la richesse en viande fait son petit effet).

Montez ensuite à Ferrare. Votre rédactrice a testé les cappellacci: des pâtes fourrées à la citrouille, richement parfumées. Etonnant, en plein mois d’août ! Conseil maison : si vous souhaitez varier les plaisirs, mais vous laisser tout de même la possibilité de manger typique, l’Osteria Balebuste (traduisez par bistrot/bar à vin), au coeur du quartier juif, propose une sélection chouette de salades, mais aussi de paste bien ferraraises. Mon seul regret : ne pas avoir pu goûter le pampepato, spécialité pâtissière à base d’écorces d’agrumes, de chocolat, de cannelle et d’amandes (mon maillot de bain, lui, s’en félicite).

Mais Padoue nous donne l’occasion de nous rattraper : l’Anfora, une osteria aimée des Padouans, propose les spécialités les plus typiques de Vénétie à base de viandes variées. Mention spéciale pour la tarte aux poires, pépites de chocolat, cannelle et autres épices, meilleur souvenir gustatif de ce voyage.

La péninsule italienne, traversée par les failles sismiques | Infographie Le Monde ; source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/05/29/pourquoi-l-italie-tremble-t-elle-autant_1708812_3214.html

Il terremoto

La grande question était sur toutes les lèvres : que reste-t-il après les secousses du printemps ?

Je ne vous le cache pas, nous ne sommes pas allés à Modène, la région la plus touchée.  Néanmoins, notre passage par Ferrare nous a permis de faire quelques constats. D’abord, dans les campagnes, quelques granges sont touchées, alors que nous restons à une grosse soixantaine de kilomètres de l’épicentre.

Quid du patrimoine ferrarais ?

La ville garde tout de même quelques stigmates : notre périple d’églises en musées nous ayant amenés à visiter tous les bâtiments dominicains comme franciscains des villes à notre programme, nous sommes pour ces deux édifices ferrarais tombés sur des os, l’entrée en étant défendue par des arrêtés de la préfecture. Quant à la charmante Piazzetta Anna, elle est bordée par une église dont l’entrée est manifestement compromise pour cause de «work in progress».

Avouez, c’est sympa comme nocturne ! (Piazzetta Anna, Ferrara)

Pour le touriste en Emilie, deux étapes sont indispensables : le Castello Estense, grande forteresse construite du XIIIe au XVIe siècle par la famille Este, a elle aussi été secouée. Les papiers japon appliqués sur de nombreuses fresques XVIe et XVIIe des plafonds ont attiré notre curiosité ; un gardien de salle nous a confirmé leur raison d’être.

Le ferrarais est rusé, il a compris que les touristes étaient las de rentrer de leurs séjours patrimoniaux la minerve au cou. Rendez-vous De l’autre côté du miroir.

Selon lui, ils sont imbibés d’un produit permettant de régénérer les fissures causées dans la matière picturale par le tremblement de terre. Sur ce point, je reste sceptique (mais fais travailler quelques sources pour une réponse plus précise, promis) ; nos cours parlent plutôt d’une solution temporaire, permettant un refixage temporaire… qui parfois a tendance à devenir permanent, lorsque les fonds manquent.

Les angelots n’ont pas l’air plus perturbés que cela (admirez craignez la fissure en bas au centre, sous son papier-japon)

Enfin, notre dernière visite devait être pour le Palazzo Schifanoia, et son célèbre Salon des Mois ; un ensemble de fresques à l’iconographie complexe, mi-agenda pour noble désoeuvré, mi-programme astrologique (Aby Warburg, sors de mon corps. Maintenant). Après une petite trotte à travers la ville, notre déception est grande en voyant la même corde de sécurité que celle qui barrait l’accès à l’église de la Piazzetta Anna, assortie d’un arrêté préfectoral.

Amis iconophiles, pensez à appeler l’Office du Tourisme avant de partir.

Cela dit, ces quelques déceptions ont été l’occasion de découvrir une ville délicieuse, où il fait bon se promener au gré des rues du quartier juif et du centre historique, à pied ou à vélo comme les Ferrarais !

Les bonus de la Rédaction &friends :

il Parco Regionale dei Colli Euganei : en voiture, entre Ferrare et Padoue, après une demi-heure de route, apparaissent de curieuses formations. En pleine plaine du Pô, des formations volcaniques (éteintes, rassurez-vous, on n’était pas en mode «tournée des cataclysmes»), couvertes d’une végétation verdoyante.  Ce n’est pas un hasard si Pétrarque a choisi de se retirer dans le coin.

Petit coin de paradis, ou : «quand est-ce qu’on loue une maison pour les vacances ?»

Visitez l’Arqua Petrarca, avec à la clé d’une montée folle la maison tout à fait délicieuse du poète (petite loggia donnant sur le jardin, fresques XIXe illustrant qui la vie du poète, qui des scènes de son oeuvre).

–  l’Italien du Nord est ton ami, il faut l’aimer aussi. Bon, baragouiner un minimum leur idiome aide, mais chaque étape nous a réservé son lot de rencontres, avec des personnels de la culture -allez questionner les personnels de l’église dominicaine à Bologne, c’est la garantie d’une conférence  privée sur les primitifs émiliens– mais aussi de la restauration et de l’hôtellerie -ah, Vérone et ses mamies-gâteau, ses hôtelières en or…

–  Toi aussi tu veux voir Giotto et sa sublimissime Chapelle Scrovegni ? Pensez à réserver au moins la veille (perso je m’y suis prise avant le départ ), sur le site internet http://www.cappelladegliscrovegni.it/. Et si comme nous, tu réserves tard, et que tu as envie de traîner dans les bosquets ombragés du parc adjacent, pare-toi d’anti-moustiques, ils sont… voraces.

–  Le coin des geeks : pour les fans de peinture italienne à travers les âges, existe à Bologne la Casa Morandi. La maison du peintre qui aimait les cafetières au moins autant que Cézanne. L’homme aimait la géométrie, et a trouvé son compte dans les Primitifs (entre autres). Mais pensez à réserver. On s’est fait avoir !

Les Big Love à retenir :

– Flâner dans les rues de Ferrare et Vérone, au soleil couchant…

– Big love aux locaux.

– Big love à la cuisine, plus parfumée tu meurs.

Les petits bonheurs qui lassent à la longue :

– La pasta par 35°C, parfois, ça lasse.

– Etre amoureuse d’un pays en activité sismique perpétuelle.

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