Et si Sacha Baron Cohen était un artiste ?

29 Juin

par Aurore. 

Sacha Baron Cohen c’est le mec déjanté qui a rendu incontournable le mankini : un maillot de bain une pièce, string en bas mais qui tient sur les épaules. C’est aussi le mec qui a remis à la mode le blond autrichien et la coupe longue (Justin Bieber tu n’as rien inventé). Cet été, il est de retour pour faire chanceler tout ce que l’on pensait établi : le bien, le mal, tout ça quoi ! Cette fois, il est The Dictator. Et comme son nom l’indique, c’est un dictateur (nooon ?) qui fonde donc son « gouvernement » sur la corruption, la peur, le meurtre et les excès en tous genres. Un personnage auquel on s’attache rapidement donc. Mais une fois arrivé aux USA, il se retrouve forcé à se cacher et va découvrir le vrai monde.

Mais je ne parle pas aujourd’hui de SBC pour juger la qualité de ses films ou encore la finesse de ses blagues (en lisant « finesse » et « blague » associés, vous devinez que je n’ai vu aucun de ses films). En observant l’affiche de son dernier film, et en notant le détail symptomatique du sourcil relevé, je me suis dit : et si SBC était un artiste ?

On a le droit de trouver les films de SBC pas très drôles, mais je pense qu’il faut reconnaître tout le travail qu’il y a derrière. Si certaines blagues peuvent paraître un peu lourdingues, c’est toujours sur fond d’un contexte bien étudié et bien reconstitué. Ce sont des situations politiques ou sociales bien réelles que SBC s’amuse à détourner en y injectant du cocasse. Mais au-delà de ce travail d’observation et de veille de l’actualité, SBC mène un travail d’appropriation du personnage qui lui permet de surprendre en se réinventant chaque fois une nouvelle identité. Soyons honnête, cela lui permet aussi de mener une campagne de communication invasive et implacable.

Brüno débarque en pleine fashion week

Dans chacun de ses films, SBC choisit un milieu qu’il décide d’observer au microscope, le comprendre pour mieux l’attaquer. SBC devient comme un poisson dans l’eau dans son nouvel élément ! En effet, dans Borat comme dans Bruno, SBC s’infiltre dans des situations bien réelles, peuplés de gens qui sont là pour une raison précise, mais pas du tout celle de tourner un film. SBC connu pour son talent d’assimilation et de transformation devient donc sans aucune difficulté son personnage et provoque lui-même les scènes dont il a besoin pour son œuvre (à entendre : son film). Ce procédé, qui à mon sens, s’apparente au phénomène de la performance, choque, dérange voire même blesse[1] . Bienvenue dans le fabuleux monde de l’art contemporain, heu non du showbiz pardon!

Brüno fait le buzz

Pour Brüno, SBC a fait sensation au cours des fashions weeks de Milan et Londres, où il a intégré les backstages en se faisant passer pour Brüno, un mannequin gay autrichien, avide de célébrité. Ces scènes tournées à l’arrache littéralement[2] sont pourtant bien les seules scènes où on parle vraiment de mode. Parce qu’après tout le sujet de ses films, enrobés dans une belle promo, des costumes bien documentés et des situations, disons, surprenantes, c’est bel et bien, du SBC, himself. Architecte et auteur de sa propre gloire, qu’il tente de dissimuler en faisant croire qu’il se cache derrière ses personnages. Ses créations. Pour consolider son travail, SBC prend soin de diffuser des images sur le net : lui avec un enfant adopté, séances de photo kitschissimes… SBC devient Brüno, et la terre entière se demande ce qui se passe ? Bingo !

Pour The Dictator, SBC n’a pas eu l’audace de se faire passer pour un dictateur dans les grands sommets internationaux, mais comme à son habitude, il a mené toute sa campagne de promotion en tant que Aladeen, chef de la République du Wadiya. Il a réussi à squatter les oscars (en faisant buzzer grâce aux cendres supposées de Kim Jong-Il renversées sur un animateur tv) et à torturer Martin Scorsese. A Cannes, SBC se transforme, Palais sur la croisette, arrivée à dos de dromadaire, et assassinat filmé, il parvient à faire passer un message (allez voir mon film) tout en usant subtilement des médias Pourtant, SBC parvient à déranger, vraiment, et The Dictator est interdit dans quelques pays, bien connus pour leur politique d’ouverture et de tolérance, tels que Tadjikistan, au Turkménistan et en Biélorussie. Derrière l’humour, la critique fuse, SBC fait débat.

Faux meurtre et paparazzade bien réelle (cliquez pour agrandir)

SBC est alors aussi bien un acteur, qu’un fin communicant. Sa parade sur la 5th Avenue a nécessité le blocage de nombreuses avenues, et la venue de dromadaires et animaux en tous genres. On est loin du happening improvisé et contesté (source : Allociné[3]). Et son arrivée à dos de dromadaires sur la Croisette a simplement servi à faire parler de son film. Il faut bien donc distinguer cette communication, une fois que le film est fini, et ses manœuvres d’incruste et de tournage sous couvert, pendant la phase de réalisation de l’opus et d’élaboration du personnage.

Ainsi, Sacha Baron Cohen se situe à mi-chemin entre la performance en tant que happening, mais aussi de la « situation construite » et du « body art ». En empruntant l’espace et le temps réels, SBC y introduit des mécanismes d’ordinaire réservés au théâtre : costumes, comportements excessifs, situations loufoques… La trace de ses performances résident bien sûr dans ses films, qui en deviennent le condensé et l’aboutissement final !

Alors, en mettant en place des stratégies chocs pour critiquer, SBC se met en scène et se cache derrière ses personnages pour mieux attaquer ses cibles. Mais en poussant le jeu de l’identité à l’extrême, en explorant la blague potache sur fond d’une toile sociopolitique bien étudiée, ne critique-t-il pas au passage la comédie et le show-biz ? Manifestement, il y a un peu de ça, affaire à suivre…

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