La chair fraîche vue par Rodin

21 Juin

Rodin, la chair, le marbre,  du 8 juin 2012 au 3 mars 2013, Musée Rodin, Paris

par Aurore.

Depuis début Juin, le musée Rodin accueille une nouvelle exposition, appelée « Rodin la chair le marbre ». Le musée est encore en plein travaux de rénovations. L’hôtel Byron est partiellement ouvert depuis avril 2012, afin de présenter « Chefs-d’œuvre en mouvement ». Devant la pluie battante, nous sommes restés dans le hall d’entrée et nous sommes rapidement engouffrés dans l’espace d’exposition temporaire. « Rodin, la chair, le marbre » : une exposition à conseiller quand, comme actuellement, vous traversez mal ces journées de pluies et grisailles perpétuelles.

L’exposition se déroule en trois temps, le propos est chronologique et présente l’évolution de la technique de Rodin au cœur de sa carrière, mais aussi au sein des époques qu’il a traversées. Du portrait conventionnel et bourgeois du Second Empire au travail complexe et contrasté de l’aube du siècle, il s’en passe.

L’exposition est synthétique, il y a beaucoup de pièces, mais on passe de l’une à l’autre sans difficulté. On se laisse porter par une muséographie simple mais efficace. Dans l’espace immaculé de cette galerie, les marbres sont posés sur des socles en bois cerclés de fer. Un aspect un peu rustique, littéralement « brut de décoffrage ». Comme si Rodin était sur le point de faire partir toutes ses œuvres par bateau.

Le propos, en trois temps donc. Le premier « L’illusion de la chair – 1871 – 1890 » se déploie sur le couloir bordé de vitraux. Les deux derniers points occupent la salle principale (celle avec les caisses de bois), « La figure dans le bloc – 1890 -1900 » et « Vers l’achèvement – 1900 – 1917 ». Sur quatre décennies de travail, le modèle se noie dans la matière, les références s’entremêlent, la main du maitre prend une place nouvelle, les canons sont renouvelés. L’exposition décrit un état de « non finito » et va même jusqu’à parler de « sfumato ». On retrouve bien la rigueur et l’austérité du travail du sculpteur qui voit son succès s’accroitre après l’exposition de l’Alma en 1900.

Pourtant, même si les sculptures sont fascinantes, nous ne sommes pas une cible conquise, et nous nous heurtons à plusieurs réticences, qui nous semblent pourtant insolvables. La scénographie a le mérite de ne poser aucune vitre entre les visiteurs et les œuvres, ni aucune mesure de mise à distance. On prend donc son pied (pas celui de la statut (haha)) et on en profite pour faire le tour des marbres, les scruter sous tous les angles. C’est alors que le travail de contrastes des textures mais aussi du jeu de lumières et d’ombres imaginé par Rodin prend tout son sens.

Pour autant, on n’oublie pas que l’on se trouve toujours dans un musée. Mais le marbre est là, poli ou martelé, travaillé au trépan, il nous tend les bras et semble nous susurrer « viens te frotter à moi », et on a envie d’y croire. Mais non, bienvenue dans le merveilleux monde de la culture où s’est érigé en dogme : avec les yeux tu toucheras ! A quand la pratique de la galerie tactile ouverte à tous et répandue à toutes les expositions de sculptures ?

Enfin, à force d’observer de très près maquettes de plâtre et sculptures de marbre, en lisant attentivement chaque cartel, notre œil tique : rien n’est réalisé par Rodin lui-même. Il signe allègrement les marbres longuement travaillés par les mains de son atelier. On retrouve bien le fonctionnement ancestral des grands ateliers d’artistes, où son propriétaire élabore l’œuvre ensuite réalisé à des mains plus ou moins expérimentées, qui sont donc en charge de différentes étapes de la création.

Nous avons eu la chance d’assister à l’exposition tout en profitant d’une lecture de Rilke. Ancien gendre et secrétaire de Rodin, cet écrivain allemand a livré un essai intitulé « Sur Rodin ». C’est Robert Bensimon qui a lu les deux conférences de Rilke intitulées Auguste Rodin, de 1903 et de 1907, une intervention intitulée « En pensant avec tout son corps ». Bon, je vais totalement honnête avec vous, je crois pas qu’on ait tout compris, ou même entendu (l’acoustique n’est pas partout idéale) mais l’expérience est intéressante, et cela me permet de vous dire : plongez-vous dans le programme des activités « autour de l’exposition », par exemple la rencontre avec les conservateurs du mercredi 27 Juin me semble incontournable !

http://www.musee-rodin.fr/fr/exposition/rodin-la-chair-le-marbre/autour

En bref, on a aimé :

–       identifier les techniques du travail du marbre, merci les cours de techniques

–       comprendre la poésie qui réside dans un bloc de pierre

–       la plaquette de l’exposition, complète et synthétique à la fois

–       la force des portraits quasi conceptuels de la dernière section

On a moins aimé :

–       les sculptures portraits de bourgeois du Second Empire

–       la « femme-poisson ». Bizarre…

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