Paris – Mexico, aller simple

15 Juin

Resisting the present, Mexico, 2000/2012,

Au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, jusqu’au 8 juillet 2012

par Louise.

Aujourd’hui, on parle art contemporain mexicain. Non, ne partez pas ! Ici pas d’œuvres mystérieuses constituées d’un mur blanc immaculé (je n’ai rien contre ça, mais il faut avouer que la finalité m’échappe souvent), mais du concret, de l’accessible, du savoir-faire, de l’émouvant.

Dans un pays rongé par la corruption, le trafic de drogue et l’émigration, 24 jeunes artistes se questionnent sur leur identité. Ne basculons pas dans le pathos : le Mexique, c’est aussi un passé extrêmement riche, une culture populaire très présente, des couleurs saturées, les mariachis et les nachos. Une culture diverse, donc.

Comment se construire dans un univers aussi épars ? C’est justement ce sur quoi se sont penchés les artistes qui participent à l’exposition, parfois au travers d’œuvres inédites. Le but n’est pas de faire du misérabilisme, mais véritablement de faire prendre conscience de la situation au Mexique, tout en mettant en avant les aspects indéniablement positifs de ce pays ; certains s’essaient même à proposer des solutions aux problèmes de société. Un véritable engagement social et politique.

© Marcela Armas – Machinarius – 2008

L’histoire du Mexique, faite de révolutions successives, inspire largement les artistes locaux nés après 1975. Son importance est telle que le collectif Tercerunquinto (fondé en 1993 à Monterrey) s’entiche à restaurer les grands murales du début de siècle (mais si, les grandes peintures murales dont le mari de Frida Kahlo, Diego Rivera, est un précurseur). Les références culturelles et historiques sont nombreuses dans l’exposition, malheureusement pas toujours bien précisées.

La place de l’étranger dans la culture mexicaine est également une préoccupation majeure des intellectuels : après la domination européenne, le pays vit une relation passionnelle et déchirante avec les Etats-Unis. Tristement surnommée « le couloir de la mort », la frontière entre les USA et le Mexique a provoqué plus de 5000 morts en 15 ans. Comment la traversée d’un simple fleuve engendre-t-elle tant d’espoirs et de désillusions ? La très émouvante installation de M. Armas faite de roues dentées, de chaînes et de pétrole brut nous amène à nous questionner sur les rouages d’une relation interétatique ambigüe. Une dualité qui trouve son paroxysme dans la société mexicaine, avec des jeunes filles qui se construisent un physique de WASP à coups de bistouris.

© Bayrol Jimenez – Maldito – 2012

Le dessin de B. Jiménez, Maldito, fait une bonne synthèse du mal-être ambiant au travers d’un dessin pop, décalé et plein d’humour : l’aigle décharné du drapeau mexicain tient dans ses serres un rameau de chanvre et une mitraillette, l’œil divin apparaît dans une feuille de cannabis… un monde hybride qui ne manque pas de dérision, voire d’attraits.

Au-delà des problèmes intrinsèques au Mexique, certaines œuvres suscitent en nous des interrogations universelles. Par exemple, la perte de sensibilité due à la surmédiatisation de faits réels : qui n’a jamais continué à mâchonner tranquillement ses céréales à l’annonce de la mort de centaines de personnes dans un tremblement de terre ? L’exposition fait la part belle aux vidéastes, ce qui est parfois regrettable : six ou sept vidéos d’une vingtaine de minutes, c’est long. Surtout quand un homme arrose un cimetière.

© Diego Berruecos – La solucion somos todos – 2011

Après tout ce remue-méninge, je conclurai sur l’un des superbes tweets (oui, c’est rentré dans le dictionnaire) projetés dans l’exposition : 

« Si tout est illusion, choisissons les plus belles. » (Alejandro Jodorowsky) 

Si vous avez envie d’approfondir la question, je vous conseille la lecture de « Nuestra señora Pepsicoatl » de Carlos Fuentes disponible ici et le documentaire de feu Christian Poveda sur les narcotrafiquants, La Vida Loca.

On a aimé :

–       L’engagement des artistes

–       La diversité des œuvres

–       Les salles peu fréquentées

On a moins aimé :

–       Les vidéos, trop nombreuses

–       Les fiches d’information, trop axées sur la biographie de l’auteur et non sur l’œuvre 

http://www.mam.paris.fr/fr/node/612

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