Valtari de Sigur Ros, un nouvel album à consommer (très) frais

5 Juin

par Camille.

Lundi dernier (28 mai) sortait le dernier opus de Sigur Ros, Valtari. Attendu depuis quatre ans par les fans (dont la rédactrice est genre au premier rang), il était couru que ce dernier allait faire couler beaucoup d’encre. Voici cinq bonnes raisons à ce phénomène :

– C’est pas facile d’être la groupie d’un groupe de post-rock islandais. Surtout quand ce dernier se targue de sonorités atmosphériques, flirte avec la musique classique et minimaliste, ou quand le chanteur joue de la guitare avec un archet de violoncelle et chante d’une voix de fausset. Encore moins quand on ne sait pas vraiment prononcer le nom dudit groupe, pas plus celui de ses morceaux les plus célèbres. Pourtant, j’en suis, de ces fans qui courent après leurs performances live à la fois généreuses, familiales, esthétiques et tellement planantes. A l’écoute, on aime ou on s’ennuie ; écoutez ça, et si vous n’accrochez pas, passez votre chemin, sans rancune.

Olsen Olsen, issue du DVD Heima sorti en 2007. Vous aussi, maintenant, vous voulez être naturalisés islandais

– Sigur Ros ne joue pas dans la cour des petits. Vous situez Bjork ? Au rayon popularité, Sigur Ros est juste derrière. Formé à Reykjavik en 1994, il est emmené par Jón Þór Birgisson, dit Jónsi. Leur premier album, Von («espoir»), sort en 1997, mais c’est en 1999 avec Ágætis byrjun («un bon début»), que le groupe se lance sur la scène internationale. Il est notamment remarqué par Thom Yorke, qui leur propose l’année suivante de jouer en première partie de la tournée européenne de Radiohead après la sortie de Kid A. Alors, un petit groupe de derrière les fagots on a dit ?

Sæglópur, un de ces clips mi-esthétisants, mi-dérangeants dont le groupe, qui sait s’entourer, a le secret

Suivent ( ) – là toute tentative de prononciation est avortée -, Takk, et Með suð í eyrum við spilum endalaust (à vos souhaits, sachez simplement que cela signifie « Nous jouons inlassablement avec un bourdonnement dans les oreilles », merci Wikipedia). Et c’est justement avec ce dernier album, qui avait amorcé un virage plus sautillant, que le groupe nous avait surpris en 2008 (du moins dans ses quatre premiers morceaux)

Un album qui avait divisé : d’aucuns (Télérama en tête) l’avaient encensé comme un des meilleurs du groupe, d’autres l’avaient vécu comme une trahison aux mélopées froides et aériennes et au son progressif de nos islandais favoris.

Valtari est donc ATTENDU. Le groupe a écouté ses fans, et depuis plusieurs mois déjà lancé sur son site une campagne de mise en bouche, au cours de laquelle ont été évoqués les mots « minimal », « flottant » ou « ambiant», avant que ne soit posté le clip d’Ekki Mukk, titre-phare du grand cru 2012.

Vous l’aurez compris ; toute la «communauté Sigur Ros» se languissait de Valtari.

Valtari est BEAU. Vous l’aurez compris, la rédactrice n’aurait su se contenter de télécharger l’album sur iTunes comme tout un chacun. Non, car la rédactrice est une fan, une vraie, donc elle sait que Jonsi et son équipe ont le don pour susciter la créativité. Vous ne verrez jamais de pochette réalisée à la va-comme-j’te-pousse chez Sigur Ros, sachez-le. Ici, on est face à une image tirée du clip d’Ekki Mukk, création d’une des soeurs de Jonsi.

Une poésie qui n’est pas que de façade. Les sons craquelants de cette nouvelle production savent évoquer le vieux grenier de votre enfance, comme Rembihnútur – ceci n’est pas une insulte mais le nom de la quatrième piste – ou vous donner l’impression que vous vous réveillez, doucement, d’un rêve merveilleux et qu’une belle journée passée à jouer à saute-geysers et à câliner du bébé phoque s’offre à vous.

Valtari tient ses promesses. Dès Ég Anda, le premier morceau, on comprend que les annonces du groupe n’étaient pas lancées dans le vent ; on sent que le voyage est assuré. L’oreille attentive retrouve dans Varúð le piano ensorcelant de ( ) mais aussi la montée en puissance si chère aux anciens albums – je pense notamment à celle de Glosoli – celle qui vous prend aux tripes, vous emmène quelque part entre un glacier sur la mer du Groenland et le Pays des Merveilles et vous laisse transcendé, un sourire béat aux lèvres. Comment ça la rédactrice étale ses préférences ? Avec Varðeldur, on retrouve une version différente, plus légère, du titre « Lúppulagið » paru dans l’album live Inni qui avait déjà baigné mes oreilles cet hiver. On se régale, on est dorloté et poussé à la rêverie par ces trois dernières pistes dans lesquelles la voix de Jonsi est absente – au profit d’un très joli carillon sur Valtari (toute vanne sur les joueurs de triangle est ici proscrite, on se tait et on écoute). Comme son titre le laissait paraître, dans Fjögur Píanó le joueur de triangle n’est pas invité. Les cordes, si, pour un dernier thème, celui qui peut-être m’évoque le plus la pochette avec ces effets de lumière et ce bateau planant au-dessus de la mer.        

Bilan : de la nouveauté, toujours. Plus d’orchestre grandiose, mais un son plus intime, de ceux qui vous accompagnent partout, toute la journée (je survis dans la ligne 13 depuis lundi, moi, grâce à eux), et un jeu différent sur le piano et les sonorités (je vais pas vous la jouer pro, moi en-dehors des instruments classiques je n’y connais rien, encore moins en production) : des grincements, des claquements, bref, on entendrait presque jouer un vieux piano dans un grenier désaffecté.

On vous l’a répété : Sigur Ros vend du rêve, au sens propre.

Bonus pour ceux qui ont lu bien sagement jusqu‘au bout :

Jonsi et son copain vous donnent leur recette de tarte aux fraises.

Et, bonnes nouvelles : le groupe sera en concert le 24 août à Rock en Seine (prenez vos pass 3 jours et venez rejoindre la plus fine équipe de la Rédac’), et le 12 septembre au Bikini, à Toulouse.

4 Réponses to “Valtari de Sigur Ros, un nouvel album à consommer (très) frais”

  1. sigurros2012 10 juin 2012 à 08:02 #

    Quel bel article, sur un très bon album d’un groupe exceptionnel ! Néanmoins je suis un peu plus sévère que vous sur sa critique, bien que je l’aime beaucoup et notamment plus que le précédent dont le style m’avait un peu déçue (oui, les premières chansons). Il lui manque un petit quelque chose qui le situerait au même niveau que Aegatis Byrjun et ( ) : plus de mélodies, plus « d’envolées », bref plus de Varúð et de Dauðalogn. Je lui trouve plus de similitudes avec leur premier et peu connu album, Von, ainsi qu’une évidente influence du style des prolifiques Jónsi & Alex. Concernant le live, savez-vous que Kjartan ne participe pas à la tournée ? Dommage, il tient une place importante aussi sur scène, en tant que multi-instrumentiste. Je suppose que vous les avez déjà vus sur scène, sinon, je me permets de vous conseiller de ne pas vous contenter de les voir en festival, surtout dans le cadre de Rock en Seine… Je parle de tout cela sur mon blog. Bonne journée !

    • Camille 12 juin 2012 à 19:51 #

      Merci à vous pour ce commentaire qui fait rosir mes joues telle la douce bise islandaise.
      Je suis tout à fait d’accord avec l’influence des découvertes de Riceboys sleeps dans le son craquelant et délicat.
      Il est vrai que moi aussi je suis nostalgique d’Ágætis byrjun, qui est de loin mon préféré. En revanche, j’apprécie beaucoup la tonalité apaisante de cet album, qui, comme je l’ai mentionné, me sert actuellement de thérapie à la dure vie parisienne (sic).
      Je suis moins calée que vous sur l’actu du groupe, et lirai avec plaisir vos articles. Vous voilà ajouté en signet, hop !
      Encore un merci, et au plaisir de vous lire.

  2. volfoni 6 janvier 2013 à 15:27 #

    Enfin ! serais-je tenté de dire. Depuis le fondateur Agaetys Byrjun, ce groupe, porté aux nues par tant de fans inconditonnels n’avait fait que baisser dans mon estime. De () à l’album au titre imprononçable, je trouvais ce groupe par trop consenseuele t trop complaisant (de la bonne souspoue pour indie kids voilà ce que je pensais concernant Sigur Ros). Et puis, l’écoute attentive de ce Valatari dont je n’attendais à rien a réveillé mon estilme pour cette formation atypique et est venu confirmer l’idée qu’on est jamais à l’abri d’une très bonne surprise avec un groupe du calibre de SR. Merci

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