Artémisia, une peintre pas comme les autres

4 Mai

Artémisia, Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre, jusqu’au 15 Juillet, au musée Maillol, Paris

par Camille et Delphine.

Le Musée Maillol poursuit dans sa veine d’expositions italianisantes (cf. l’an dernier, l’exposition sur les Médicis), avec un ticket direct pour le XVIIe siècle, peu connu du grand public, mettant en lumière une artiste plus renommée (à tort) pour sa vie digne de la série Borgia que pour son œuvre de peintre.

Malgré ce que le titre racoleur laissait sous-entendre, l’exposition n’est pas un épisode d’Amour, gloire et beauté version Italie XVIIe.  « Pouvoir » et « Gloire » pourquoi pas, mais « Passions » reste soft, compte tenu du fait que l’exposition évite de jouer la carte lacrymale de la « pauvre artiste exprimant toute sa rage dans ses œuvres pour régler ses problèmes avec les hommes » (juste pour la précision : l’artiste fut violée par le peintre Agostino Tassi). Un écueil qui ne fut pas évité dans la première version de cette exposition qui s’était déroulée à Milan entre septembre 2011 et janvier 2012.

Madeleine c. 1630 Huile sur toile 65,7 x 50,8 cm Rita R.R. and Marc A. Seidner Collection © Rita R.R. and Marc A. Seidner Collection, Los Angeles

Car Artemisia est bien une artiste émérite -si si, première femme admise par les machos de l’Accademia del Disegno de Florence, rien que ça-  que cette exposition permet au public parisien de (re)découvrir. Fille du peintre  Orazio Gentileschi, élève du Caravage, dont elle prolonge la manière ; le père et la fille furent redécouverts (comme il Caravaggio d’ailleurs), par l’(immense) historien de l’art Roberto Longhi en 1916 ;  depuis, leur corpus est au centre de l’attention des historiens d’art -qui continuent d’ailleurs à se battre à coup d’attributions.

Danaë c.1612 Huile sur cuivre 41,3 x 52,7 cm Saint Louis, The Saint Louis Art Museum © Saint Louis, The Saint Louis Art Museum

L’exposition prend pour point de départ une biographie très détaillée de l’artiste, retraçant sa carrière à travers les différents centres artistiques qu’elle fréquenta (selon lesquels le parcours muséographique est articulé), permettant d’ancrer le personnage dans la scène artistique (et politique) européenne de la première moitié du XVIIe siècle.

Judith et Holopherne c. 1612 Huile sur toile 159 x 126 cm Naples, Museo Nazionale di Capodimonte © Fototeca Soprintendenza per il PSAE e per il Polo museale della città di Napoli

L’exposition est donc pleine de bonnes intentions, démarrant de façon pédagogique cette redécouverte d’une artiste un peu oubliée des sentiers battus de la peinture italienne et s’appuyant sur une intéressante sélection d’œuvres que (soyons honnêtes) nous n’aurons pas le plaisir d’admirer ensemble tous les jours.

Judith et la servante avec la tête d’Holopherne c. 1645-50 Huile sur toile 235 x 172 cm Cannes, Musée de la Castre © Musée de la Castre, Cannes/Photo Claude Germain

On commence (comme de juste) au rez-de-chaussée : Ô stupeur ! On tombe sur la période napolitaine (1630-1654), apogée de la gloire de l’artiste, alors en pleine période de maturité… Erreur d’orientation ? Que nenni, les origines et la jeunesse d’Artemisia sont détaillées à l’étage. Parti pris étonnant, mais peu importe ; nous nous jetons vers les chefs-d’oeuvre, prêtes à slalomer entre les nombreux groupes de femmes d’âge plus que respectable et leurs guides tonitruantes (ne JAMAIS aller à Maillol en milieu d’après-midi), l’ensemble nous jetant le coup d’oeil traditionnel qui transpire le doux «écartez-vous, vermisseaux».  Comme le plaisir des sens n’a pas de prix, nous pardonnons son inimitié au public ;  la belle Cléopâtre (vers 1635, Rome, Collection Particulière) et la célébrissime Judith et Holopherne (vers 1612, Naples, Museo Nazionale di Capodimonte) nous attendent.

Cléopâtre c. 1635 Huile sur toile 117 x 175,5 cm Rome, collection particulière © Collection particulière

Mais rapidement, une fois passée la salle «l’atelier napolitain» qui, par définition, rassemble les oeuvres à l’attribution problématique, on se trouve gêné par la profusion d’oeuvres données à Artemisia alors qu’elles présentent des écarts de style assez probants. On s’est notamment étonné de voir deux Bethsabée au bain du rez-de-chaussée juxtaposées, et toutes deux attribuées à l’artiste ; la présence d’un éventuel «collaborateur» ne justifie quand même pas tout ! On se demande parfois si on ne devient pas fou, si on n’a pas la berlue. Non non, nous ne sommes pas les seuls : la Tribune de l’art s’est elle aussi laissée surprendre par l’absence de mentions comme «atelier de» ou, plus simple encore, le basique ajout d’un point d’interrogation devant le nom de l’artiste. On comprend que les commissaires n’aient pas voulu froisser les généreux prêteurs particuliers, m’enfin amener le visiteur  à douter de la santé mentale de son ophtalmologiste ou/et à penser que finalement, Artemisia a le talent aussi variable que la météo ces jours-ci, il y a de quoi laisser perplexe.

Allegorie de la Réthorique c. 1650 Huile sur toile 90 x 72 cm Londres-Milan, Robilant+Voena © Manusardi Art Photo Studio, Milano

Sans compter qu’une fois le panneau explicatif sur la carrière de l’artiste lu, on s’imagine avoir affaire à un propos aussi adapté au public novice qu’aux amateurs de la peinture XVIIe… Sans faire vraiment partie de la seconde catégorie, nous nous sommes senties lésées par l’absence de propos sur le style, son évolution ; bref, nous sommes ressorties un petit peu froissées d’avoir presque désappris ce que nous pensions connaître d’Artemisia, le tout pour la modique somme de 9€ (attention, 2€ de réduction, quand même, level up !).

Enfin, peut-être que banquer les 5€ de l’audioguide nous aurait ouvert les chemins d’une totale liberté de pensée cosmique vers un nouvel âge réminiscent ? 

Suzanne et les vieillards c. 1650 Huile sur toile 168 x 112 cm Bassano de Grappa, Museo Biblioteca e Archivio © Archivio Fotografico del Museo Biblioteca e Archivio di Bassano del Grappa

En bref, on a aimé :

– (re)découvrir l’art d’Artémisia

– la sélection, assez surprenante, des œuvres présentées

– après tout, on est toujours ravi de se plonger dans la peinture du XVIIe

On a moins aimé :

– les autres visiteurs, pas toujours très fair-play

– le prix de l’exposition, un peu violent pour nos petites ressources d’étudiants

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