Une belle heure au Louvre

25 Avr

Les Belles Heures du Duc de Berry, du 5 avril au 25 juin, Musée du Louvre

par Grégoire.

Quoi de mieux, par ce temps capricieux, que d’aller faire une petite expo, rapide et intéressante ? Et gratuite pour les moins de 26 ans (désolé pour les autres) ? Avouez, vous n’en pouvez plus de cette pluie, de ce vent, bref, de ce temps pourri ! En plein avril ! Les saisons n’en font qu’à leur tête… Argumentaire un peu vieillot, je vous le concède, mais bon, vous savez, parfois on fait avec ce qu’on a. Allez donc voir les beaux ciels bien bleus des enluminures présentées au Louvre, ça vous remontera le moral. 

Frères de Limbourg, L’Annonce aux bergers (Tierce), Belles Heures, The Metropolitan Museum of Art, The Cloisters Collection, 1954, (54.1.1), fol. 52v. © The Metropolitan Museum of Art..

Cette exposition est présentée avec la participation exceptionnelle du Metropolitan Museum of Art de New York. Et… ? me demanderez-vous, et vous aurez bien raison. Et bien en fait, le Cloisters (département médiéval du Metropolitan) a prêté 47 bifolios qui vont être renvoyés aux USA pour être reliés après l’exposition. En gros, c’est une occasion unique de voir en même temps plusieurs pages d’un gros bouquin. Si ça c’est pas de l’exclu !

Frères de Limbourg, Sainte Catherine refusant d’adorer les idoles, Belles Heures, The Metropolitan Museum of Art, The Cloisters Collection, 1954, (54.1.1), fol. 15v. © The Metropolitan Museum of Art.

Vous vous demandez tous ce que sont ces Belles Heures du Duc de Berry. Il s’agit du livre d’heures du duc de Berry, aka Jean de France, frère de Charles V. Aucun lien avec Richard Berry. Voilà pour l’appartenance. Mais qu’est-ce-qu’un livre d’heure ? Et bien c’est tout simplement LE livre de dévotion privée en vogue à la fin du Moyen-Age. Je vous passe sa composition, mais je vous fais juste remarquer qu’on en a des centaines, et que par conséquent la qualité peut énormément varier d’un exemplaire à un autre. Jean de Berry était un grand bibliophile, alors autant vous dire que lui, il a mis le paquet pour commander des livres qui sont aujourd’hui considérés comme des chefs-d’oeuvre de l’enluminure médiévale en France, voire en Europe

Ce « livre » a été réalisé au tout début du XVe siècle par les frères de Limbourg (Pol, Jean et Hermann), qui sont les neveux de Jean Malouel, alors niveau peinture, ils en connaissent un rayon. Ils ont beaucoup travaillé pour le duc de Berry, pour les Belles Heures mais aussi pour les Très Riches Heures (finies par Barthélémy d’Eyck et Jean Colombe), conservées au Musée Condé à Chantilly. Pour rappel, je vous présente ici une des pages les plus célèbres de ce monument de richesse et de talent d’exécution, figurant le Palais du Louvre

 

L’exposition se développe dans une grande salle : les bifolios sont accrochés aux murs, les uns à la suite des autres, ce qui rend parfaitement l’idée qu’ils constituent des cycles narratifs. Bien sûr, vous y verrez les moments clés de la Passion du Christ, mais aussi des scènes plus rares, comme les vies de St Bruno ou de Ste Catherine. Au milieu de cette grande salle sont disposées plusieurs oeuvres – des sculptures, des objets d’art, mais aussi d’autres livres – qui aident le visiteur à comprendre le contexte de création des Belles Heures ainsi que leur influence. 

Jean d’Orléans, Le Parement de Narbonne, département des Arts graphiques, musée du Louvre © Musée du Louvre - RMN / Michelle Bellot

André Beauneveu (?), Tête d’apôtre, département des Sculptures, musée du Louvre © 2011, musée du Louvre, Dist. RMN / Thierry Ollivier.

Maintenant, qu’est-ce-que j’en ai pensé ? Et bien écoutez, je ne vais pas vous mentir : c’est toujours difficile de présenter des enluminures au public, tout simplement parce que c’est petit. Mais bon, franchement, ces feuilles sont splendides, et l’on oublie vite que l’on est en train de se ruiner les yeux en les regardant. Le fond rouge est parfait, car il se marie bien avec les nombreux ciels bleus des peintures. Les oeuvres présentées au milieu de la salle nous permettent de respirer un peu, de faire une petite pause avant de reprendre la lecture du cycle. Seul bémol cependant : l’éclairage aurait pu être mieux. C’est très difficile de présenter de telles oeuvres, c’est sûr, tout simplement d’un point de vue de leur conservation. Mais dans l’expo on ne se rend pas assez compte de leur richesse : vous serez surpris, si vous pliez un peu les genoux, de voir l’or soudain resplendir. Et un peu de sport ne vous fera certainement pas de mal

En conclusion, vous l’aurez compris, c’est une petite expo, mais qui vaut certainement le coup. Tout simplement parce que c’est pas tous les jours qu’on peut observer plusieurs pages d’un livre en même temps sans les tourner (je ne sais pas si je me fais comprendre). Ensuite, parce que les frères de Limbourg, ce sont de grands artistes, qui vous sortent des morceaux de peinture d’une finesse et d’une sophistication exceptionnelles. D’accord, l’éclairage est pas top, d’accord, c’est un peu fatigant, mais bon, c’est assez rapide, donc c’est un moindre mal. Alors allez-y, en une heure c’est bouclé, et vous n’aurez pas d’autre occasion !

On a aimé :

– le fond rouge

– les quelques textes explicatifs, pas trop longs

– les oeuvres au milieu de la salle, qui permettent vraiment de respirer

On a moins aimé : 

– les visiteurs qui stagnent devant certaines enluminures (la contemplation a des limites)

– l’éclairage des oeuvres qui ne rend pas les reflets de l’or

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