Balenciaga, « l’architecte des formes disparues »

18 Avr

Cristobal Balenciaga, collectionneur de modes, à la Cité de la mode et du design « Docks en Seine », du 13 Avril au 7 Octobre 2012.

par Aurore. 

Quand vous pensez aux années 1950, à toutes ces jupes raides et amples et ces silhouettes élancées, vous pensez retour de la société de consommation, retour de la femme au foyer, et vous pensez Dior. Vous avez raison, mais Christian Dior n’était pas le seul à effectuer cette révolution des formes au milieu du XXème siècle. Il a toujours été talonné par un couturier espagnol qui maitrisait parfaitement l’art de la coupe et du volume. Cet artiste, c’est Cristobal Balenciaga, et le musée Galliéra nous propose de s’intéresser à une partie de son œuvre grâce à une belle exposition hors-les-murs qui a ouvert il y a une semaine déjà, aux Docks en Seine.


Vous, assidus lecteurs du Point C, ne laissez rien passer, et vous avez forcément remarqué que dernièrement on a beaucoup parlé de musique classique et de peinture. Ni une, ni deux, me voilà de retour pour garantir l’égalité du temps de parole : on change de décor, je vous parle de mode ! Et je commencerai en vous expliquant ce que sont ces fameux « Docks en Seine » : autant vous dire de suite, c’est LE truc en ce moment qu’on aime ou qu’on déteste à Paris. Et je ne vais pas me cacher plus longtemps : moi, j’adore. Du bois, des grands espaces, une belle vue sur l’eau, des boutiques, des expos, il ne m’en faut pas plus, je suis conquise. Je trouve (et là, c’est le moment où j’ai l’air incroyablement snob, accrochez-vous) que ça ne fait pas du tout parisien, ça me fait penser aux ‘pier’ de New-York (le South Street seaport notamment) et à la South Bank londonienne. Donc, ça y est, mon cœur a fait ‘boum’. Et pourtant, ils ont continué à me séduire. Alors que je pleurais la fermeture du musée Galliéra (jusqu’en 2013, je vous le rappelle), voici qu’une exposition hors-les-murs du musée de la mode de la ville de Paris inaugure l’ouverture au public des Docks. Bonheur, quand tu nous tiens !

© Le point C

Ce sont bien deux expositions qui durent, côte à côte, à la Cité de la mode et du design jusqu’au 7 Octobre, mais pour vous mettre l’eau à la bouche, je ne vous parlerai aujourd’hui que de Cristobal. Rei, ce sera pour plus tard. L’exposition s’articule en quatre points, elle se fonde sur un don effectué en 1979 par Fernando Martinez Herrero : c’est la collection personnelle du couturier qui est léguée au musée de la mode. Accessoires, robes et capes du XVIIIème et du XIXème siècle, tenues sacerdotales ou encore costumes populaires espagnols, ce sont plus de soixante-dix pièces qui ont été soigneusement réunies par Balenciaga et qui sont aujourd’hui présentées. Le but : démontrer, de manière irréfutable et pédagogique, les inspirations qu’il a puisées dans cette collection et la richesse de son travail. Le travail de Balenciaga serait le fruit de tous ces modèles complexes.

© Le point C

A mes yeux, aucun besoin de prouver la richesse de l’œuvre de Balenciaga. Ce jeune espagnol quitte son pays natal face de la guerre civile qui éclate, il se réfugie à Londres où il se forme dans la plus grande tradition de tailleur du monde, puis s’établit à Paris où il ouvre sa maison de couture. Il se démarquera du travail de Dior par un sens de l’économie et de l’épure qui en fait un créateur unique. Ses robes, toujours fondées sur la raideur d’une étoffe, existent grâce à des jeux d’équilibre et de volumes étonnamment modernes. Pourtant, en 1968 il ne se sent plus dans l’air du temps, il ne parvient plus à créer des collections qui lui conviennent et il ferme sa maison de couture. Ce grand perfectionniste est mort, il y a quarante ans cette année.

© Le point C

Si vous n’êtes pas grand fan de mode ou des années 1950-1960, je vous conseille tout de même de courir voir cette exposition : elle est concise et claire. Les pièces sont présentées sur des portants métalliques et dans des tiroirs vitrés, il est donc très facile d’observer les broderies de près et d’en apprécier toute leur qualité. L’absence de vitrine pour les robes est suffisamment rare pour être souligné (j’avais aussi adoré la scénographie  de l’exposition hors-les-murs au Trianon, l’été dernier). De nouveau, c’est une présentation qui se marie parfaitement au lieu : le métal, brut et simple, rappelle l’architecture industrielle des Docks.

© Le point C

Les pièces des collections Haute Couture Balenciaga sont confrontées à des pièces XIXème siècle, l’occasion pour le musée de rappeler le goût de Cristobal pour les guipures, broderies et autres dentelles, qu’il répartissait à profusion. Les pièces XVIIIème illustrent l’historicisme omniprésent dans l’œuvre de l’espagnol par l’emploi de soie brochée et de taffetas brodé de paillettes d’argent. Pourtant, il me semble que le propos est un peu biaisé : les années 1950, en ramenant la femme à un statut de maitresse de maison, sont un retour en arrière massif et elles l’assument. La mode prolonge alors ce changement de mentalités : les femmes portent des robes toujours plus amples, plus lourdes, qui contraignent leur taille et marquent leurs hanches. Certaines pièces rapprochées ne me paraissent pas si proches.

© Le point C

Tant dans sa présentation que dans sa conception, l’exposition est une réussite. Le lieu et les pièces sélectionnées sauront séduire les plus récalcitrants. La qualité du travail de Balenciaga n’est plus à prouver et cette exposition nous le montre une fois de plus. Malheureusement, j’ai peur que certains rapprochements soient un peu rapides. Néanmoins, je pense qu’ils parleront à des publics moins experts qui s’amuseront à jouer aux jeux des différences. Pour les plus exigeants, il va falloir se plonger dans la technique et le travail de coupe du XIXème siècle, comme dans le travail de Balenciaga. Mais, je pense que ça vaut le coup !

On a aimé :

–       les robes de Balenciaga, toujours aérienne et intemporelles

–       la surprise de découvrir la couleur dans la deuxième section de l’exposition

–       les corps à baleines XVIIIème, qui font toujours leur petit effet

– se perdre dans les datations « quoi c’est 1880 ça? J’aurai pas pensé, tu vois! » (snob, je vous dis!)

 

On a moins aimé :

–       le catalogue de l’expo à l’esthétique minimaliste, pas trop dans le thème

–       les gens qui prennent des photos avec flash : ce sont des costumes, les flashs de vos téléphones et autres appareils photos les condamnent à une mort certaine, pitié !


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