Une soirée somme toute très classique

14 Avr

par Grégoire.

Grâce à un bienfaiteur anonyme, Aurore et moi sommes allés, le vendredi 30 mars, au Théâtre des Champs-Elysées. Pourquoi, me demanderez-vous ? Et bien tout simplement pour assister à un concert de classique à la programmation alléchante : Symphonie n°1 en ré majeur de Schubert, Concerto pour hautbois de Martinu, Concerto pour piano n°23 de Mozart (!!!) et Suite tchèque de Dovrák. A ma grande surprise, nous avions des places DE FOU. Parfaitement, DE FOU. Vous voyez le premier rang ? Vous voyez la place au milieu du premier rang ? Bah voila, vous y êtes. Enfin non, nous y sommes. Bon d’accord, on était presque sous le Steinway, mais bon, ça valait vraiment le coup. Il est temps que je vous livre mes impressions sur les compositions. 

Tout d’abord, petit point sur le Théâtre des Champs-Elysées (TCE) : construit en 1913 et classé Monument Historique en 1953, il est le résultat de la collaboration entre Henry Van de Velde et Auguste Perret, ce fanatique du béton. L’édifice est d’ailleurs le premier théâtre parisien à avoir été construit en béton armé. Outre ces deux grands noms de l’architecture française du début du XXe siècle, il nous faut citer Antoine Bourdelle pour les reliefs de la façade (seule partie en marbre blanc), Maurice Denis et Edouard Vuillard pour les peintures et René Lalique pour la verrière de la coupole… Ça fait du monde ! Ces hommes ont fait de la salle principale, dite « à l’italienne« , un véritable plaisir pour les yeux. 

Mais c’est bien des oreilles dont il s’agit ici ! Ce soir-là, l’Orchestre de Chambre de Paris était dirigé par Lawrence Foster, directeur de l’Orchestre de l’Opéra national de Montpellier, directeur artistique et chef principal du Gulbenkian Orchestra, et enfin directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Marseille. Belle carte de visite. Regardez comme il a l’air tout gentil !

© Marc-Ginot

Entrons dans le vif du sujet. Schubert compose sa Première Symphonie (en ré majeur, D. 82) en 1813 (un siècle avant l’inauguration du TCE…), mais elle n’est initialement pas destinée à être jouée publiquement. Dommage, car avec de nombreux emprunts à Haydn, Mozart et Beethoven, elle est superbe. D’autant plus qu’à cette date, Schubert n’a que… 16 ans. ET BIM. J’aime particulièrement à 2 min 30, ce dialogue entre des violons sautillants et un hautbois malicieux. Voici la version intégrale du morceau. Le premier hautbois est François Leleux, dont je vous reparlerai dans quelques instants…

Après ces 30 minutes de pur plaisir, l’orchestre attaque le Concerto pour hautbois de Bohuslav Martinu (H. 353), et le premier hautbois n’est autre que… François Leleux, un des plus grands hautboïstes (oui oui, on dit comme ça) de sa génération qui s’intéresse particulièrement aux pièces contemporaines. L’auteur écrit ce morceau durant les mois d’avril et mai 1955. Par sa clarté, elle est fortement influencée par la musique française des années vingt et trente, mais aussi par Anton Dvorák. A certains moments, le piano, profondément grave, crée une ambiance très sombre. Je ne suis pas très fan de ce morceau, même si je salue les interminables et périlleuses phrases de hautbois. François Leleux a des poumons énormes, et la salle a apprécié : après le concerto, il est revenu sur scène et a joué une version de la Cigale et la Fourmi, pleine d’audace et d’humour. Voici le concerto : les trois mouvements sont regroupés dans une chaîne Youtube, alors ça s’enchaînera tout seul ! Ahh, la magie de l’Internet… 

Après l’entracte, arrive la pièce centrale selon moi, le Concerto pour piano n°23 de Mozart (K. 488). L’artiste compose ce bijou le 2 mars 1786, alors qu’il est en pleine écriture des Noces de Figaro. Ce concerto est initialement destiné à des concerts d’académie qui se déroulent pendant le carême à Vienne. Elle révèle toute la complexité de la composition de Mozart, notamment grâce au dialogue subtil entre l’orchestre un piano doucement mélancolique, interprété par le jeune pianiste israélien Iddo Bar-Shai qui a fait donné ses premiers concerts dès l’âge de 12 ans…  Cet homme se produit sur des grandes scènes, à Londres, Tel-Aviv, Tokyo ou encore Pékin. Longuement applaudi par la salle, il est revenu jouer un morceau. C’était superbe, mais je suis incapable de vous dire ce que c’était ! Il a aussi déjà été dirigé par la baguette d’Avner Biron, le chef de la vidéo ci-dessous… 

Le concert s’achève sur une Suite tchèque d’Anton Dvorák (op. 39 B. 93), composée en avril 1879. Le début nous emmène en pleine nature slave. Des élans bucoliques se mêlent, les cordes dansent, pour finir en une explosion à laquelle participent la totalité des musiciens. Un final (appelé Furiant…) comme on les aime, avec des « tchic-boom » à la pelle, genre « c’est fini ? Ah, non ! » vient conclure le tout d’une manière magistrale. Les timbales sont martelées, les cuivres sonnent fort, et réveillent bien les spectateurs fatigués en cette fin de concert !

Comme vous le voyez, nous avons écouté de très beaux morceaux. Nous étions juste devant la scène, et nous avons pu apprécier les mimiques des musiciens. Mais cette préoccupation n’a duré que peu de temps, car nous avons été vite absorbés par le talent des solistes. Mon coup de coeur va à Mozart (sans blague ?!) : les contorsions faciale d’Iddo Bar-Shai n’ont fait que rendre plus émouvant l’Adagio si connu (à 12 min 40 dans la vidéo). Bref, si d’autres bienfaiteurs veulent nous envoyer dans ce genre de soirées, qu’ils ne se gênent pas, ce sera avec plaisir ! 

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