« Il est venu le temps de Cluny III »

3 Avr

Cluny 1120,  Au seuil de la Major Ecclésia,

du 28 Mars au2 Juillet 2012,  Musée national du Moyen-âge – Cluny

par Lulu.

Quoi de mieux en ce début de printemps ensoleillé que d’aller explorer les profondeurs d’un Moyen-âge pas si obscur que l’on veut bien le dire. C’est pour l’ouverture d’une nouvelle exposition consacrée à l’Abbaye de Cluny que le Musée parisien nous a invités à venir découvrir les toutes dernières recherches et vestiges de ce chef-d’œuvre du XIIème siècle. Et non, au risque de décevoir les fans d’un certain roman de Victor Hugo et d’une non moins célèbre comédie musicale, l’église médiévale ne se limite pas qu’aux voutes et rosaces gothiques…

Pour preuve, l’exposition éponyme nous propose donc de découvrir ce l’on appelle la troisième église abbatiale de Cluny dite Cluny III, fondée en 1088 et achevée au courant du XIIIème siècle. Ce fut d’ailleurs pendant longtemps la plus grande église de la chrétienté occidentale, rien que ça. Alors rien de plus normal que de s’intéresser à cet édifice de 187 mètres de long pour 35 mètres de haut : Notre-Dame n’a qu’à bien se tenir ! C’est surtout son portail auquel s’intéresse l’exposition,  lui aussi terminé vers 1120, qui affichait un décor polychrome et un Christ en gloire dans une mandorle avec les Anges et 4 évangélistes. Sa hauteur impressionne avec ses 16 mètres environ.

Kenneth J. Conant au cours des fouilles dans l'avant-nef de Cluny III, 29 août 1931 ; Cluny, Musée d'art et d'archéologie © Centre d’Études Clunisiennes, Cluny

Voilà, le décor étant planté, venons en donc au lieu même de l’événement. Le parcours se situe au sein du musée qui a été entièrement réhabilité et adapté pour l’occasion. La première salle nous accueille dans un grand espace avec des murs bordeaux (je dois dire du plus bel effet) et la présentation d’un film qui évoque l’histoire du monument en se basant sur les archives et les recherches récentes. Surtout, on a un film qui propose une reconstitution en 3D du monument. Il s’agit là d’un pan important des recherches et du projet sur Cluny engagé en 2006 par Jean-Michel Sanchez et Julien Roger dont le but est de reconstituer virtuellement l’église en collaboration avec Christian Père et l’école Arts et Métiers ParisTech. Et il faut reconnaitre que c’est une belle réussite avec des images de synthèse vraiment bluffantes par rapport à ce que l’on peut voir d’habitude. Chaque fragment présenté dans l’exposition est remis en situation, ce qui va s’avérer très utile par la suite.

Portail de l'avant-nef; Extrait du film « Maior Ecclesia », 2010 © Arts et Métiers ParisTech Cluny, Centre des Monuments Nationaux, on-situ

Une deuxième salle, dirons-nous plus scientifico-archéologique, présente des documents (gravures, photographies…) à propos de l’abbaye et surtout des fouilles menées par  celui dont le nom est indissociable de la redécouverte du lieu : l’archéologue américain Kenneth J. Conant. En effet le portail fut malheureusement détruit le 8 Mai 1810 et les travaux initiés en 1928 et 1950 ont permis à la fois de retrouver les fragments restants mais aussi de faire la majeure partie des découvertes et relevés encore valables aujourd’hui. J’avoue que j’ai surtout été attiré par les photographies (allez savoir pourquoi) mais également par les carnets de fouille tenus soigneusement par l’archéologue qui sont fort intéressants car ses dessins et ses relevés montrent véritablement le travail accompli sur le terrain.

Bon, arrivé ici, vous me direz, et les médiévistes ne me contrediront pas, ça manque un peu de vieille pierre. C’est vrai, on nous parle d’images de synthèse, de relevés, de photos mais on voudrait quand même bien un peu tâter (passez-moi l’expression) de la matière. Et bien accrochez-vous, l’apothéose est pour la dernière salle.

Cluny III, façade ouest avant la construction de l'avant-nef ; Maquette en plâtre par M. et Mme Georges Latapie, sous la direction de Kenneth J. Conant. Cluny, Musée d'art et d'archéologie © Musée d'art et d'archéologie, Cluny

En empruntant les couloirs de l’un des premiers hôtels particuliers parisiens, entre vitraux, têtes de rois et autres vierges à l’Enfant, on arrive au parangon, à l’acmé (histoire d’élever un peu le propos) de l’exposition avec ce portail monumental qui s’offre à nous. Le troisième temps fort de l’exposition est donc une reconstitution monumentale d’une partie du portail (rappelez-vous, 16 mètres de haut pour l’original !) là sous nos yeux dans les salles du musée. Le tout, soit dit en passant, sous un éclairage zénithal idoine. L’ensemble est très surprenant de par sa taille (tout de même 7 mètres pour la reconstitution, autrement dit un beau bébé) et surtout de par le choix de ses matériaux constitutifs aux couleurs métalliques – les moulages de fragments incrustés sont en rouge. Mieux vaut prévenir, le tout peut surprendre de prime abord mais se révèle finalement tout à fait justifié.

Tête d'ange, Tympan du grand portail (?), Cluny, vers 1120, Calcaire ; Cluny, Musée d'art et d'archéologie © Musée d'art et d'archéologie, Cluny

Mais le meilleur n’est pas là : au pied du monument (on peut le dire) se trouvent les véritables fragments présentés sous vitrine et idéalement indiqués sur les cartels permettant un jeu d’aller-retour assez ludique entre les vitrines et la reconstitution. L’intérêt est à la fois de se rendre compte de l’échelle de l’un des plus grands portails romans de l’Histoire, tout en pouvant apprécier les fragments de près sous nos yeux. Et c’est là que l’on réalise le génie et la qualité de l’art (peut-être ne suis-je pas objectif mais qu’importe) de ces artistes inconnus du Moyen-âge. Ma préférence va, je l’avoue, à ce petit soldat endormi qui provient d’une scène des saintes femmes au tombeau du linteau qui parait si fin, si calme, si paisible, assez gauche et pourtant tellement moderne… Et tout cela à 10 mètres de haut.

Portail de l'avant-nef, Extrait du film « Maior Ecclesia », 2010 © Arts et Métiers ParisTech Cluny, Centre des Monuments Nationaux, on-situ

On notera aussi ce buste de Saint-Pierre, sans doute la pièce majeure de l’exposition mise en valeur sur l’affiche et qui vaut véritablement le détour, notamment pour les restes de polychromie qu’il est rare de pouvoir admirer.

Saint Pierre, Haut-relief provenant d'un écoinçon du grand portail, Cluny (Bourgogne), vers 1120, Calcaire avec traces de polychromie, Providence (États-Unis), Rhode Island School of Design, Museum of Art © Photography by Erik Gould, courtesy of the Museum of Art, Rhode Island School of Design, Providence

Enfin, vous l’aurez compris, j’ai été à la fois surpris et admiratif dans cette fin d’exposition qui constitue l’aboutissement d’un parcours progressif, bien pensé et qui met l’eau à la bouche. On sent le travail scientifique et historique sérieux qui a pu être fait à l’aide des nouvelles technologies, tout en restant dans une ambiance médiévale qui sied si bien à son écrin parisien qu’est le musée du Moyen-âge.

On a aimé :

– La pédagogie et la documentation de l’exposition

– La mise en scène

– La reconstitution qui vaut le détour

On a moins aimé :

– Les couleurs et matériaux de la reconstitution mais bon comme dit le proverbe ca ne se discute pas.

3 Réponses to “« Il est venu le temps de Cluny III »”

  1. Camille 3 avril 2012 à 19:28 #

    Merci pour l’article, très intéressant !

  2. Vivien 3 avril 2012 à 21:46 #

    Ca donne envie d’aller admirer ça !

    • Camille 4 avril 2012 à 21:15 #

      Oui moi aussi, je ne fréquente pas assez Cluny en ce moment *joke insid*

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