« C’est une bonne situation ça, scribe ? »

28 Mar

Le crépuscule des Pharaons, du 23 mars au 23 juillet 2012, Musée Jacquemart-André,

par Grégoire.

« Vous savez, je ne crois pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise situation ». Bon, je vous propose que l’on s’arrête là pour les répliques d’Astérix et Obélix Mission Cléopâtre… Un peu de sérieux. Ahh, l’Egypte ! Terre des momies, des pyramides, des scarabées et des chats, qui exerce sur nous cette fascination étrange, cette magie des sables qui, tout en semblant si proche, nous transporte des millénaires en arrière. Ne le niez pas : l’Egypte marche toujours très bien auprès du public. Suivez-moi dans la toute récente exposition « Le crépuscule des Pharaons » au Musée Jacquemart-André. 

Avant tout, petit point sur le Musée Jacquemart-André : commandé en 1868 à l’architecte Henri Parent qui s’inspire du Petit Trianon pour l’agencement du bâtiment, il abrite la collection qu’Edouard André, mari de l’artiste Nélie Jacquemart, se constitue. Surtout, prenez le temps de visiter entièrement l’hôtel particulier, car il renferme des oeuvres incroyables. Botticelli, François Boucher, Rembrandt, Fragonard et bien d’autres ornent ses murs

Revenons à l’exposition égyptienne, qui se déroule à l’étage. Tout d’abord, précisons que niveau muséographie, ça en jette. Du noir, de l’or, du relief, bref, les panneaux sont beaux. Les portes sont faites à la manière des portes égyptiennes en pierre, et un revêtement sur les murs nous donne parfois l’impression d’être dans les couloirs d’une pyramide. Ca fonctionne plutôt bien, vraiment. L’éclairage des vitrines est aussi saisissant, et révèle les oeuvres sous leur meilleur jour. Disons le : les moyens sont là

L’exposition cherche à montrer que les dix dernières dynasties égyptiennes sont dignes d’intérêt. Elle procède en quatres parties : le monde des vivants, celui des morts, le pharaon, être quasi-divin à la jonction avec les dieux qui occupent la dernière section. On nous présente un important échantillon de statues qui montrent la diversité des matériaux utilisés, des vêtements portés, des attitudes représentées, mais qui traduisent aussi toute l’habileté des sculpteurs dans la figuration du corps humain, notamment grâce à un travail important de polissage.

Statue-cube de Padishahededet, XXVIe dynastie, Musée du Petit Palais (en dépôt au Louvre) © Patrick Pierrain / Petit Palais

Statue debout fragmentaire dite « Dattari », XXXe dynastie
Brooklyn Museum, Charles Edwin Wilbour Fund © Brooklyn Museum Charles Edwin Wilbour Fund

Cette première section sur le monde des vivants nous présente aussi les différentes voies empruntées par les sculpteurs dans la représentation des visages, entre idéalisation et naturalisme. Devant cette « tête verte », je ne peux m’empêcher de penser à Messerschmidt… 

Tête verte de Berlin, Époque ptolémaïque (306-30 avant notre ère) Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Ägyptisches Museum und Papyrussammlung © SMB Ägyptisches Museum und Papyrussammlung

La seconde section sur le monde des morts, en rassemblant quelques ensembles funéraires, cherche à montrer quel luxe entourait les hauts dignitaires pour leur dernier voyage. On y trouve donc des tables d’offrandes, des stèles funéraires, des vases canopes (pour contenir les viscères), mais aussi des serviteurs funéraires, aussi appelés ouchebtis. Il s’agissait de fournir au défunt de quoi « vivre » dans l’au-delà. Est présenté l’ensemble funéraire du prêtre Ânkhemmaât d’Heracléopolis, avec son grand masque funéraire, mais aussi ses cohortes de serviteurs funéraires, petits personnages bleus qui ne manqueront pas de vous charmer

Cercueil momiforme d’Ânkhemmaât, IVe siècle avant notre ère, Collection privée, Paul Louis © D.R.

Masque funéraire d’Ânkhemmaât, IVe siècle avant notre ère, Collection privée, Paul Louis © D.R.

Stèle funéraire de Paesheres, XXVIe dynastie, Kunsthistorisches Museum, Ägyptisch - Orientalische Sammlung © Kunsthistorisches Museum, Vienna

Ouchebti de Psammétique fils de Sébarékhyt, XXVIe dynastie, British Museum © The Trustees of the British Museum

L’avant-dernière section de l’exposition s’attache à la figure du pharaon. En effet, cette période connait des bouleversements politiques majeurs : les pharaons sont libyens, égyptiens, kouchites, perses ou encore lagides. Ainsi, les têtes exposées, plutôt que d’être des portraits exacts de tel ou tel souverain, sont bien au contraire révélatrices de l’image que l’on s’en fait à l’époque

Statue agenouillée d’un roi kouchite offrant deux pots, Attribué à la XXVe dynastie (722-655 avant notre ère), Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Ägyptisches Museum und Papyrussammlung © SMB Ägyptisches Museum und Papyrussammlung

Tête de Ptolémée II, Epoque Ptolémaïque, Walters Art Museum © The Walters Art Museum, Baltimore

Enfin, l’Egypte est connue pour ses nombreux dieux, anthropo-zoomorphes. Vous savez tous de quoi je parle. Cette variété est accentuée dans l’Egypte tardive, à cause, nous l’avons vu précédemment, des origines géographiques diverses des pharaons. Cette salle nous présente des chefs-d’oeuvre exceptionnels, comme cet Amon en or, ou encore l’effigie de Bastet sous forme de chatte. Osiris occupe ici une place centrale, et est représenté sous plusieurs aspects, tout comme Bastet, qui peut être terrible et sanguinaire, ou à l’inverse protectrice. 

Statue fragmentaire d'Amon, Époque libyenne, vers 800 avant notre ère, New York, Metropolitan Museum of Art, Purchase, Edward S. Harkness Gift, 1926 © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN

Statue de Bastet sous forme de chatte dite « Gayer-Anderson Cat », XXVIe dynastie nationale probablement (664-525 avant notre ère), British Museum © The Trustees of the British Museum

Pour résumer, cette exposition offre, dans un cadre agréable, une belle sélection d’objets datant de ces dernières dynasties. Elle souhaite montrer la richesse de cette période, et en cela le « luxe » de la présentation joue beaucoup. Je dois vous avouer qu’au départ, ça commençait plutôt mal, car une (grosse) faute d’orthographe s’était nichée dans le deuxième texte d’introduction… Mais rapidement, les vitrines savamment agencées, les prêts internationaux de grande qualité, et le caractère abordable du propos m’ont très vite séduit, moi qui au départ ne suis pas un grand fan d’égyptologie. Les espaces ne sont hélas pas très grands, donc je vous conseille de vous y rendre dès l’ouverture, ou sur l’heure du midi. Par contre, vous n’échapperez certainement pas aux commentaires on ne peut plus pertinents de « madames » arrosées de Chanel N°5. C’est aussi ça, Jacquemart-André. Mais que voulez-vous. « Pas de pierre : pas de construction. Pas de construction : pas de palais. Pas de palais… Pas de palais. »

En bref, on a aimé :

– la présentation des oeuvres

– la qualité des oeuvres

– les collections permanentes

On a moins aimé : 

– la police utilisée pour les textes de l’exposition

– les espaces exigus (mais il faut faire avec, le musée le sait mieux que personne)

– les vieux qui se prennent pour des guides conférenciers 

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