« On ne badine pas avec l’amour »

20 Mar

Théâtres romantiques à Paris, collections du musée Carnavalet, du 13 Mars au 15 Juillet 2012,

Musée de la vie romantique, Paris.

Par Aurore.

Ce titre va peut être vous paraître bizarre, mais on parle bien d’amour et de théâtre alors si on ne parle pas de XVIIIe, ça me semble quand même bien trouvé. De quoi parlons-nous d’ailleurs ? D’un lieu paisible au cœur du IXème arrondissement parisien, et oui : c’est le musée de la vie romantique, et je vous recommande vivement d’aller y faire un tour.

Deux choix s’offrent à vous : déguster cheesecake et autres douceurs dans la petite cour ombragée, ou venir découvrir l’exposition et arpenter les salles de ce petit hôtel particulier. Pour la petite histoire, il appartenait initialement au peintre Ary Scheffer et autant vous dire que ce n’est pas nimporte qui : artiste en plein dans son époque, il initie la mouvance romantique dont il restera une des figures de proue. Mais ce n’est pas tout, Mr Scheffer était le professeur de dessin de Marie d’Orléans. Et je parle bien de la princesse, fille de Louis-Philippe, à la sensibilité artistique si développée et au talent de sculpteur reconnu. L’actuel musée de la vie romantique a donc eu tout le loisir de voir défiler le tout Paris artistique, jusqu’à ce qu’il soit possible, au XXème siècle, de reprendre les décors et présenter les collections permanentes du musée dans une reconstitution de l’ambiance du XIXe.

Le Théâtre des Nouveautés 1828 de Maurice-Sidoine Storez © Musée Carnavalet/Roger-Viollet

Vous voilà donc dans cette petite cour aux accents mélancoliques, ce que vous apercevez au fond ce sont les ateliers de Scheffer où sont aujourd’hui présentées les collections permanentes du musée. Mais, moi, je vous propose de me suivre dans l’exposition « Théâtres romantiques à Paris ». C’est en présentant les collections du musée Carnavalet que le « mvr » (pour les intimes, et ça y est nous en sommes) nous présente ce besoin d’évasion et de travestissement qui définit si bien la France Romantique : le théâtre.

Tiens donc, une bonne question : « romantique », oui mais c’est à dire ? La période romantique pourrait être datée (selon mon humble avis donc) de 1820-25 à 1850. La génération Y de l’époque est née au moment de la Révolution Française et a connu l’Empire, alors après tout cela, elle a envie d’autre chose, et elle va aller le chercher ailleurs. Et oui, le romantisme c’est ça : puiser dans la littérature, les voyages et le rêve, afin de reconstituer un univers fantasmé. Ça passe donc par la mode, le théâtre, la décoration etc. Mais ce bel esprit va mourir face au faste et au clinquant du Second Empire.

Le Mime Charles Deburau en costume de Pierrot de Jean Pezous ©Musée Carnavalet/Roger-Viollet

Le « Mvr » reconstitue pour nous les différents aspects de cette vie rythmée par le théâtre en tant que processus créatif, on découvre les projets de décors, les aquarelles des costumes, les portraits des acteurs, mais aussi les accessoires présentés dans des vitrines: des bijoux, des diadèmes ou encore des épées de théâtre. Le musée laisse volontairement de côté l’aspect « people » du théâtre, car si quelques acteurs de l’époque étaient bien des stars, il faut savoir que chaque sortie au théâtre et à l’opéra s’apparentait réellement à l’exercice du « red carpet » aujourd’hui. Il ne s’agissait pas de commettre des fautes de goût, d’être trop, ou trop peu apprêté, ou de trop se faire remarquer.

Fanny Elssler dansant la cachucha dans le "Diable boiteux" de Achille Dévéria © Françoise Cochennec. Musée Carnavalet/Roger-Viollet

Bon, le XIXème, par la force des choses c’est mon dada. Alors les portraits de Marie Taglioni (danseuse et cantatrice de l’époque) et les dessins de Dévéria restent pour moi des petits bijoux ! Quand je les vois, j’ai l’impression de retrouver des grands copains, comme à la maison donc ! J’aime les robes romantiques, les tailles corsetées ( !) et les amples jupes à volants. J’ai aussi craqué sur les décors de Philippe Chaperon. Au XIXème siècle, les inspirations sont partout : le Moyen-Âge, le XVIIIème, les chevaliers du XVIème siècle. Les romantiques rêvent, imaginent, créent (ou essaient). Alors on se soucie peu d’une quelconque « réalité historique », on mélange, on comble les lacunes, et on aime ça !

L’exposition, grâce à ses nombreux portraits, restitue parfaitement cet esprit foisonnant. On se laisse porter par ces drames, on suit ces personnages esseulés dans des décors effrayants, on voyage dans le temps et ailleurs. Le théâtre c’était un lieu privilégié, où les plus riches se croisaient, se toisaient. On vient confronter son savoir, briller dans ses toilettes fastueuses. En effet, c’est un peu contradictoire avec l’idéal romantique à la peau pâle, à l’esprit torturé et à l’instinct créatif, mais heureusement au milieu de ce cirque social, dans l’ombre, les vrais artistes composaient, écrivaient et révassaient pour tous les autres !

Décor de l'acte IV de Marie Thudor au théâtre de la porte St Martin en 1873 de Philippe Chaperon © Musée Carnavalet/Roger-Viollet

Alors, on y va pour s’imprégner de cette ambiance mélancolique où historicisme et exotisme sont partout. On aime la période, mais on reste un peu sur sa faim : une salle de portraits peints, une salle de projets de décor, une salle de gravure, le rythme est un petit léger.  Par contre, notre conseil : si vous avez des courbatures, ou un âge avancé, préparez-vous à grimper des escaliers parfois un peu effrayants, mais bon, je crois qu’ils y ont réfléchi. Et que si c’est là, ça ne doit pas être si dangeureux. Non ?!

On a aimé :

–       l’ambiance mégalo du XIXème, où on s’aime et on se scrute

–       les gravures de l’époque

–       le fond du musée Carnavalet exploité pour une présentation thématique

 

On a moins aimé :

–       la monotonie du propos

–      l’escalier en colimaçon

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