L’hebdo du Point C #19

4 Mar

 par Grégoire. 

Son de la semaine : « Fantasie » Impromptu, Op. 66 de Frédéric Chopin

Comme j’ai choisi de m’attarder plus longuement sur l’oeuvre de la semaine, je vais faire bref pour le son. Ce morceau a été écrit en 1835 et publié en 1855 contre la volonté de Chopin, mort en 1849. Et oui, un peu de classique, ça change !

Le départ est fantastique. Il impose directement son autorité, et prépare l’ouverture de cascades de notes très colorées. Ici la musique est liquide, et ressemble à un vigoureux torrent de montagne qui se brise sur les rochers mais trouve parfois du repos lors de sa course.

En écoutant ce genre de morceaux, je ne peux pas m’empêcher de me demander comment on peut arriver à mettre ça sur le papier, avec tant d’aisance. Et pourtant, c’est loin d’être, selon de nombreux pianistes, le plus compliqué. 

Les doigts dans le pif je vous le fais !

Oeuvre de la semaine : Autoportrait de Rembrandt 

Ces temps-ci, je suis plongé dans un ouvrage de Svetlana Alpers, intitulé l’Atelier de Rembrandt (1988). Quelques pages ont attiré mon attention sur cet autoportrait de l’artiste, daté vers 1660-1661 et conservé à Kenwood House à Londres. 

A cette période, Rembrandt utilise de plus en plus les possibilités matérielles de la couleur, et va jusqu’à travailler ses oeuvres presque comme des sculptures. Cherchez des photos en très haute résolution, vous verrez, c’est saisissant. Mais ce n’est pas ce qui retient mon attention ici. 

Regardez les mains de l’artiste, et surtout sa main gauche. Comment expliquer cette absence flagrante de détails ? Laissez-moi vous présenter la très séduisante réflexion de S. Alpers. Rembrandt s’est manifestement très souvent attaché à figurer la main, outil de travail du peintre. Pour Aristote (j’en vois qui froncent les sourcils, mais vous en faites pas, ça reste cool et abordable), la main n’est pas comme des griffes ou un sabot, à savoir un instrument spécialisé. Au contraire, c’est un instrument multiple car il peut en utiliser plusieurs. Selon le philosophe, c’est la raison, combinée à la main, qui a fait que l’homme a créé la civilisation. 

Regardons désormais la main gauche du peintre. On ne la voit pas, et elle est faite d’un assemblage de formes, à la manière d’une prothèse. Sa main gauche semble en fait remplacée par des pinceaux, une palette et un appui-main. « On a l’impression en réalité que Rembrandt a construit sa main à partir des instruments qu’elle employait pour peindre« . 

« Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance ou épée ou toute autre arme ou outil. Elle peut être tout cela parce qu’elle est capable de tout saisir et de tout tenir ». (ARISTOTE,  Les parties des animaux)

Qu’en pensez-vous ? Intéressant, non ?

 

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