L’Italienne au Funambule : les émotions sur la corde raide

28 Fév

Aurore vs. Grégoire.

Dimanche soir, nous sommes allés au théâtre. Et oui, très chers. Nous sommes allés au Funambule pour voir l’Italienne, pièce écrite par Eric Assous, mise en scène par David Garcia, et interprétée par Astrid de St Exupéry et Eric Rolland.

Cette fois-ci, nous nous y étions bien préparés, pour ne pas subir une deuxième fois les caprices d’une ligne 12 perturbée par un voyageur malade. Cher voyageur, si tu nous lis, on ne t’en veut plus, ne t’en fais pas. Arrivés devant le Funambule, nous sommes encore une fois charmés par le lieu : un petit théâtre intimiste en plein Montmartre, à la façade rouge couronnée par un Space Invader. L’accueil y est chaleureux, la salle fait l’effet d’un petit cocon. On sent que l’on va y passer une bonne soirée. D’autant plus que, il faut le dire (parce que nous en sommes fiers), nous y avons été invités. Chers amis, le Point C rentrerait-il dans la cour des grands ?

Août 2011, manufacture des Abbesses : L’Italienne est jouée pour la première fois. L’histoire commence quelques mois plus tôt, quand l’auteur propose à son ami, le comédien Eric Rolland, de jouer cette pièce. Ecrite depuis plusieurs année, elle sommeille sagement au fond d’un tiroir. 2011, l’année de tous les risques, Eric Assous questionne sur les problèmes de l’amour, mais aussi sur les limites du théâtre, de la fidélité, de l’amitié. Autant vous dire, tout un programme ! Ils contactent aussitôt la pétillante Astrid de Saint Exupéry. Les répétitions s’enchaînent et l’aventure aboutit à la fin de l’été 2011. Les trois compères créent alors la Compagnie des Petits Joueurs (que vous devez suivre dès à présent sur facebook !). Un conseil, ne les perdez pas de vue : il est déjà en projet qu’ils jouent à Avignon, au fameux théâtre La Luna, en Juillet prochain avant de parcourir la France en caravane. A noter donc ! Si le texte d’Eric Assous surprend toujours par sa justesse et son acuité, la mise en scène de David Garcia lui donne une nouvelle dimension. Il avoue lui-même avoir misé sur une « mise en scène cinématographique ». Il fait alors peu appel aux rouages traditionnels du théâtre (avec seulement deux monologues) et se joue de la chronologie de la pièce. Des flash backs habiles qui perdent le spectateur, juste ce qu’il faut pour le faire douter : et si tout ce qu’on croit ressentir n’était pas si simple ?

Mais revenons à nos moutons : l’Italienne. Hommage à Claude Barzotti ? Ode à Frédéric François ? (heureusement) Non, rien de tout ça. Au théâtre, une italienne désigne le fait de se donner la réplique sans y mettre les émotions. « Les émotions » : retenez bien ce mot, on y reviendra très vite. BREF, en gros, l’Italienne c’est l’histoire d’un homme (Franck) quitté par sa femme (Muriel), et qui souhaite mettre en scène sa rupture. Pour cela, il décide d’engager une jeune actrice pour jouer le rôle de son ex-femme. Mais les répétitions se succèdent, et la frontière entre réalité et fiction se fait de moins en moins nette : peut-on vraiment jouer l’amour (ou le désamour) sans le ressentir ? Rassurez-vous (ou pas), c’est en fait bien plus compliqué que ça.

Astrid de St Exupéry et Eric Rolland interprètent avec force les personnages. Engueulades, doutes, rires, les émotions se suivent et ne se ressemblent pas. Premier bon point. Ils arrivent, dans un décor minimaliste, à développer une action riche et intéressante. Les problèmes que vivent les personnages nous parlent. Nous savons tous de quoi il s’agit, et la proximité (rendue à la fois par le lieu mais aussi par la mise en scène) nous rendrait presque mal à l’aise. Parfois, on ne sait pas trop où se mettre, comme quand, lors d’un dîner, un couple s’engueule assez violemment. Mais d’un autre côté, on aime ça. Deuxième bon point. Au fond, nous sommes tous un peu voyeurs, non ?

Il serait inutile que nous vous racontions en détails la pièce : mieux vaut vous laisser l’entière surprise. Mais il reste quelques petites choses à dire. Après la pièce, nous avons rencontré les acteurs et Pierre (sans qui tout cela n’aurait été possible) autour de quelques verres (plus ou moins alcoolisés, soulignons le). Déjà, Astrid et Eric nous ont confié qu’ils étaient malades. Chapeau, car ça ne s’est pas du tout vu sur scène. Après quelques gorgées pour se réchauffer, les langues se sont déliées, et chacun y est allé de son interprétation. Or il se trouve que la rédac’ du Point C ne parle pas d’une seule voix. Pas sur le fait d’avoir aimé ou non, car vous l’avez compris, nous avons passé un TRES bon moment. Mais la pièce a suscité chez nous des réactions différentes, surtout par rapport aux personnages.

Voici donc nos avis respectifs… FIGHT !

Aurore : D’ores et déjà, sachez que l’on est tout à fait d’accord sur le fait que l’on a été troublé. Eric et Astrid sont justes et nous font prendre conscience de la fragilité des rapports entre hommes et femmes. Et manifestement, de leur ambigüité. Car si les acteurs incarnent deux comédiens en plein travail, c’est bien de la nature humaine dont on parle. Dans la salle, on sent le public, tour à tour surpris, choqué, ému, et j’en passe. Chacun y voit et y comprend ce qu’il veut, alors qu’en retenir ? Levez-vous, aimez-vous et hurlez-le. Loin des stéréotypes et de la facilité, la pièce nous met face à nos contradictions et nos envies secrètes.

Vous l’aurez remarqué, c’est une fille qui vous donne son avis ici, alors les filles suivez-moi ! On a, en effet, aucun mal à s’identifier à cette comédienne pleine de fraicheur et d’espoir (oui on est toutes comme ça, non ?) qui, en même temps, révèle la part sombre qui sommeille en nous. Le doute, la peur de l’abandon, le besoin d’être rassurée. Oui d’accord, mais attention les filles à rester maitresses de vos sentiments. Quant à Muriel, le personnage de la pièce dans la pièce, c’est LA méchante (en tout cas pour moi !). Infidèle, elle laisse un amoureux désemparé et lui reproche de ne pas la retenir. Et elle s’est bien gardée de formuler cette envie à voix haute : et oui, pourquoi faire simple si on peut tout compliquer ? C’est subtile, profond et juste, et j’ai adoré me balader dans la tête de ces personnages vrais et paumés. Une vraie bouffée d’air frais !

Et si l’herbe n’était pas plus verte ailleurs ?

Grégoire : Perso Aurore, il y a beaucoup de choses dans ton avis qui me laissent perplexe… Pour moi, le personnage féminin a beau être la méchante, n’empêche que le mec, c’est pas une lumière. Je m’explique. D’accord, elle est infidèle. D’accord, elle n’y va pas avec le dos de la cuillère quand elle parle de ses expériences sexuelles avec son amant. Mais lui, fait-il quelque-chose de concret ? Lui prouve-t-il son amour par tous les moyens ? Il me semble lent, si bien que je tends à croire que malgré toutes les vacheries qu’elle lui inflige, Muriel se sent incroyablement libre. Après 5 ans de vie commune avec un mec si peu actif, on imagine bien qu’elle ait eu envie d’un peu de neuf (pour reprendre une réplique…).

Bon d’accord, ça doit pas faire du bien de se faire larguer comme ça… Mais bon, n’empêche qu’il tombe dans le cliché de la catharsis : l’homme trompé, blessé dans son ego, devient revanchard et souhaite réécrire l’histoire pour mieux s’en débarrasser. Mais s’en débarrasse-t-il vraiment ? Il reste très centré sur ses émotions à LUI, sans tenir compte des dommages émotionnels collatéraux que les répétitions entraînent. La meilleure preuve réside dans le prénom de l’actrice qu’il engage : vous le découvrirez par vous-mêmes, je ne vais quand même pas vous donner toutes les cartes ! Selon moi, ce narcissisme évident ne peut que faire pencher la balance du côté du (multiple) personnage féminin. ET PAF !

Reprise le 14 Mars, du Mardi au Dimanche, 20h au Funambule.

Tarifs : Entre 10 et 20€. Vous pouvez réserver ici (entre autres!).

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  1. L’une et l’autre l’aliènent | N'importe moi - 5 décembre 2012

    […] compagnie Les Petits Joueurs fait L’Italienne cinq soirs par semaine sur la scène du Théâtre du Funambule à […]

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