« Eléphantastique ! »

22 Fév

Les histoires de Babar

du 8 décembre 2011 au 2 septembre 2012

Musée des Arts Décoratifs, Paris.

par Grégoire.

Cette année (scolaire, entendons-nous bien), j’ai l’impression de redevenir un gosse. Rappelez-vous, j’ai été on ne peut plus enthousiaste pour Des Jouets et des Hommes… Mais que m’arrive-t-il ? Ou plutôt, serait-ce tout simplement dans l’air du temps de reconsidérer le pouvoir des jouets, ou plus généralement d’explorer le monde de l’enfance ? Personnellement, je ne suis pas un « fan » de Babar. Les animaux qui parlent, moi, je trouve ça louche. Francklin et ses potes me foutent les jetons. Je vomis Garfield. Mais Petit Ours Brun et Père Castor, ça passait encore. Bref, j’ai voulu savoir ce que ça me ferait de me retrouver au milieu d’éléphants en costard et en robe, alors je suis allé aux Arts Décos. 

Les Arts Décoratifs un dimanche après-midi, ça fait un peu peur au départ. On sort du métro, et on voit une file d’attente qui court tout le long de la rue de Rivoli, et ce jusqu’aux Tuileries. Mais on s’accroche, et on devient stratège : comme vous l’a dit Aurore dans son article sur les trompe-l’oeil, si vous avez moins de 26 ans et que vous êtes polis vous pouvez passer sans problème. Une fois au chaud et débarrassé de mes affaires, je peux enfin commencer mon expérience muséale (hum hum). Tout d’abord, il fallait s’y attendre : c’est plein de gosses. C’est normal, et ça participe du truc. Avec très peu de textes, des cartels très bas et une muséographie très simple (ce qui est loin d’être un reproche, contrairement à « simpliste »), l’exposition s’adresse avant tout à un très jeune public. Accompagné de jeunes parents, cela va de soi. 

Scénographie de l’exposition © Les Arts Décoratifs. Photo : Luc Boegly

Des couleurs variées, un éclairage neutre, du multimédia… Tout est fait pour rendre la visite agréable et active. Point de grands panneaux explicatifs. A quoi bon ? Le parcours n’est pas long : on peut y rester 30-40 min sans aucun problème. 

Scénographie de l’exposition © Les Arts Décoratifs. Photo : Luc Boegly

Mais que présenter dans une exposition sur Babar ? De tout : des peluches, des albums, des costumes, des extraits de dessins animés, des planches, des esquisses, des aquarelles, des jeux vidéos… Il serait inutile que j’énumère tout ici, et ce serait vous gâcher votre probable visite. Néanmoins, revenons un peu sur le sujet de l’exposition : l’éléphant en costume vert appelé Babar. L’aventure commence en 1930. Un soir, Laurent et Matthieu de Brunhoff écoutent leur mère Cécile leur raconter l’histoire de l’arrivée en ville d’un petit éléphant qui a fui la jungle suite au meurtre de sa mère par un (vilain) chasseur. Jean, mari de Cécile, a vent de cette histoire, et décide de la mettre en images : l’album sort en 1931. Jean décède en 1937, et c’est un de ses deux fils, Laurent, qui reprend le flambeau et fait de Babar le succès commercial qu’il est aujourd’hui. Les albums retraçant les histoires de l’éléphant en costard vert, traduits en 27 langues et diffusés dans 167 pays, se sont vendus à plus de 13 millions d’exemplaires. Pour info, la saga Harry Potter est diffusée dans 140 pays. Bon ok, avec 420 millions d’exemplaires, mais quand même, Babar a plus de visas sur son passeport

Babar et sa famille, 1991 Idéal Loisirs, fabricant Vinyle floqué H. 12 cm Paris, Les Arts Décoratifs, inv. 991.540.1-1 © Les Arts Décoratifs. Photo : Jean Tholance

Pour info, la planche de la mort de la mère de Babar est visible à l’expo… Que d’émotion ! Eh oh ! On se ressaisit ! Après tout, il est arrivé la même chose à Bambi… En gros, l’ensemble fonctionne bien. Je me surprends même à vouloir faire le meilleur score sur un des jeux vidéos proposés (Badou est en montgolfière, et doit éviter les nuages, tout un programme), alors que des gosses attendent que je libère le poste, sous l’oeil interrogateur de leurs parents. Mention spéciale pour les super tabourets-ressorts très confortables

Jean de Brunhoff, épreuve pour la couverture de Babar et le Père Noël, mise en couleurs par Laurent de Brunhoff, 1941 H. 19 ; L. 23,4 cm New York, Mary Ryan Gallery © DR

Bon, on a bien parlé des avantages pour les moins de 10 ans, mais ça ne nous avance pas beaucoup ! Pourquoi aurais-je alors envie de vous inciter à aller aux Arts Décos ? Tout d’abord parce que cette exposition est vraiment une petite pause à côté des nombreuses autres qui se veulent intellectuelles, ou plutôt intellectualistes, alors qu’elles ne proposent que du vent. On avance, tranquillement, on regarde, on apprend, et tout cela en douceur. Même si les gosses font du bruit, les dessins sont étrangement apaisants. La ligne est claire, les couleurs sont disposées en aplats, ce qui donne un résultat qui pourrait sembler au départ naïf, mais qui est vrai, sincère, et assez touchant.

Laurent de Brunhoff, aquarelle originale pour les pages de garde de Babar et le livre des couleurs, 1984 H. 35,5 ; L. 56,5 cm New York, Mary Ryan Gallery © DR

Vous le verrez de vos propres yeux : ces aquarelles ont un sens esthétique certain. Celle du dessus m’a même poussé à en acheter des reproductions à la boutique ! Pour ceux qui douteraient de la sensibilité artistique du créateur, que pensez-vous d’une version revisitée du Déjeuner sur l’Herbe de ManetÉpatant, non ?

Pour conclure, je tiens à vous dire que cette exposition vaut vraiment le coup. Elle regorge de petites pépites, et rend hommage à l’une des créations françaises les plus célèbres. Même si l’on a un peu mal au dos en sortant (à force de se baisser pour lire les cartels), on en ressort surtout apaisé, l’esprit coloré et peu soucieux de savoir si l’on va ou non louper son métro. Le passage à la boutique est indispensable : cartes postales, gommes ou mugs vous feront de la gringue, et il sera difficile de résister. On a vraiment l’impression d’avoir vécu quelque-chose d’authentique, et on est presque triste de voir que la folie de l’image de synthèse a réussi à contaminer l’éléphant tout de vert vêtu… 

Alors, embarquez pour un voyage rapide au pays des éléphants qui parlent !

Laurent de Brunhoff, planche originale pour Babar sur la planète molle, p. 27, 1972 H. 32,5 ; L. 25 cm New York, Mary Ryan Gallery © DR

Voici ici le premier épisode, le « Babar Begins », ou le « Babar Origins », pour reprendre la mode des films de super-héros…

En bref, on a aimé :

– la scénographie

– la ligne et les couleurs des dessins des Brunhoff

– les jeux vidéos (n’ayez crainte, Badou a réussi a passer au travers des nuages)

On a moins aimé :

– Babar en images de synthèse

– les cartels trop bas mais c’est le jeu, il faut s’y plier (pour ne pas faire de jeu de mots)

– et c’est tout !

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