Panique sous chapiteau

15 Fév

Par Baptiste.

Bon d’accord ! J’admets avoir tenté un titre un peu faible (ndlr : qui ne sera pas révélé). Mais qui n’a pas pensé à René, ce chanteur à la gloire éphémère, en voyant le titre français de ce film ? Avouez le, je ne suis pas le seul ! Bref, reprenons notre sérieux, on parle des Services Secrets de Sa Majesté quand même. Un peu de respect s’impose donc. « La Taupe » (difficile de s’y faire, non ? toujours pas ?) ou « Tinker Tailor Soldier Spy » comme le disent les anglophones (en référence à une comptine pour enfants) est l’adaptation du premier volet de « La Trilogie de Karla » écrit par un ancien espion, John Le Carré (The Tailor of Panama, The Constant Gardener, La Maison Russie…).

Ce film est le deuxième du réalisateur Tomas Alferdson, après le film de vampire « Morse », encensé par la critique. Là encore, un titre animalier pour le moins étrange, bien sûr sans aucun rapport avec le mammifère marin. Mais qu’ont donc les traducteurs avec ses films ? Pour des raisons évidentes, on lui préférera son titre originel : « Let the right one in ». Attention à ne pas le confondre avec le remake américain, fait peu de temps après la sortie de l’original.

Ajoutez à cela des critiques dithyrambiques de partout dans le monde, des nominations aux BAFTA, aux Oscars et j’en passe, un teaser qui envoie et un casting 5 étoiles : « La Taupe » semble nous promettre un grand moment de cinéma. Car ce sont bien Gary Oldman (Léon, The Dark Knight), John Hurt (Melancholia, Indiana Jones 4), Colin Firth (Le Discours d’un Roi), Tom Hardy (Bronson, Inception), Mark Strong (Sherlock Holmes, Robin des Bois) auxquels s’ajoutent Toby Jones (Tintin, Captain America), Ciaran Hindis (Munich, Harry Potter 7) et Bennedict Cumberbacht (la série TV Sherlock) qui sont réunis ici pour l’occasion. On pourrait vous dire que cela manque de présence féminine, mais nul besoin de le dire : l’espionnage est un monde d’hommes (!).

Franchement, tout ça à l’air « taupe », non ? (ndlr : applaudissements pour cette vanne, svp !).

Synopsis :

Suite à l’assassinant d’un de leurs agents lors d’une mission, les services de renseignements britanniques sont persuadés qu’ils ont été infiltrés par un agent Russe : une Taupe. George Smiley (Gary Oldman), agent secret à la retraite, est chargé de la débusquer.

Verdict :

Bien que le film ne compte pas de beaux gosses notoires, Aurore est passée par là et a voulu partager son expérience. Promis, juste après, je reprends les rênes de cette critique.

Certes, pas de jeunes éphèbes ici, mais une brochette de britanniques, ça ne se refuse, mais alors, jamais ! Donc : nous voilà transportés en pleine Guerre Froide. L’Est et l’Ouest s’affrontent, le monde est partagé, les plus puissants sont suspicieux. Et ils ont raison. Tout le monde surveille et est surveillé. Jusque là, vous comprenez, tous, ce que je dis, et si le film ce n’était que ça vous auriez très bien compris aussi. Mais (malheureusement, ou pas) le film est bien plus compliqué. Soyons positifs d’abord : le film a un rythme très particulier qui reproduit bien l’enquête qui patine et les pistes qui s’embrouillent. En effet, retrouver « la taupe » qui, des plus hautes fonctions, espionne tranquillement l’Ouest et communique tout à l’Est, n’est pas une mince affaire. Le premier tiers du film est donc filmé de loin, comme si l’on se cachait. Les plans sont pris d’endroits où l’on n’est pas supposé se trouver (l’ascenseur à documents des services secrets de sa Majesté, entre autres), les dialogues se font rares. On ne sait pas, on ne dit rien. Au fur et à mesure du film, des meurtres, des révélations et des trahisons : le rythme s’accélère, les discussions aussi. Alors autant vous dire que pour suivre 2h d’enquêtes terriblement subtiles et complexes en VO (anglais & russe), à grands renforts de flash-back et autres jeux de montage tout aussi distrayants, il faut du courage. Il vous faut environ 1h50 pour comprendre les liens entre chaque personnages, leurs fautes et leurs mérites. Alors que le film se finit, vous vous rendez compte que vous avez loupé une étape. Mais laquelle ?

Vous allez être étonnés mais j’ai adoré le film en fait. Je voulais juste que vous soyez préparés pour l’aborder. Il faut savoir à quoi s’attendre. Mais cela reste incontestablement un film bien fait, où tout est pensé pour retranscrire l’état d’esprit des personnages. Vous êtes en tension, vous cherchez les indices, vous réfléchissez. Déconseillé donc après une longue journée de boulot, mais pour un vrai bon ciné de qualité, il est plus que recommandé. Mais j’en ai déjà trop dit : je ne pensais pas être à la hauteur pour parler du film sans connaître les codes des films du genre. Et j’ai bien raison. Alors je m’arrête là et je laisse à parole à Baptiste qui va vous donner son avis d’expert !

Je m’incline devant vous Aurore (digne descendante d’une Ursula Andress, Sophie Marceau, Eva Green… J’en fantasme !) pour qui le monde de l’espionnage n’a aucun secret. Je n’ai que peu de choses à ajouter, mais..

Le film respecte totalement l’œuvre de Le Carré, et l’ambiance paranoïaque de la Guerre Froide est là. On se croirait revenu dans « Les 3 jours du Condor », certains Hitchcock (« La Mort aux Trousses« ), « Raison d’État »… Le jeu des acteurs est impeccable : Gary Oldman en tête, qui réussit à nous tenir en haleine avec 20 lignes en 2h10, il faut le faire.

De plus, il ne ressemble en rien aux films d’espionnages que nous pouvons voir en ce moment. Ici, pas de gadgets à la James Bond (tout juste des verres triples foyers), pas de courses poursuites, ni de scènes d’actions (deux coups de feu pour tout le film). Pas non plus de James Bond girls. Nous avons tout le loisir de découvrir les activités d’un espion à la retraite : brasses dans un lac, changements de lunettes… Ou comment raccrocher après des années de tensions et d’enquêtes internationales ! Le film présente l’espionnage dans tout ce qu’il a de plus cru, les recherches, les archives, les enregistrements… Il s’agit d’un film d’ «espionnage administratif ».

Et c’est là, le « hic » du film. Non seulement la construction peut sembler confuse (on passe d’hier à aujourd’hui puis à avant-hier…), les noms de code pleuvent (parfois plusieurs par agents) mais l’ «espionnage administratif » peut s’avérer ennuyeux, surtout quand tous sont bien calés dans leurs fauteuils et se regardent en chiens de faïence. J’avoue, on a un peu envie de se lever et de dire « Allez les mecs, on dégaine, on s’affronte ». Mais la tension est bien là, on comprend que tout est beaucoup plus subtil qu’un duel à l’ancienne, et que tout doit être démêlé intelligemment. Parce qu’après tout, ne seraient-ils pas tous mouillés ? (Bien sûr, vous n’aurez la réponse que si vous allez voir le film, [oui nous avons des parts chez UGC]).

Au final, on a passé un très bon moment face à un film de genre, très peu exploité. Je prends même le risque de dire que ce film est mon premier coup de cœur de l’année. Alfredson et ses acteurs ont parfaitement adapté John Le Carré et la suite des enquêtes de George Smiley est d’ors et déjà en préparation, Gary Oldman ayant signé pour une suite (qui sera l’adaptation du troisième tome : « Les gens de Smiley »). On n’attend plus que Tomas Alfredson en fasse de même.

Edit : Lors de la cérémonie des BAFTA 2012, le film a remporté le prix du meilleur scénario adapté et du meilleur film britannique. Fair enough !

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