Orsay impressionne !

21 Jan

par Aurore.

Je n’aurai pas le culot de vous dire que cet article est le scoop de l’année. Vous le savez sûrement, Orsay a changé. Totalement. Ils ont tout revu, comme ils disent. Et moi, je suis donc retournée voir ce que j’avais déjà vu. Mais différemment.

Fin Septembre, la nouvelle tombe : le musée d’Orsay rouvre ses espaces dédiés aux impressionnistes et post-impressionnistes. Tout cela sur fond d’une campagne de pub très critiquée et d’une muséographie assez novatrice. Alors je vous propose de me suivre dans ce nouveau musée, autour des nouveaux accrochages, des fonds colorés et du tout nouveau parcours. Vous pourrez alors découvrir mes impressions, mais aussi celles des visiteurs qui m’entouraient (et pas des moindres). On traverse la Seine, on marche, on fait attention à ne pas se faire écraser. Vous êtes face à un grand taureau de bronze, alors ça y est vous y êtes, bienvenue au musée d’Orsay.

Inévitable : mais Orsay, c’est quoi ? Les enfants, Orsay c’était une gare avant (non tout le monde ne le sait pas !). Donc pour les trois du fond qui n’écoutent jamais : Orsay c’était une gare qui assurait le transport des voyageurs notamment jusqu’à Orléans. Elle est construite pour l’exposition universelle de 1900. Mais la Seconde Guerre Mondiale et le développement de la gare de Paris-Austerlitz vont accélerer son abandon. Elle est délaissée, et la question de son remploi ou de sa destruction se pose rapidement. Mais c’était sans compter les années 1970-80 et leurs grands projets consacrant Paris en ville du Patrimoine. Le XIXème siècle est à la mode et Valérie Giscard-d’Estain sauve la gare de la destruction pour en faire le temple de l’art du XIXème. Le cœur patrimonial de Paris se confirme avec les grands travaux du Centre Pompidou et du Louvre. 1848 est la limite qui répartit les collections entre le musée du Louvre et le musée d’Orsay. Et après 1914, rendez-vous à Pompidou.

Aujourd’hui le musée d’Orsay c’est 2 239 050 entrées par an en moyenne entre 1994 et 2003, mais aussi 2 985 510 visiteurs en 2010, soit un total sur 24 ans de 66 730 187 visiteurs. C’est pas moi qui l’invente, c’est le musée qui le dit !

Alors le « Nouvel Orsay », c’est quoi ? Excellente question, à ce sujet voilà ce que nous annonce le musée « A l’approche de la fin de l’année 2009, le musée d’Orsay entreprend la rénovation muséographique de ses salles impressionnistes et post-impressionnistes situées au dernier étage, ainsi que des quatre étages du « Pavillon Amont » qui y donne accès. Mieux mettre en valeur les œuvres, accroître les surfaces d’exposition et le confort des visiteurs, assurer une meilleure fluidité de la circulation et une meilleure sécurité, tels sont les principaux objectifs des travaux qui s’échelonneront sur toute l’année 2010. L’éclairage et les couleurs des cimaises seront particulièrement travaillés. Ce sera aussi l’occasion de revoir le circuit de visite et de lui donner une nouvelle cohérence ».

Alors le nouvel Orsay, c’est tout ça, et ce n’est pas peu dire !

En bonne élève que je suis j’ai voulu vivre l’expérience à fond. J’ai suivi toutes les flèches, lu tous les panneaux : 100% Orsay. J’ai passé la muséographie au peigne fin : accrochages, cartels, boutiques, restaurants, distraction, pauses. Tout y est passé.

Vous entrez dans le musée, vous êtes en haut des escaliers et toutes les œuvres s’offrent à vous : si, si, vous voyez l’allée centrale et ses sculptures de la deuxième moitié du XIXème. Votre cœur s’emballe, vos yeux piquent : l’aventure va être intense mais magique ! C’est parti ! Vous avez donc le choix entre quatre thèmes, sur votre gauche, les modernes et le début de l’impressionnisme ainsi que l’art des salons, sur votre droite les post-impressionnistes et le symbolisme. Première remarque ? C’est clair, c’est chronologique, c’est accessible. Accrochez-vous, ça va être comme ça tout le long : le Nouvel Orsay est pédagogique !

Je commence donc chronologiquement par… les débuts de l’impressionnisme pardi ! Ce qui compte dans ces nouveaux aménagements ce sont les couleurs : cette première section est entièrement sur un fond vert bronze, et à la fin un immense Puvis de Chavannes est sur un fond rouge intense. Le contraste opère, l’émotion prend. Bien joué Orsay !

L'origine du monde - Gustave Courbet - 1866 © RMN/Orsay

« L’art des salons » s’ouvre sur des grands formats et sur l’orientalisme. S’y côtoient alors les lumières irréelles et le rêve face à une nature sauvage et menaçante. Ici, c’est un violine brun qui fait ressortir les toiles. L’art des salons, c’est l’académisme : une manière qui reprend les sujets traditionnels tels que les thèmes de la Bible ou de l’Antiquité et les traite dans des formes et un style stables. On retrouve bien sûr Alexandre Cabanel, mais surtout si l’on passe une salle vert d’eau (et vide !) on entre dans l’esprit tourmenté et foisonnant de Gustave Courbet. Et c’est là que mes visiteurs m’aident à vous retranscrire ce que ce nouvel accrochage veut dire : l’Origine du monde de Courbet, incontournable donc. J’y croise des adolescentes ricanant devant le tableau « c’est marrant » « c’est super bien fait » « il est trop fort ce tableau en plus il est au milieu ». Il manque les rideaux qui masquaient le tableau dans le cabinet de son commanditaire original, mais même sans cela Courbet atteint son but : avec l’aide du musée, il touche, il intrigue, il fascine, il dérange, il parle.

Henri Gervex - Une séance au jury de peinture - 1885 © RMN/Orsay

Le vert d’eau (assez audacieux, si ce n’est carrément kitsch) est repris dans la salle suivante : les arts décoratifs du Second Empire. Il accueille donc l’éclectisme à son sommet, les formes, les matières, les couleurs, les motifs s’accumulent et se côtoient. On ressort vite et on tombe sur trois grands formats dont la Naissance de Vénus de Cabanel et la Séance du jury de peinture de Gervex, sans cadre. Majestueux mais bizarre. Avant de monter, une immense salle peinte dans un violet profond accueille les grands formats de Courbet dont la présentation exceptionnelle du Combat des cerfs. Une banquette ronde au centre de la pièce vous permet de faire une pause et d’admirer. Là, je croise un ado du même groupe que les premières : « c’est beau ici, imagine quand c’était une gare ». La vérité sort de la bouche des enfants (des ados moins souvent, mais pour le coup là ça marche).

Le combat de cerfs - Gustave Coubert - 1861 ©RMN/Orsay

Une heure est déjà passée, vous vous apprêtez à prendre quatre escalators, comptez donc environ 2 heures pour les monter (interminable !). Avant d’entrer dans la galerie des impressionnistes vous pouvez profiter du nouveau panorama sur le musée. Magique ! Mais surtout, une boutique. Quoi de plus utile dans votre compréhension de l’art du XIXème siècle que des torchons et des magnets ! Les horloges sont exploitées, et la vue sur Paris est éblouissante. Mais attention : pas de photo !

Je ne vais pas vous décrire toutes les salles. Simplement, les impressionnistes sont présentés sur un fond violet gris (je vous laisse recréer mentalement cette couleur). Ce qui vous donne l’impression de plonger dans les couleurs des peintres. Sept salles se suivent, et je vous le redis : le nouvel Orsay est pédagogique. Si vous ne connaissez rien à la peinture du XIXème siècle, je suis sûre qu’en faisant ce nouveau parcours vous en aurez compris les grandes lignes, les débats, les tensions et les recherches. Mais la présentation, l’éclairage et les fonds donnent une telle profondeur aux œuvres que je pense que les spécialistes auront aussi loisir à scruter les moindres détails de ces chefs-d’œuvres. Des origines aux sources du XXème en passant par le Paris moderne, Cézanne ou les cathédrales de Monet, laissez-vous porter par le chef-d’œuvre face à vous dans chaque salle, tout en explorant les séries sur les murs latéraux.

Les coquelicots - Claude Monet - 1873 © RMN/Orsay

Il est temps de faire une pause (comprendre : de donner des sous au musée pour pouvoir vous asseoir), voici donc le restaurant créé par les frères Campana. Vous êtes dans 20 000 lieues sous les mers, rêvez.

De nouveau, 2 heures d’escalators, et encore un restaurant. Vous pouvez faire une pause dans chacun si vous êtes super riche ! Les post-impressionnistes sont illustrés par Van Gogh à Arles et Gauguin en Bretagne. Leurs couleurs et la géométrie de leurs motifs explosent sur un fond bleu canard. Notamment la Méridienne de Van Gogh qui laisse sans voix. Hors de ces salles, dans le circuit parallèle, le musée présente des sculptures sur un fond bordeau et un socle gris. Puis ce sont les néo-impressionnistes où les cadres blancs créent une rupture avec le fond bleu et vert d’eau. On redescend et on traverse les galeries des nabis, les salles de Toulouse Lautrec, puis le symbolisme. Bleu, vert, gris, on retrouve les mêmes couleurs mais toujours agencées de manière novatrice et dynamique. Le parcours se referme sur les œuvres de Gustave Moreau.

La méridienne - Vincent Van Gogh - 1889-90 © RMN/Orsay

Les salles se succèdent, les couleurs s’alternent : l’œil ne se lasse pas. Il est sollicité par les couleurs des œuvres, mais aussi l’ambiance et l’aménagement des salles qui créent un rythme permanent. Si les cartels ne changent pas et restent un peu petits à mon goût (les visiteurs se plient en deux pour les lire), les œuvres semblent parler d’elles-mêmes.

J’ai adoré le voyage que propose ce nouvel Orsay. Les couleurs sont profondes, elles créent une tension et une unité d’espace. Pourtant elles ne monopolisent pas l’attention : elles donnent de la profondeur aux œuvres qu’elles accueillent. Les collections du musée ont été entièrement réaménagées, chaque œuvre a une place spécifique qui s’explique par les possibilités de présentation qu’elle offre (profondeur pour regarder un grand format) mais aussi par les œuvres qui l’entourent et qui lui donnent du sens.

Orsay, plus que tout autre musée (à mon sens) a un propos extrêmement ciblé,  et il est ici mis en espace de manière claire et simple. J’encouragerai tout le monde à aller à Orsay, novices comme habitués des musées.

Et pour ceux qui veulent prolonger l’expérience de cette touche vibrante et des couleurs dansantes du XIXème siècle, rendez-vous à l’Orangerie de l’autre côté de la Seine, où vous vous noierez dans les Nymphéas de Monet, mais vous retrouverez aussi ces fonds colorés qui semblent annoncer le futur des musées d’aujourd’hui.

2 Réponses to “Orsay impressionne !”

  1. Pao 21 janvier 2012 à 20:49 #

    Très bel article (mais les fautes …)

    • cestlepointc 21 janvier 2012 à 21:15 #

      Merci beaucoup ! 4 fautes ont été corrigées🙂 ! Dans notre fougue « publicatrice » (à ne pas compter comme une faute), certaines coquilles nous échappent !

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