L.O.V.E. feat. Beigbeder

19 Jan

par Aurore.

Si vous avez détesté 99F et si vous ne tremblez pas à chaque fois que vous repensez à la scène de l’ascenseur dans Drive, inutile d’aller plus loin dans cet article : n’allez juste pas voir « L’amour dure trois ans ». Vous êtes la bonne cible si vous êtes torturé, égocentrique et complètement paumé. Pas super exigeant aussi.

J’avoue, j’avais acheté le livre : « l’Amour dure trois ans », quoi de plus péremptoire et déprimant que ça. Mon Graal en somme. Mais je ne l’ai pas lu, non, il m’a rapidement été piqué par une copine encore plus déprimée et pressée de voir sur papier la consécration de ses convictions désabusées. Je n’ai donc jamais lu le livre. Mais ma conscience desanchantée lui a survécu, et quand j’ai vu que le film sortait, j’ai eu des frissons : « l’Amour dure trois ans », paradigme incarné par un petit brun au grand nez et une grande blonde pétillante. Je rêvais déjà. Pas pour longtemps.

Je n’ai jamais lu Beigbeder : je ne suis pas totalement contre le personnage, mais je suis assez fascinée. Par sa capacité à être lui coûte que coûte, à n’en avoir rien à secouer de rien, à avoir l’applomb de dire et de faire n’importe quoi. Et j’ai adoré « 99F ». J’y ai retrouvé cette liberté, l’absence de limites, le délire, le fantasme. J’ai aimé le bordel qu’était ce film, et chaque fois que je le vois je pars en soirée juste derrière : malgré tout, ça me donne envie de m’éclater. Avec « l’Amour dure trois ans », Beigbeder signe son premier film. Pour resituer l’action par rapport au bouquin, je viens d’aller sur le site de Première et j’y ai lu une critique dithyrambique, mais je n’aurai pas dû. Je poursuis : donc Beigbeder, égocentrique notoire et écrivain maudit, devient réalisateur, intrigant. Il faut savoir que le film n’est pas le livre en fait : c’est ce qui en découle, ce qui se serait passé autour. C’est ce que je cherchais sur le site de Première, mais je l’ai trouvé au détour d’un café. 

Synopsis :

Marc Marronnier (Gaspard Proust) épouse Anne (Elisa Sednaoui). De cet amour passionnel et intense nait un divorce, et dans les règles de l’art s’il vous plait : elle admet qu’ils ont commencé à se détester il y a déjà longtemps, alors qu’il demande si « on peut faire appel ». Il rentre chez lui déprimé et décide d’écrire un livre : « l’Amour dure trois ans ». Mais entre temps, il a rencontré la femme de son cousin (Nicolas Bedos), Alice (Louise Bourgouin). Avec elle, la vie a un goût de goyave (ou de papaye), mais la sortie et le succès de son livre vont venir remettre en question cette nouvelle histoire.

Le film se divise en quatre chapitres. Mais surtout il s’ouvre sur un ramassis de clichés, de niveau international. Marc et Anne jouent comme des enfants dans un parc, les premières minutes sont donc intenables, mais finalement ces scènes parfaites se transforment en scènes du quotidien plus que banales, puis en scènes de fin d’amour carrément glauques. Vous venez de voir, en quatre minutes, une histoire d’amour selon Beigbeder : efficace, intense et sans appel. Première nous dit à ce sujet « {il} assume les clichés pour mieux les passer à la moulinette de l’absurde ». Pour ce début, c’est un fait, je suis d’accord avec eux. Mais pour la suite du film, le cliché reste bien présent et il n’est pas tant balayé que ça. Il est plutôt bien assumé. J’ai aimé Gaspard Proust. Non, je devrais plutôt dire : j’aime Gaspard Proust, je l’aime comme comique et comme gueule, mais Gaspard Proust en resucée de Frédéric Beigbeder, c’est un peu décevant. J’ai préféré la version Jean Dujardin. Louise Bourgouin est un autre cliché : celui de la fille incroyablement libre, fun et vive. Avec elle, on le voit bien, la vie n’a plus le même goût. Désolée mesdemoiselles, vous faites partie comme de moi de la deuxième moitié de la terre : avec vous la vie est plutôt cool mais reste normale. Non, avec Louise/Alice, on passe dans le domaine du rêve, elle vous embrasse sans vous prévenir, elle trompe son mari à tour de bras. Elle est pleine de vie, et elle le lui rend bien. Si quelqu’un rencontre une fille comme ça, merci de me faire signe, que je règle le problème de mes mains !

Verdict :

Le décor est posé : une histoire d’amour entre un dépressif chronique et l’effrontée du quartier. Je pense donc que le film reste assez tâtonnant. Si certains y voient une proposition vraiment originale, moi je vois un film d’amour traditionnel avec ses louches de clichés, de regards humides et de bisous avec une caméra qui tourne autour. Et si. Mais moi c’est pas mon problème ça : moi j’aime ça ! Par contre j’aime moins le côté Beigbeder qui s’aime, qui se parle à lui même et qui met en avant les phrases fabuleuses de son fabuleux ouvrage. Malgré tout, dans son absence d’amour propre (dixit Nicolas Bedos dans le film), Beigbder en prend plein la gueule. Son éditrice (Valérie Lemercier) n’y va pas avec le dos de la cuillère : « mais qu’est ce qu’on s’en fout de ta vie », « on est content d’avoir des livres comme le vôtre, ça nous permet de remplir notre quota ‘1er roman’ ». Ou encore sa mère « c’est quoi cette génération d’hommes qui braillent partout qu’on leur a coupé les couilles ?!». Alors oui, Beigbeder a fait SON film. Il y fait le bilan de qui il est et de qui il pense être. Il nous propose aussi une certaine vision de l’amour, à laquelle on adhère ou pas. Il nous présente une tripoté de trentenaires paumés qui adoptent chacun des positions très personnelles pour régler le problème de l’amour. Mention spéciale à Joey Starr, qui se démarque bien au milieu du couple titre quelque peu dans l’excès. D’ailleurs il nous dit : « on n’a pas besoin d’être deux pour s’aimer, moi je m’aime, toi tu m’aimes ». En voilà une solution. J’adhère à fond, non ?

En bref, je me suis laissée porter par le film même s’il m’a énervée.

Bien sûr, le nez de Gaspard Proust m’a occupée pendant une bonne moitié du film alors que pendant l’autre je jalousais le sex-appeal indéniable du grain de beauté de Louise Bourgouin. J’aime le concept totalement désabusé sur lequel le fim se construit, j’aime le fait que les personnages se battent comme ils peuvent dans un monde qu’ils croient sans pitié et sans espoir. Mais je regrette que Beigbeder cède si facilement aux sirènes de la comédie romantique codée. Jan Kounen, qui avait été le premier à adapter un de ses livres, a été beaucoup plus courageux et audacieux.

Malgré tout, j’ai adoré quelques phrases mythiques sur lesquelles je vous laisse méditer.

« Les lapins ne font pas des loutres » Marc à son père.

« Je ne crois qu’aux choses qui existent, et l’amitié homme/femme c’est comme l’énergie éolienne, on en parle, mais bon » Marc à Alice lors de leur premier rendez-vous.

« Au XXIème siècle, l’amour est un sms sans réponse ». Marc à lui-même.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :