Happy Birthday to you, Giorgio !

21 Déc

Gorgio Vasari, Dessins du Louvre, au Musée du Louvre, du 10 Novembre 2011 au 8 Février 2012.

Par Delphine et Camille.

«Vasari» : un des noms incontournables de l’histoire de l’art, mais peut-être un peu moins connu par le grand public.  C’est maintenant ou jamais l’occasion de le découvrir, lecteurs, car on ne célèbre pas tous les jours le cinquième centenaire du premier historien de l’art ! Pour cela rassurez-vous, les évènements pleuvent en cet an de grâce 2011 et vous permettront aisément de retracer le parcours aux multiples facettes de l’artiste préféré du premier duc de Florence.

Bacchanale : Bacchus, Silène, Faunes et Ménades - Plume et encre brune, pierre noire - © Photo RMN / Thierry Le Mage

C’est au Louvre que nos deux rédactrices sont allées assister au coup d’envoi de l’exposition «Giorgio Vasari, dessins du Louvre», seule manifestation sur le sol français destinée à commémorer l’artiste – hormis les séries de conférences «Vasari Cinquecento» de l’INHA ainsi que celles consacrées à l’expo du Louvre. Oui, car en tant que bonnes groupies nous ne pouvions pas les manquer.

Ici les Arts Graphiques du Louvre donnent évidement la part belle aux dessins de l’artiste, présentant une sélection d’une quarantaine d’œuvres du musée, dans la logique des expositions monographiques du département. Et l’on peut se vanter d’avoir une collection exceptionnelle de l’artiste dans les fonds du musée, mêlant études, croquis préparatoires des œuvres et projets de décors du maitre.

L'Enfer de l'Avarice, vers 1572 - 1573 - Plume et encre brune, lavis brun, pierre noire, rehauts de blanc sur papier beige - © Photo RMN / Stéphane Maréchalle

Il faut aussi saluer le caractère pédagogique de l’exposition, malgré sa relative petite taille (les deux salles de l’espace Mollien consacrées aux expositions du département). Car même si ce type d’évènement attire particulièrement les spécialistes et personnes ayant suivi les autres évènements Vasari (soyons honnêtes, il faut être un peu maso pour honorer la mémoire de Giorgio non-stop pendant toute une année), les autres ne seront pas en reste. Dans la première salle, à côté du texte de présentation, une grande chronologie permettant de retracer la vie de l’artiste et les évènements contemporains (et hop une bonne mise en contexte, une !) mais surtout mention spéciale aux cartels, très détaillés et accompagnés de la reproduction en couleur de l’œuvre achevée correspondant lorsque cela est possible.

Vous tiquerez peut-être face aux couleurs favorites de l’ami Giorgio sur ces reproductions ; le mérite du dessin reste de vous épargner les roses et les verts acides de celui qui «peint avec la plume et qui écrit avec le pinceau » (L. Corti, Giorgio Vasari, catalogue complet, 1989, Florence). Alors croyez-nous sur parole : l’état préparatoire d’une de ses meilleures Déposition de croix est l’occasion d’apprécier les talents de l’artiste avant que les coloris maniéristes ne s’en emparent.

Pour ceux qui aiment -et qui peuvent, accessoirement- voyager, le Point C vous propose de jeter un œil  hors du sol français pour regarder ce qui se passe ailleurs. Après les suggestions émises pour l’exposition Fra Angelico, cette fois-ci on vous encourage franchement à sauter le pas et à prendre dès la fin de cette lecture votre billet d’avion pour Firenze (oui oui, c’est Florence en français).

Assomption et couronnement de la Vierge - Plume et encre brune, lavis brun sur traits à la pierre noire - © Photo RMN / Stéphane Maréchalle

Bon d’accord, vous avez raté l’exposition des Offices, mais vous pouvez encore vous rattraper (programme complet «I’m In love with Gorgio», voir plus bas). D’ailleurs, saviez-vous que c’est notre Vasari qui a pris le parti de dessiner la Loggia degli Uffizi pour le duc ? (mais si vous voyez forcément ? là où on fait la queue trois heures quand on a oublié des réserver sa visite, Ah ! là ça vous parle !). Décidément, cet homme est merveilleux, polyvalent pardon. Et c’est ici son «petit» talent d’architecte qui est célébré : il ne se contente pas de créer la splendide perspective depuis la place de la Seigneurie vers l’Arno, il va également créer le fameux corridor qui, depuis le Palazzo Vecchio, longe la rive du fleuve pour se prolonger au-dessus des boutiques du Ponte Vecchio, et enfin desservir le Palazzo Pitti. Vous avez suivi ? Fascinant, on vous dit !

La ville natale de l’artiste, Arezzo, présente aussi deux expositions en son honneur :
La première s’intitule «Giorgio Vasari 1511-2011. Disegnatore e Pittore. Istudio, diligenza et amorevole fatica»  (titre tellement beau en italien que c’était lui faire injustice que de le traduire). C’est la Galerie Communale d’Art Contemporain d’Arezzo qui accueillait jusqu’au 11 décembre l’évènement retraçant l’évolution stylistique, tant par le dessin que par la peinture, de l’artiste arétin. Attention gros dossier, on y trouve également la lettre de la main-même de Michel-Ange et adressée au duc Côme Ier, accueillant favorablement les projets de Vasari pour le Palazzo Vecchio de Florence.

Etude de plafond pour la Sala di Cosimo il Vecchio au Palazzo Vecchio, vers 1558 - Plume et encre brune, lavis brun, sur pierre noire - © Photo RMN / Stéphane Maréchalle

Mais tout n’est pas perdu si vous voulez voir une des  expositions italiennes consacrée à l’artiste ailleurs que dans un catalogue : la basilique San Francesco de la ville accueille une exposition, toujours au titre très poétique : « Il primato dei Toscani nelle Vite del Vasari. Svegliando l’animo di molti a mille imprese« , jusqu’au 9 janvier. Elle se propose de dérouler sous les yeux enchantés du visiteur l’évolution de l’art toscanle plus fameux, selon Vasari- depuis les «précurseurs», ainsi qu’il les nomme (soit depuis Cimabue), jusqu’à «l’apothéose» avec Michelangelo qui ouvre sur la maniera moderna. Je n’ai pas vu l’expo mais j’en connais déjà un tableau : la charmante  Fuite en Egypte  de Botticelli provenant (le monde est délicieusement petit) du Musée Jacquemart-André.

La boucle est ainsi bouclée ; vous savez désormais qui est le héros de l’année bientôt achevée, et loué soit le Point C !

On aime :

– Les jolis dessins, leur claire présentation chronologique et les cartels très complets

– Le commissaire de l’expo et la chargée d’études qui ont monté l’évènement (non ceci n’est pas une blague)

– Pouvoir justifier ses vacances en Italie par «c’est pour le cours d’histoire de l’histoire de l’art».

On aime moins :

– Le seul « défaut » technique de l’exposition : on ne trouve pas le nom des collectionneurs sur les cartels (non ce n’est pas de la masturbation intellectuelle, c’est tout à fait à propos dans une exposition de dessins)

– Voir notre compte en banque se vider après lesdites vacances.

Pour aller plus loin :

Pour vous encourager à lire du Vasari : sachez qu’il existe une édition des Vite par André Chastel qui propose une «introduction critique» à chaque vie : Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, Paris, Berger-Levrault, collection Arts, 12 volumes (19811989).

Sinon procurez-vous d’urgence le catalogue de l’expo, une personne qui nous est chère y a travaillé… jours et nuits…

Et pour finir, une petite citation de Stendhal :

«  Ce fut un homme aimable, d’une belle figure, doué de quelques petits talents, de beaucoup d’adresse, et de persévérance, et d’une de ces âmes froides, très convenables pour faire son chemin dans le monde, et pour être un plat artiste. »

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