Le cours le plus sexy de communication politique, What Else ?

18 Nov

par Aurore.

Après « Drive », le vintage « Blue Valentine » et encore plus « The Notebook », je n’avais pas satisfait ma soif Ryan-Goslinguienne, donc j’ai couru voir les Marches du pouvoir.

C’est peut être un détail pour vous, mais pour moi le casting voulait dire beaucoup. George, check ! Ryan, check ! Evan Rachel Wood dont je peux être jalouse, check ! Marisa Tomei dont je vais aimer me moquer, check ! Alors autant vous dire que l’histoire n’a que très peu d’importance à ce niveau là. Mais alors que j’étais au plus bas de ma culture ciné, je suis encore descendue en me disant « tiens, voici premier film de George Clooney comme réalisateur ».

Je me suis donc sentie ridicule, mais on dit qu’on apprend de ses erreurs. Bah là je peux te dire que j’ai appris beaucoup, hell yeah ! Comme vous l’avez rapidement compris, ce n’est pas notre traditionnel Baptiste qui signe cette critique. Autant vous dire que ça va être épique.

© Metropolian FilmExport

Depuis que j’ai rencontré des gens bien plus intelligents que moi, et un peu moins axés « capital beau gosse », disons seulement que j’y ai gagné : George Clooney signe ici son quatrième film en tant que réalisateur. Je voudrais vous dire comment ce film se place dans sa filmographie mais si j’ai effectivement vu « Good night and good luck » et « Confessions d’un homme dangereux », ces expériences relèvent du Moyen-Âge cinématographique pour moi (2003 & 2005) et ne réveillent aucun souvenir. En plus je ne suis pas aidée par mon environnement dans la mesure où Allociné me dit que les vidéos ne sont plus disponibles, mais que les équipes techniques ont été prévenues, donc bon je me sens mieux. Et je suis sûre que vous aussi.

Soyons honnêtes : j’ai regardé le film comme le premier film d’un acteur en tant que réalisateur. Oui je me suis trompée, mais n’empêche que j’ai trouvé ça vachement bien.

 

Synopsis :

Steeven, jeune prodige de la communication, travaille pour la campagne du gouverneur démocrate Morris. Intelligent et manipulateur, Steeven a les dents longues mais avec Morris il trouve une raison d’être droit : il croit au combat qu’il mène et en la capacité de son candidat de changer le monde. Le film se passe dans l’Ohio où Morris affronte Pullman dans le cadre d’une primaire démocrate. La bataille s’annonce sanglante et Steeven risque de perdre ses belles illusions, mais comme Steeven c’est Ryan G., il va bien vite reprendre le dessus, parce qu’en vrai c’est un champion !

© Metropolian FilmExport

 Verdict :

Je reprends mes esprits et je remets mon cerveau en place. Le casting fait rêver (non pas parce qu’ils sont tous beaux, je sais aller plus loin que ça aussi !). Si on passe sur Ryan (haha), et George (tant qu’à faire), on arrive sur Philip Seymour Hoffman. Bien qu’à l’avenir je ne pense plus le voir autrement qu’en Truman Capote, il demeure un grand acteur, et il tient ici un rôle central, tout en forces et nuances. En ce qui concerne les filles : Evan Rachel Wood a des cheveux moches. Ah oui pardon on parlait ciné, bah elle incarne une jeune et jolie stagiaire, très travailleuse, bien comme il faut, un peu trop peut-être ? Mais je garde le meilleur pour la fin : Marisa Tomei, qui n’est pas en soi une grande actrice (je me souviens d’elle dans Alfie…La base !), campe ici le rôle d’une journaliste, « amie » donc de l’équipe de communication du gouverneur. Je ne la retiens que pour son teint de fille qui a trop bu et trop fumé (not good).

© Metropolian FilmExport

 Je pensais que le film était axé sur George Clooney, candidat à la présidentielle et homme tout puissant de toute cette mascarade médiatique. En fait, bien mieux : l’histoire se concentre sur Ryan. Ses états d’âme, ses ambitions et sa façon de mêler les deux. Il avoue rapidement l’avoir joué « dirty » par le passé, mais il a arrêté depuis, considérant que Morris ne pouvait que gagner, parce qu’il était le seul à pouvoir changer le monde. Au milieu de tout ça reviennent les mots « integrity » « dignity » et « loyalty » : le décor est posé. Cas de conscience en perspective. Quasiment en haut de l’échelle, Steeven reste le larbin de son chef (on est tous le larbin de quelqu’un) : Paul (Philip Seymour Hoffman) qui mène la campagne d’une main de fer tout en faisant preuve d’une loyauté inhabituelle dans ce genre de milieu. Une image qui reflète bien le film pourrait être ce plan de Paul et Steeven en grande discussion devant un drapeau américain. Ils sont en coulisses pendant que Morris fait son discours millimétré et démago à souhait. Les deux silhouettes se détachent en ombres chinoises sur un immense drapeau.

Parce que le film c’est ça aussi : subtilement, George Clooney dépeint le paysage désolé des USA d’aujourd’hui. A travers le programme politique du candidat, le réalisateur dénonce la guerre en Irak, la course au pétrole et les problèmes environnementaux. Il promet à ses électeurs de rendre aux Etats Unis leur place de leader d’antan en innovant dans les nouvelles technologies et les énergies propres. Bim, dans ta gueule Bush !

Le film dénonce aussi le système, la communication, la manipulation et l’échec des plus faibles au milieu de tout ça. Les jeunes, les idéalistes, les moins puissants, les moins futés, les plus honnêtes, se retrouvent hors de la course (peut-être pour leur bien ?).

© Metropolian FilmExport

Même si les dialogues sont peut être un peu compliqués, j’ai aimé le film. J’ai fait attention aux cadrages, au scénario, au rythme (je pensais regarder un premier film) et je n’ai pas été déçue. Sauf par une chose, peut être volontaire : la musique du film. Je l’ai trouvée incroyablement solennelle, rendant les scènes un peu « clichées ». Quand Ryan entre dans un bureau, on croirait qu’il passe les portes du Pentagone ; quand il se rend à l’arrière d’un bar pour une rencontre discrète, la musique vous donne l’impression d’être dans un vieux western. Je ne sais pas si je suis très claire, mais je n’ai pas bien compris le décalage entre une musique un peu lourde et un film plutôt rapide et bien pensé. J’ai trouvé que l’esprit du film était incarné en entier dans une seule scène : Steeven apprend qu’il y a eu une fuite et que les médias sont au courant d’informations qui pourraient nuire, à lui et à la campagne. La journaliste Ida Horowic (Marisa Tomei) lui demande de confirmer, de donner des détails alors qu’il la supplie de laisser tomber, rappelant qu’ils sont amis. Elle lui répond « mais je suis ta meilleure amie » et le prévient dans la foulée que le papier sortira le lendemain à 15h avec ou sans son accord. Tout est dit !

Mais une question subsiste, encore et toujours, qui concerne les « professionnels » de la traduction. En anglais, le film s’appelle « The Ides of March« . Les traducteurs français l’ont très intelligemment appelé « Les Marches du Pouvoir« . C’est vrai que « March », c’est proche de « marches ». Pourtant, le sens en est complétement modifié, car vous savez tous que « march » est le mot anglais pour désigner le mois de mars, et non les marches d’un escalier, pour lesquelles on emploiera de préférence « steps ». Ce qui nous amène à un glissement de sens total, et peu valorisant pour le titre anglais. Expliquons-nous. « The ides of March » signifie « les Ides de Mars ». Que sont les Ides de Mars ? Dans la Rome antique, elles correspondent au 15 mars. C’est donc un repère calendaire. Mais, si nous poussons un peu plus loin, on se rappellera que Jules César s’est fait assassiné, entre autres, par Brutus, le jour des Ides de Mars, soit le 15 mars 44 av. J.-C. Les traducteurs ont donc préféré vider le titre de son sens très lourd, explicitement porté sur la trahison et l’ambition en pleine crise politique (les dernières années de la République), pour privilégier un titre « bateau », mettant plus en avant l’idée d’ambition que celle de corruption. Mais pourquoi donc ? Sommes-nous jugés moins cultivés que les Américains ? Ou pire encore, nous jugeons-nous moins cultivés que les Américains ? Le débat reste ouvert.

© Metropolian FilmExport

Ne soyez donc pas comme moi et n’allez pas au cinéma pour voir le premier film de George Clooney en tant que réalisateur avec son casting de beaux gosses et de filles moyennes. Non, par pitié ne faites pas ça, laissez-moi cet honneur. Par contre rendez-vous au ciné pour voir ce film : ses acteurs, son histoire qui vous tient en haleine, qui vous dit qu’ils sont (/qu’on est) tous des pourris, que le monde va mal, mais qu’on a des bonnes équipes de com’ pour le sauver ! Et puis j’ai appris que l’image de tombeur de George Clooney (grâce à une certaine pub caféinée) était une stratégie développée seulement en Europe. Il n’aurait en effet pas cette image aux Etats Unis. Alors faites-lui plaisir et montrez-lui qu’on l’aime. On sait grâce aux récentes expériences de Baptiste qu’un bon film ça se mérite, alors ne ratez pas celui-là. What else ?

5 Réponses to “Le cours le plus sexy de communication politique, What Else ?”

  1. YKW 18 novembre 2011 à 21:02 #

    Ryan Gosling. Non mais Ryan Gosling quoi !! Dieu que le PointC est féminin ^

    • cestlepointc 18 novembre 2011 à 21:05 #

      Alala, j’en suis hélas bien conscient (g) !

    • cestlepointc 19 novembre 2011 à 00:10 #

      La partie féminine de l’équipe voudrait dire : oui cet article est bien féminin, mais il est signé de MOI et (scoop) je suis une femme, et fan de Ryan (of course). Donc j’annonce : j’assume !
      Merci Nicolas, d’être venu, d’avoir lu, analysé et commenté.
      Bisettes (A.)

      • YKW 21 novembre 2011 à 15:50 #

        Ca taquine, ca taquine mais ca en vient presque à oublier d’applaudir le bon travail de critique🙂

  2. cestlepointc 21 novembre 2011 à 20:02 #

    NON ! j’avais bien compris ton admiration (!) sous-jacente ! Merci en tout cas !

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