Diane Arbus à fleur de Peau(me)

15 Nov

Exposition Diane Arbus au Jeu de Paume du18 Octobre 2011 au 5 Février 2012.

par Lulu.

Bon d’accord, je sais, le jeu de mots est facile je vous l’accorde, mais le titre est venu d’un coup comme ça : ça claque et ca colle bien à Diane Arbus. Alors, oui, à fleur de peau car cette rétrospective que nous présente le Jeu de Paume nous fait découvrir, pour la première fois en France, une artiste à la vision particulière et qui sort des sentiers battus ! Alors bon partant de là on vous épargne les sempiternels éloges sur la « plus grande photographe du XXème siècle », « la plus grande femme artiste de son temps », etc.

Non, on n’est pas là non plus pour se tartiner de pommade élégiaque (désolé je m’emporte même moi-même je ne sais pas trop ce que c’est !) mais plutôt pour vous donner envie d’aller voir cette exposition qui peut faire un peu peur ! Non, ça n’aura sans doute pas échappé à certains (pour ne pas dire tout le monde), les affiches de l’expo dans le métro font quand même flipper. On voit juste le nom de Diane Arbus, la date, le lieu et à coté la photo de ce gamin à Central Park ou de ces Deux jumelles qui semblent tout droit sorties d’un film d’horreur. Bon j’exagère à peine, mais le néophyte peut être déstabilisé.

Jumelles identiques, Roselle, N.J. 1967, Copyright © The Estate of Diane Arbus

Mais venons-en à l’exposition : finalement l’affiche annonce bien la couleur. Dès la première salle faut dire que je me suis un peu demandé où j’avais atterri ! Rien, mur blanc, un grand espace, et les photographies alignées, juxtaposées, et puis c’est tout. Là se côtoient le fameux Jeune homme en Bigoudis, une famille de Brooklyn, des nudistes, un patriote américain, le château de Disneyland en Californie…  Faut dire que ce n’est pas commode tout de même. Moi qui m’attendais à une exposition somme toute classique (pas péjoratif) avec le petit panneau d’introduction, les petites phrases sympathiques, les explications, les citations qui sonnent bien dans un devoir et tout et tout, et bien on en prend un coup.

Jeune homme en bigoudis chez lui, 20e Rue, N.Y.C. 1966, Copyright © The Estate of Diane Arbus

Une fois passé le premier choc, je me dis finalement que ce n’est pas plus mal et que ca change du carcan du parcours du combattant imposé des grandes expositions. L’espace est libre, clair, on flâne d’une photographie à l’autre, on compare, on va, on vient, et c’est plutôt agréable (malgré les gens qui photographient des photographies, et en plus avec le flash… faudra m’expliquer !). En ce sens je pense ne pas trop m’avancer en disant que l’on a là une vraie exposition de photographie qui présente cet art simplement, un peu comme une galerie, et qui finalement permet de prendre l’image pour ce qu’elle est en appréciant le format carré du Rolleiflex qu’elle utilise dès 1962.

Couple d’adolescents à Hudson Street, New York, 1963, Copyright © The Estate of Diane Arbus

Et c’est sans doute parce que c’est Diane Arbus qu’un tel accrochage marche bien, car ses photographies sont déroutantes mais à la fois parlent d’elle même. C’est simplement un regard personnel qui montre l’ambiance nocturne et marginale du New-York des années 60. On voit donc la vie américaine dans une période à la fois faste et encore difficile pour les minorités (notamment les travestis qui ont une grande place dans son travail). L’exposition montre véritablement comment Diane Arbus s’inscrit dans le courant humaniste et de la nouvelle subjectivité d’après-guerre aux USA, dont les meilleurs représentant sont un certain Robert Frank, ou bien plus encore Lisette Model.

Jeune homme au canotier attendant de défiler en faveur de la guerre, N.Y.C., 1967, Copyright © The Estate of Diane Arbus

Bref, ne vous découragez pas (ce n’est pas si prise de tête que cela !), on rigole tout de même bien tout au long de l’exposition. Pour vous le prouver, j’avoue avoir eu un petit faible pour la photo du nain dans une chambre d’hôtel avec son air hautain et séducteur qui me fait bien rire… parmi tant d’autres que vous découvrirez par vous-même.

Enfin tout ça pour dire qu’encore une fois le jeu de Paume présente comme chaque année (après les rétrospectives André Kertesz ou Lisette Model), LA grosse exposition de la rentrée sur un artiste-photographe, à la fois de part la qualité des tirages réunis et leur nombre. Ah oui j’oubliais quand même, pour les fans inconditionnels de l’information et des dates, les techniciens de la photographie, les bibliophiles, les philosophes de la photographie avides de citations (c’est tout ?!), ou même finalement les personnes normales, je vous conseille de glisser patiemment vers la fin de l’exposition où vous trouverez bonheur, joie et délectation (rien que ça !) dans toutes les explications, les carnets de notes, les négatifs, et le fameux Rolleiflex de Diane Arbus qui y sont présentés…

Arbre de Noël dans un living-room à Levittown, Long Island, N.Y.C, 1963, Copyright © The Estate of Diane Arbus


On a aimé :

La présentation originale qui laisse libre le spectateur

La qualité des tirages

La riche documentation de la fin de l’exposition


On a moins aimé :

Les gens qui s’obstinent à prendre des photos avec le flash !

L’aspect peut-être un peu brutal de l’entrée en matière qui peut déconcerter

Une Réponse to “Diane Arbus à fleur de Peau(me)”

  1. Camille 15 novembre 2011 à 19:16 #

    Merci pour cette note ! Je tiens à ajouter que pour les étudiants fauchés (et oui …), le Jeu de Paume a mis en place ce qu’ils appellent les « mardis jeunes » (je copie/colle le site): entrée gratuite pour les étudiants et les moins de 26 ans le dernier mardi du mois, de 17h à 21h !

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