Les Stein, une famille qui le vaut bien…

5 Nov

Matisse, Cézanne, Picasso… L’aventure des Stein, du 5 octobre 2011 au 16 janvier 2012, Galeries Nationales du Grand Palais.

par Grégoire.

Quand vous avez un ami qui vient passer le weekend sur Paris, qu’il est intéressant et intéressé, il est d’usage de l’emmener visiter une des expos dont la capitale regorge en ce début d’année scolaire. Ainsi, c’est tout naturellement que mon pote et moi nous sommes allés au Grand Palais pour voir Matisse, Cézanne, Picasso… l’aventure des Stein. Une affiche prometteuse, du chef d’œuvre en perspective, un propos abordable, voilà qui avait de quoi séduire nos esprits encore perdus dans des brumes alcooliques d’un vendredi soir qui laisse des traces.

© Affiche RMN-Grand Palais

Forcément, nous y sommes allés un samedi, sinon ça n’aurait pas été drôle. Bah oui, enfin ! Il fallait faire la totale : expo événement + file d’attente interminable. Remarque, nous n’avons fait la queue que pendant 1h45. Sauf qu’attendre presque deux heures en compagnie du charmant clarinettiste – amis habitués du Grand Palais, vous voyez de qui je parle – il y a de quoi devenir taré.

Bref, après avoir passé les portes, et après avoir nargué mon cher ami qui lui devait payer (merci la carte de l’Ecole du Louvre), nous commençâmes le parcours. Quand même, ça claque d’employer un passé simple. Sans surprise, nous nous retrouvons à la dérive dans un océan de visiteurs. Et quels visiteurs. Tout le monde est de sortie le samedi du weekend de la Toussaint ! Ça discute, ça s’extasie, ça se pose devant vous alors que vous êtes en train de contempler une œuvre. La grande classe. Mais je dirais que le pire reste quand même la pollution sonore créée par les audioguides. Cher Monsieur inventeur des audioguides, pourquoi n’avez-vous pas installé des écouteurs, plutôt que de créer des mini enceintes portatives qui marchent à volume maximum ? Il devient parfois impossible de se concentrer tellement ces machines déblatèrent leurs commentaires. Et en toutes les langues en plus. Ambiance Tour de Babel après châtiment divin.

Bon, on serre les dents, et on regarde.

S’il y a du monde, c’est qu’effectivement il y a de quoi en prendre plein les yeux. Développée sur 8 sections, de la constitution d’une collection par Leo Stein autour des « Big Four » (Manet, Renoir, Degas et Cézanne) à l’intérêt porté à Matisse par Sarah et Michael Stein, en passant par les liens entre Gertrude Stein et Picasso, l’exposition rassemble des œuvres du monde entier (merci San Francisco). Vous pourrez donc avoir le loisir de contempler quelques Baigneurs de Cézanne, une œuvre de Gauguin présentée à la rétrospective organisée au Salon d’Automne de 1905, 4 ans après la mort de l’artiste, des photos de Man Ray ou encore des peintures d’Hokusai.

Les baigneurs, Paul Cézanne Lyon, Musée des Beaux Arts, dépôt du musée d’Orsay © service presse Rmn-Grand Palais (Musée d’Orsay) / René-Gabriel Ojéda

Mais ces œuvres, que nous appellerons « annexes », sont loin d’assurer un simple remplissage. Mention spéciale pour la scénographe Véronique Massenet, qui a su utiliser pleinement une esthétique dépouillée qui met en valeur l’esprit des avant-gardes dont les Stein étaient friands. J’avoue avoir été conquis par les petits « checkpoints » qui ponctuent le parcours : d’une couleur différente de l’ensemble et plus bas de plafonds, ils vous fourniront des informations complémentaires utiles à la compréhension de l’ambiance qui régnait à l’époque.

Matisse Cezanne Picasso... L'aventure des Stein - Grand Palais (Paris) (copyright 2011 Martine PIAZZON)

Parlons désormais des trois stars de l’exposition : Cézanne, Matisse et Picasso. Les deux derniers sont présents à travers des œuvres phares et d’une richesse exceptionnelle. On ne peut s’empêcher de se demander à combien s’élèvent les frais d’assurance pour une telle exposition. Les partis pris muséographiques sont très intéressants et mettent réellement en valeur les œuvres. Par exemple, dans la section intitulée « La tradition classique à l’épreuve de la modernité », on notera que le Grand Nu Rose de Picasso, en pied, fait face au Nu Bleu de Matisse, allongé.

Pablo Picasso - Grand Nu Rose, 1906, The Museum of Modern Art (MoMA), New York. The William S. Paley Collection (SPC27.1990) © Photo: MoMA, NY / Scala / Succession Picasso / DACS 2009

Matisse - Nu Bleu, souvenir de Biskra, 1906, Baltimore Museum of Art

Chacun des deux maitres se voit confier une section : c’est alors l’occasion de se plonger dans un univers particulier et de le comprendre. On citera, concernant Matisse, la Japonaise au bord de l’eau, le Portrait d’André Derain, la Femme au chapeau ou une esquisse pour le Bonheur de Vivre. On est ravis de voir de telles œuvres en vrai, la plupart étant à l’étranger.

Henri Matisse, Portrait de Derain, Tate Collection, Londres, Grande-Bretagne © succession H. Matisse. Photo : Tate, London, 2011

Henri Matisse, Femme au chapeau, San Francisco Museum of Modern Art, don d'Elise S. Haas, San Francisco, USA © Succession H. Matisse. Photo : Moma, San Francisco, 2011

A propos de Picasso, on retiendra le Nu à la serviette (voir l’affiche), le Portrait de Fernande, et bien sûr le Portrait de Gertrude Stein.

Pablo Picasso - Portrait de Gertrude Stein, Metropolitan Museum of Art, New York, USA © Succession Picasso 2011

Car non, ces gens-là, portraiturés par les plus grands, n’étaient pas malheureux. C’est d’ailleurs, à mon sens, ce sur quoi l’exposition insiste un peu trop. On bascule parfois dans l’info « people », et aussi dans un propos pseudo-philosophique qui frise l’hermétisme. Eh ! J’en vois certains qui froncent les sourcils, mais laissez-moi m’expliquer ! On nous rabâche que ces gens étaient ultra intégrés dans l’élite artistique et marchande de leur temps : Léo était ami avec le grand Bernard Berenson, ils tenaient chaque samedi des salons où Apollinaire discutait le bout de gras avec Hemingway, Matisse corrigeait les tableaux de Sarah… Pour nous, simples mortels, ça semble quand même irréel, presque mythique.

Le Corbusier - Villa Stein

Quelque-chose a particulièrement attiré mon attention. Le Corbusier a en effet conçu une maison pour Léo et Sarah Stein, et on peut lire un extrait d’une lettre que celle-ci a écrite : « Nous adorons la maison ». Ça c’est de l’info. Personnellement, moi aussi je suis content de mon appart’. Ça vous intéresse ? Je parie que non ! 

Concernant le propos pseudo-philosophique à l’hermétisme latent, je citerai juste Gertrude Stein, qui disait qu’elle « construisait son écriture sur la planéité d’un présent continu ». Enjoy, vous avez deux heures.

Photo de la famille Stein, Anonyme, New Haven, Yale Collection of American Literature, Beinecke Rare Book and Manuscript Library, Yale U © New Haven, Yale Collection of American Literature, Beinecke Rare Book and Manuscript Library, Yale

Bref, pour finir, malgré une dernière section un peu fourre-tout, avec notamment un Panier de fraises de Tcheitchew devant lequel je ne peux m’empêcher de penser à la version de Chardin, cette exposition fait son effet, et vaut amplement les deux heures d’attente. Les œuvres, en plus d’être des pièces maitresses de l’histoire de courants artistiques comme le fauvisme ou le cubisme, sont présentées avec brio et se suffisent à elles-mêmes. D’ailleurs, on est agréablement surpris par la quasi absence de textes aux murs. Comme si, privilégiant la sensation visuelle, on souhaitait nous faire vivre à cent à l’heure cette aventure qui fut celle des Stein.


On aime :

– la scénographie

– la forte concentration en chefs-d’œuvre

– l’économie des explications


On n’aime pas :

– les audioguides

– les visiteurs peu éduqués

– les infos à la Voici ou Gala

6 Réponses to “Les Stein, une famille qui le vaut bien…”

  1. Camille 10 novembre 2011 à 15:19 #

    Voilà un article qui donne envie ! C’est clair, c’est précis, et ca permet de savoir à quoi s’attendre … Merci !

    • cestlepointc 12 novembre 2011 à 10:35 #

      Merci, c’était pile le but ! Il manque plus qu’un peu de courage pour affronter la file d’attente… Mais comme c’est en musique, ça ira ! haha

    • cestlepointc 12 novembre 2011 à 18:18 #

      Mais de rien, merci de nous lire !🙂

      • Lena 18 novembre 2011 à 18:43 #

        En nocturne (dès 18h), il n’y a pas de file d’attente, et il y a moins de monde dans les salles

  2. Tuturowsky 8 décembre 2011 à 09:33 #

    Je me suis délecté de l’article qui représente l’expérience de cette expo. Chapeau pour ce petit commentaire sur « l’ambiance tour de Babel » que j’ai trouvé très juste.
    Quant à l’exposition elle est en effet très bien composée et unique dans la mesure où elle embrasse toutes les formes d’art qui ont surgi après l’impressionisme : orientalisme, nabi, parnasse puis la rupture cubiste : tout y est! A noter, la concentration de Matisse qui est époustouflante et retrace bien l’évolution de l’artiste entre 1900 et 1910. Bref, à voir!
    En tout cas bravo pour le blog et j »espère pouvoir faire parti de « l’expedition exposition » la prochaine fois!🙂

    • cestlepointc 8 décembre 2011 à 17:11 #

      Mon cher Arthur, avant tout, j’espère que tu te portes bien. Merci pour tes remarques, et c’est quand tu veux pour une « expédition exposition » ensemble ! A très vite j’espère ! Grégoire

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