Le Silencio est d’or…

1 Nov

…Mais son entrée nécessite beaucoup d’argent !

Par Garance.

Parties à l’aventure de manière aussi inattendue qu’enthousiasmée, Matylda & Garance ont glané de quoi titiller les esprits les plus curieux, et lèvent ici le silence qui entoure ce club déjà mythique, au risque de le désacraliser… 

Son nom voudrait sans doute que l’on se taise et préserve son mystère auréolé d’or. Mais comment résister à l’envie de dévoiler quelques atours bien gardés du Silencio, qui depuis son ouverture le 6 octobre  ne cesse de faire jaser et d’attiser les curiosités ?

Mode d’emploi et astuces en quelques Points C(lés):

Y ENTRER

A quelques pas du Social Club, au 142 rue Montmartre, une devanture noire et sobre indique l’entrée du nouveau club, sélect et assez secret. On n’y vient pas par hasard.

Comment franchir les portes du Silence ? Il faut théoriquement être adhérent, et pour cela se pourvoir d’une carte annuelle dont les tarifs vont de 420€ (tarif réduit pour les moins de 30 ans, youpi !) à 1500€ par an. Le ton est donné. Deux formules sont proposées : celle de la Carte « classique », pour la modique somme de 780€ /an – ou 65€/mois – qui offre un accès au club de 18h à 6h durant les jours d’ouverture, à savoir du mardi au dimanche. Mais avec cette carte là, vous ne pourrez pas rentrer les jours de privatisation du club, comme cela le cas lors de notre propre expédition au Silencio pendant la dernière Fashion Week parisienne. Le détenteur de la carte peut venir accompagné d’un invité par soir, dont l’entrée sera gratuite. La « Carte + », pour 1500€/an – ou 125€/mois – permet elle d’inviter deux personnes par soirées, d’accéder au Club quelle que soit l’affluence, mais surtout de bénéficier d’invitations aux événements organisés au Silencio : défilés, vernissages, concerts, projections…

Vous pensez qu’il suffit de signer un chèque pour qu’on vous déroule le tapis rouge ? Non non, il faut encore remplir un formulaire d’inscription renseignant vos informations personnelles, votre « profil professionnel » et votre « statut actuel ». Parmi les cases proposées : architecture, design, business, cinéma, publicité, mode, spectacle vivant… À quand le CV et la lettre de motivation pour aller danser ?

Pour les non-initiés et les bourses modestes qui ne permettent pas d’ « adhérer » mais voudraient tout de même tenter leur chance, sachez que le Silencio est réservé aux membres de 18h à minuit, mais théoriquement ouvert à « tous » ensuite. Soyons honnêtes : tenue « arty » exigée. En cas de peu d’affluence, vous aurez sans doute votre chance. Et en règle générale – désolée Messieurs – les filles (jolies surtout) sont toujours les bienvenues, qu’on se le dise.

EXPLORER

Le Silencio est un projet à l’initiative d’Arnaud Frisch, Manu Barron et Anthony Caton, propriétaires des lieux et également patrons du Social Club. Pris par l’envie d’en confier la décoration à David Lynch, ils ont soumis la proposition au maître, qui a accepté avec joie.  Deux ans plus tard, on peut enfin contempler les fruits de leur collaboration, grâce aussi à Raphaël Navot, designer israëlien, qui a permis de mettre sur pied les idées de Lynch (et on imagine l’ampleur de la tâche).

Un exemple du mobilier - Silencio

Un exemple du mobilier - Silencio

Le nom du club indique aux initiés qu’il est directement inspiré de l’énigmatique théâtre « El Silencio » qui joue un rôle clé dans Mulholland Drive. Avant d’écrire cet article, je me suis empressée de regarder le film culte. Survolons les points communs et différences de ces deux lieux, du film et de la réalité :

El Silencio - David Lynch

Dans un entretien pour l’Express, David Lynch confie : « j’ai l’impression d’avoir fait jaillir de l’écran les décors, les lumières, les personnages de mes propres longs-métrages. Et même les sons de mes disques. » Alors effectivement, une fois descendu le bel escalier qui vous fera passer du monde normal à ce lieu sacré, la lumière tamisée, les voûtes basses et dorées, les épaisses moquettes inspirées des tableaux de Lynch, les jeux de miroirs démultipliant l’espace, vous plongeront dans l’ambiance étrange et feutrée des films du cinéaste. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’ambiance y est presque… spirituelle. Lui-même décrit les carrés de bois doré recouvrant les murs et plafonds comme « disposés de manière aléatoire sur le modèle des Mandalas indiens » : il semble donc que le maitre renoue avec l’esprit de la « Méditation transcendantale » qu’il prône depuis déjà quelques années.

Pour autant, la théâtralité qui règne dans le Silencio du film est ici un peu moins présente,  luxe et confort l’ont bien évidemment emporté sur l’aura mystérieuse des lieux glauques et délabrés souvent à l’honneur dans l’esthétique de Lynch.

S’Y CULTIVER

Une fois parcourus les espaces principaux, restent des lieux plus secrets à explorer. Lynch a conçu le club comme un lieu d’art total, inspiré par des modèles comme les salons parisiens du XVIII°s, le Cabaret Voltaire de Zurich qui accueillait les soirées Dada, ou encore la Factory de Warhol à New-York. A la différence, selon son créateur, que ces modèles ne réunissaient pas autant de disciplines, et qu’ « au Silencio, il n’y aura pas de gourou à la Warhol ». Universel et égalitaire, le lieu idéal, à moins que l’esprit qui plane sur le lieu ne soit celui de Lynch lui-même ? Car lui-même se flatte d’être un artiste total depuis quelques années. En plus d’être un cinéaste majeur, David Lynch est aussi photographe, peintre, et musicien. (À noter : des « cartes blanches » sont déjà confiées au maestro, qui assurera la programmation de tous les événements conjoints des espaces du club.) En écho à tant de polyvalence, Lynch a donc tenu au Silencio à faire la place belle à plusieurs arts. Ainsi, le lieu accueille non seulement des concerts et Dj comme n’importe quel club « classique », mais il dispose en plus d’une bibliothèque d’art et d’un cinéma de 24 places. A la programmation de ce dernier : avant-premières, rétrospectives, documentaires ou films à l’affiche.

Bien sûr l’entrée est réservée aux membres du club ! Mais pour ceux qui en auront l’occasion, le coup d’œil vaut quand même le coup : de couleur crème, moins nombreux mais plus confortables et spacieux que ceux d’un Mk2, les sièges vous assurerons des conditions optimum de projection. Enfin, le Silencio peut également se transformer en galerie d’exposition, avec l’ambition de révéler des talents.

Pour parfaire l’idée d’œuvre d’art totale, notons que le mobilier a également été conçu par le génie touche-à-tout. Les fauteuils de l’espace principal ont une touche années 50, tout comme les lampes qui les accompagnent et entretiennent une atmosphère intimiste et tamisée, loin des clubs ou bars lounge souvent glaciaux et impersonnels.

VOIR ET ÊTRE VU

L’atmosphère, parlons-en. Plutôt intimiste, entre l’épaisse moquette et le plafond bas voûté, on s’y sent à l’aise. Les pièces à échelle humaine s’articulent les unes aux autres, par un jeu d’imbrication labyrinthique. Ces ouvertures comme les miroirs qui tapissent parfois les murs renforcent le jeu du  » voir et être vu « , déjà inhérent à la fréquentation hype du lieu. Vous y croiserez certainement quelques célébrités et une foule de « name-droppers » gravitant autour (nouvelle espèce en quête de noms à retenir pour être au top du in, une fois cela accompli ils se feront alors un grand bonheur de lâcher tous les noms rencontrés -ou seulement appris- afin de briller en société)

Désacralisons un peu le tout : si la déco en jette, notons que la programmation musicale – ultragénéraliste les soirs sans concert particulier –  laisse à désirer. La piste de danse, relativement petite, nous laisse aussi un peu sur notre faim. Le Silencio dans son ensemble n’est lui-même pas très grand, ce qui finalement renforce l’idée d’un lieu destiné à un cercle étroit d’initiés.

Y BOIRE UN VERRE

Notons que l’ensemble des espaces emboîtés du Silencio, que Lynch a conçu comme une « matrice », gravitent autour du bar. De forme épurée et arrondie, il est recouvert d’un métal doré dont l’éclat ajoute au clinquant lumineux du club. Il va sans dire que les prix des conso sont à la hauteur de la déco : si mes souvenirs sont exacts, la bière est à 10 euros. A ce prix là, autant s’offrir du champagne ! Ou un cocktail, qui, à 15 euros, ne pourra être autrement que de qualité.

Les toilettes du Silencio

Un mot sur les toilettes, revers de la médaille des verres sirotés, et pièce souvent révélatrice de la qualité superficielle ou réelle du design d’un espace. Ici, ils confinent au luxe suprême, avec un sol et des murs noirs ponctués de quelques carreaux de mosaïque dorée. Les lavabos semblent suspendus dans l’espace grâce à un subtil jeu de lumière ; deux beaux miroirs flottent au-dessus, dans une atmosphère à la fois futuriste et sacrée. Bref. La décoration du Silencio, loin de ne mettre que de la poudre aux yeux, est jusqu’au-boutiste, et on aime !

EN SORTIR …?

Enfin, si vous avez résisté aux fabuleuses rencontres que vous aurez faites, aux verres que vous vous serez offerts (ou fait offrir) et à la contemplation de ces lieux enchantés, il vous faudra remonter l’escalier qui vous ramènera à la réalité, et passer de nouveau dignement (je vous rappelle qu’il est 6h du matin !) devant les gardiens qui en surveillent l’entrée.

Contrairement à deux épaves imbibées alors échouées sur le trottoir devant la porte, nous en sommes sorties vivantes, sauvées sans doute par le prix des conso qui impose une limite naturelle à toute carte bleue et non dorée ou noire…

En bref, on appréciera la participation du Silencio à l’effort de renouvellement des nuits parisiennes, mais déplorerons son côté trop sélect qui le met hors de portée d’honnêtes âmes peu argentées. A vous de juger, comme il se dit, et de partager votre avis si vous aussi, loin des mystères accomplis de Mulholland Drive, vous en sortez en vie.

Mais chuuuuut, je ne vous ai rien dit !

2 Réponses to “Le Silencio est d’or…”

  1. françois 1 novembre 2011 à 15:47 #

    Et on peut savoir comment ces deux filles ont pu rentrer dans cet établissement ?
    Sinon, très bel article …

  2. cestlepointc 1 novembre 2011 à 15:49 #

    Simplement grâce à de bonnes rencontres au hasard d’une ballade à Pompidou ! il faut dire qu’elles sont SUPER sympas et SUPER belles ! Merci d’avoir lu et aimé François !

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