« Voici perdu le temps des rires et des chants… »

27 Oct

Par Baptiste.

C’est sur la chanson de Casimir que commence le film. Une chanson joyeuse, sur les enfants et leurs rêves. Mais dès le générique, on sait que ce ne sera pas très rose : aux images de mioches s’amusant se mêlent des jouets représentant la « Polisse ». D’emblée le film nous annonce la couleur par cette présence des forces de l’ordre dans l’univers de l’insouciance.

Ici, aucun refuge : l’enfer, ou plutôt la Vie, la vraie (aucune référence) !

            Après « Pardonnez-moi », tourné en 2006, puis « Le Bal des Actrices », film chorale sur la vie des comédiennes en 2009, Maiwenn revient cette année avec « Polisse ». Si l’actrice/réalisatrice conserve le concept de film chorale (JoeyStarr, Karin Viard, Marina Foïs faisaient déjà parti de son dernier film), elle abandonne (enfin ?) son côté « narcissique », pour se concentrer surtout sur les autres, et dans le cas présent, sur les enfants et leurs protecteurs, la BPM (Brigade de Protection des Mineurs).

            Film choc, il a reçu le Prix du Jury du festival de Cannes. Ce prix est généralement attribué à un film méritant amplement la Palme, mais jugé trop «commercial » ou assuré de rencontrer son public, contrairement à « The Tree of Life » de Terrence Malick, qui aurait fait, à l’heure actuelle, plusieurs milliers de morts d’ennui… Promis, c’est le dernier film de Cannes dont je parlerai ! Comme quoi 2011 est un très bon cru…

Synopsis :

            Melissa (Maiwenn) est une journaliste photographe envoyée par le Ministère de l’Intérieur pour réaliser un reportage sur le quotidien de la Brigade des Mineurs de Paris.

            Introduite dans l’équipe de Fred (JoeyStarr), Nadine (Karin Viard), Mathieu (Nicolas Duvauchelle), Iris (Marina Foïs) et les autres, elle vivra les dépositions d’enfants victimes de pédophilie, de maltraitance, verra les dérives de la sexualité chez les adolescents, les interventions musclées, et la vie privée de gens écorchés vifs.

© D.R.

Verdict :

            Le film est proche du « documentaire » de par son montage : les scènes s’enchaînent, sans rapport direct. On passe d’une enquête à un interrogatoire, à une intervention… Ici pas de temps mort, l’horreur est partout. Il est aussi proche du documentaire de par son jeu d’acteurs : ne vous étonnez pas si les dialogues ne sont pas fluides, si ça bafouille, ce n’est pas du cinéma. On entre dans le cœur du sujet, les nerfs à vif. Aucune fioriture ou explication, tout simplement de la violence pure (celle des actes, des paroles). Les mots et les sentiments sont ceux d’hommes et de femmes meurtris par leur job.

            Personne n’est épargné. Des appartements huppés aux caravanes, des blancs aux noirs, des catholiques aux musulmans, des jeunes aux vieux… tout le monde y passe.

            Au début on reste totalement incrédule lors des scènes d’interrogatoire, se disant que ça ne peut exister dans la vraie vie, puis on est ému par le regard perdu de ces enfants qui ne comprennent pas le monde fou des adultes. On  préfère d’abord en rire (certaines scènes sont des plus absurdes, et pourtant…) mais ensuite déboule la tristesse face aux injustices quotidiennes. Enfin, on est en colère face à ces monstres qui se disent victimes de leurs propres enfants, préférant les traiter de menteurs plutôt que d’avouer leurs crimes.

            Autre point fort du film : JoeyStarr ! Il nous prend à contre pied. D’apparence fort, solide, la grande gueule de l’équipe va s’effondrer, notamment le temps d’une scène que vous découvrirez ! Mention spéciale aussi à Karin Viard, à contre-emploi dans le rôle d’une femme sensible qui va se métamorphoser lors d’une engueulade mémorable !

            Pendant tout le film Maiwenn nous maltraite, nous gifle, nous bat, nous secoue, nous harcèle, nous viole, mais elle ne fait que nous montrer le quotidien d’une brigade de la BPM. Oubliez les bisounours, le rose bonbon du monde des enfants… Dans notre monde, où les enfants sont victimes et pleurent, leurs protecteurs, perdus, crient, rient, hurlent, se rassurent, s’engueulent, s’aiment… Et nous, simples spectateurs, nous les accompagnons : nous ressentons la même colère, nous pleurons avec eux, nous rions ou plutôt nous craquons, parfois aux moments inopportuns, pour évacuer la pression et continuer d’avancer dans le film.

            Le temps d’un film de 2 heures, on fini déchiré, lessivé. Pour eux, c’est chaque jour comme ça.

Casting :

JoeyStarr (L’immortel, RRRrrr!!!)

Karin Viard (Ma part du gâteau, Potiche)

Marina Foïs (Darling, Les yeux de sa Mère)

Nicolas Duvauchelle (Braquo, La fille du Puisatier)

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