Faire un Investissement en Art Contemporain ce week end…

25 Oct

FIAC – 20-23 Octobre 2011 – Grand Palais, Jardin des Plantes, Jardin des Tuileries

Par Aurélie, Garance, Antoine &  Maud.

Le Grand Palais, le Jardin des Tuileries ou encore le Show off, le Point C vous fait faire un retour rapide sur ce qu’il y avait à retenir de cette FIAC 2011.

Investissement financier ou intellectuel, telle est la question ! En tout les cas, c’était ce week-end et c’était la Foire Internationale de l’Art Contemporain, édition 2011, ou « FIAC » pour les intimes (et tous les autres). Contrairement aux années précédentes point de chapiteau sur la Cour Carrée (travaux au Louvre obligent !), alors qu’à la traditionnelle balade Tuileries – Grand Palais s’ajoutaient les galeries latérales de la grande verrière et le Jardin des Plantes.

Mais hormis ces nouveaux lieux, les innovations se font rares, tant dans le choix des galeries que dans la présentation des artistes. Si le niveau de la FIAC demeure au dessus de certaines autres foires d’art contemporain européeenne, comme la Frieze Art Fair qui se tenait le week end dernier à Regent’s Park, les choix ne sont pas trop risqués (marché oblige). On remarque pas mal de dessins et de photos comme celle de Mathieu Mercier, mais aussi la présence de Yayoi Kusama (jamais sans ses pois) : artiste japonaise dont on peut voir une magnifique rétrospective en ce moment au Centre George Pompidou. L’édition 2011 compte aussi des œuvres plus spectaculaires présentées aux Tuileries,  telles que l’aile totémique de Camille Henrot ou encore le Body carrossé de Jean-Luc Moulène.

Mathieu Mercier - 100 cars on Karl Marx Allee, 2007 - Last day bed, 2011 - Untitled, 2011

Jean-Luc Moulène - Body

La FIAC, fidèle à elle-même, reste un événement majeur dans le milieu de l’art contemporain mais aussi de l’art en général, intrigant de plus en plus de visiteurs dubitatifs. Elle demeure une des rares occasions de voir surgir sous la verrière l’artiste ORLAN et ses prothèse mammaires frontales (pas besoin de relire cette périphrase, vous l’aviez bien compris la première fois), au milieu de nouveaux riches dégustant une coupe de champagne pour fêter leurs achats (yeah !).

Si les éditions se suivent et se ressemblent, on y retrouve tout de même une évolution puisqu’aux côtés des grosses stars du marché telles que Anish Kapoor ou encore Damien Hirst, de jeunes artistes français montants comme Vincent Ganivet émergent et s’installent dans le paysage contemporain. À noter également l’ouverture internationale (ça y est on regarde hors de l’Europe) avec de plus en plus de galeries indiennes : la Galerie Project 88 présentait les œuvres de Sarnath Banerjee, artiste et auteur de BD déjà très célèbre à Calcutta.


En bref,

Selon certains collectionneurs et autres directeurs de musées, « c’est du high level » et on est prêt à banquer cette année pour le bien du FRAC PACA ou l’harmonie esthétique du mur Est de la Salle de Billard. Et si les acheteurs, principales cibles, restent une part infime noyée dans le flot de badauds, la FIAC permet au grand public de découvrir les tendances du marché et de payer, au sens propre comme au figuré, leur dose d’art contemporain du week end ou peut-être seulement de l’année…

Avant de refermer notre tour d’horizon de la FIAC 2011, quelques impressions livrées sur le vif.

Le jeu ? Répondre à quelques questions rapidement et sans (trop) réfléchir !

Garance nous avoue : « mais que s’est-il donc passé à la FIAC cette année ? Honnêtement, pas grand-chose ! »

Un artiste préféré ? j’opterais pour Camille Henrot, pour sa pertinence et son regard quasi anthropologique sur notre société dite « moderne ».Une œuvre était présentée aux Tuileries, sous l’égide de la Galerie Kamel Mennour. Intitulée Le Prix du danger 5, celle-ci élançait ses formes découpées vers le ciel, évoquant les totems de cultures dites « primitives », ou encore les « Poteaux Bisj » des Asmat de Papouasie (oui tu as bien lu petit lecteur chevronné, maintenant si tu ne sais pas ce que c’est : la solution google, plus drôle qu’un livre). A la différence que la structure sculptée n’est ici pas en bois, mais en métal, plus précisément celui de l’aile du jet présidentiel de Jacques Chirac. Symbole moderne  du pouvoir du « chef », l’aile a été perforée de motifs germaniques et nigérians, évoquant les imbrications culturelles qui se produisent dans le temps et dans l’espace.

Camille Henrot - Le Prix du danger 5

Une œuvre préférée ? S’il fallait choisir une œuvre, maintenant, disons celle de Berdaguer & Péjus, L’avenir dure longtemps, présentée par la Galerie of Marseille accueillie pour la deuxième année consécutive à la FIAC. Une œuvre à l’horizontale, cette fois-ci, sous forme de sablier dont le centre est étiré jusqu’à la limite de rupture du verre. Un clin d’œil discret à notre monde « moderne » qui court sans cesse après le temps, et un pied de nez à notre disparition programmée pour décembre 2012 (ah oui vous saviez pas ? voilà c’est dit !). On aime pour sa beauté formelle, sa simplicité parlante, son humour bien placé.

Berdaguer & Péjus - L'avenir dure longtemps

Le point fort de l’édition 2011 : La plus grande ouverture cette année de la FIAC à l’international, puisqu’elle accueille pour la première fois des galeries du Brésil, de Turquie et d’Afrique du Sud. Au détriment certainement des galeries françaises (51 sur 168 tout de même, mais c’est 21 de moins que l’année dernière), mais que veut-on, il faut bien se rendre à l’évidence : Paris n’est plus depuis longtemps le centre du monde ! Saluons donc les nouvelles venues qui ont passé la sélection, souvent grâce à une programmation plus ambitieuse.

Son point faible : Le manque d’ambition justement ! Et la relative « prise de risque zéro » qui caractérise cette édition. L’heure, en temps de crise, n’est  ni à l’audace ni aux innovations, qu’on se le dise. Alors sans mettre toutes les galeries dans le même panier, soulignons quand même que le repli de beaucoup d’entres elles sur des « valeurs sûres » ne peut que rappeler davantage le caractère marchand de la FIAC, et renforcer l’idée d’art contemporain comme « valeur refuge » qui ne se dément pas. En répercussion, le prix presque dissuasif d’entrée (de 16 à 32€), devient d’année en année discriminant pour le simple « amateur » d’art (par opposition aux institutionnels ou aux collectionneurs qui de toute façon disposent d’un carton d’invitation). Alors soyons honnête, la FIAC garde l’image d’un événement fermé et élitiste !

Une anecdote pour la fin ? Dans le carré de la Galerie Gabrielle Maubrie, un homme à quatre pattes tente de regarder sous le manteau de la Bête à deux dos. Un gardien furax arrive et le relève, lui expliquant que cela ne se fait pas. Une femme qui passait par là nargue le visiteur trop curieux en soufflant dans les poils de la bête. Mais que lui veulent-ils tous à cet animal ? 

Galerie Gabrielle Maubrie - La bête à deux dos


Antoine nous parle du show off.

Ton artiste préféré ? Mince, j’en ai deux, deux artistes femmes : Tia Calli Borlase et Movana Chen. La première fait des sculptures/installations de formes organiques en corseterie, avec des formes sulfureuses et un traitement qui évoque entre autre le bondage (miam j’aime !). Bon pour la seconde, c’est plus calme : elle  fait du tricot (je vous avais prévenu !). Elle travaille à partir de magazines et plus récemment de livres. Elle les récolte au fur et à mesure de ses voyages et ses rencontres à travers la planète. Son propos : mixer les langages afin d’établir un lien entre différentes cultures, une vraie maille sociale (attention le jeu de mots ! ).

Ton œuvre préférée ? Entre autres (outre mes coups de cœur, voir supra) : une vidéo de Marie Aerts, Débarquement : une troupe d’hommes en costards (accessoirement sans tête) marchent sur une plage de Normandie. Ils avancent depuis la rive et avancent vers nous en passant les blockhaus. Le tout sur une musique dissonante, entre hymne et danse macabre.

Un point fort : deux tentes de part et d’autres des quais du pont Alexandre III, les galeries d’un côté et de l’autre un espace numérique/vidéo avec son restau et son bar à champagne. Le tout avec vue sur la Seine, le pont et la tour Eiffel, pas trop loin de la Fiac : the place to be, en somme ! Et en plus ce sont des galeries jeunes avec des artistes jeunes, présentés par de jeunes gens… En un mot, Cool quoi !

Un point faible : Certaines galeries présentent des artistes qui ne sont pas vraiment au niveau, voire totalement en dessous…

Une anecdote pour la fin ? Beaucoup de sponsors = beaucoup à boire ! Et aussi une bonne ambiance.

Et Maud nous livre son coup de coeur : Au milieu de l’allée centrale, dans une des perspectives urbaines « les plus incroyables du monde »  comme le disent si bien les touristes, Vincent Ganivet est venu mettre son grain de sel ou plutôt planter son parpaing. Et ses parpaings ont été reçu comme des cailloux dans le chaussures des promeneurs du week-end.

Vincent Ganivet - Rivières, 2005 - Jardin des Tuileries © AFP

Bon, clairement je choisis Vincent Ganivet tout d’abord parce qu’il est sans aucun doute l’un des artistes les plus sexy de tous ceux présentés dans le Jardin des Tuileries. J’en veux pour preuve : trentenaire, tout juste sorti des Beaux-Arts de Paris (oui il y a quelques années peut être… déjà !).

Et surtout (après tout on est ici pour parler d’Art), j’ai aimé la puissance de la tension qui réside dans son œuvre. Loin d’une approche conceptuelle de l’art contemporain, cet artiste est avant tout un artisan, un maçon. Il réalise des structures auto-portantes à partir d’une unité simple et tangible : le parpaing. Il crée alors des formes qui se maintiennent par un savant jeu de forces et d’équilibre. Sa démarche, issue des jeux de construction pour enfants type Kapla, est proprement virtuose par sa sobriété et sa subtilité. Il donne grâce, préciosité et légèreté à ce matériau, pourtant aux antipodes du raffinement. Le parpaing est sa pierre précieuse et son geste, celui de l’orfèvre.

C’est une pièce déja maitrisée depuis plusieurs années qu’il présentait cette année aux Tuileries. Il s’est fait connaitre du grand public il y a deux ans, grâce à des travaux encore plus ambitieux, formant de grandes arches de plusieurs mètres de haut, notamment au cours de l’exposition Dynasty, au Palais de Tokyo (musée d’art moderne de la ville de Paris). Nous restions malheureusement un peu sur notre faim face au souvenir de ces arches fameuses qu’il a aussi présenté également plus récemment, à l’occasion de la Nuit Blanche 2011.

Vincent Ganivet, Caténaires, 2009. Parpaings. 12 x 8 x 5 m. Courtesy Musée d’art moderne de la Ville de Paris © Vincent Ganivet

Plus ouverte sur le monde, mais encore bien fermée aux curieux fauchés, la FIAC laisse donc un bilan mitigé. Malgré tout, elle tente de se renouveler, et elle s’actualise en proposant des nouveaux lieux et des nouveaux modes d’expositions. Certains talents s’imposent naturellement et font l’unanimité. Laissant la place afin que des têtes nouvelles émergent. Si vous ne flâniez pas dans le Jardin des Tuileries sous le soleil automnal, vous n’avez pas pu croiser le beau Vincent, mais vu son talent suivez-le de près et vous devriez bientôt pouvoir fondre devant ses tablettes… eux parpaings pardon !

A.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :