Petit mais costaud le Palais !

23 Oct

Cranach et Dürer graveurs : rivalités et émulation, du 19 juillet au 13 novembre 2011, Petit Palais

par Grégoire.

En ce moment, et jusqu’au 13 novembre 2011, se tient une exposition sur des gravures de Cranach et de Dürer au Petit Palais. Décidément, Cranach aura été partout en 2010 ! Avec l’achat des Trois Grâces par le Louvre et l’exposition du Musée du Luxembourg, il est un des artistes en vogue en ce moment. Mais sur le site internet du musée, j’apprends que l’exposition est limitée à la salle 25 et qu’elle présente une vingtaine d’œuvres, ce qui d’emblée ne m’incite pas à aller la visiter.

Mais je ne peux pas en rester là. Pour moi, le Petit Palais, c’est l’exposition William Blake il y a deux ans. Et ouah, ce que j’avais kiffé ! Donc oui, je suis lié à ce musée. Ne soyez pas jaloux/ses !

Alors, je prends mon courage à deux mains, et je pénètre dans le (très silencieux) Petit Palais. Effectivement, l’exposition est très courte : elle se base sur trois thèmes, chacun occupant un mur. Il ne faut pas en attendre trop, et à mon sens le plaisir que l’on a en regardant ces œuvres suffit amplement.

Un premier mur est consacré aux premières années des artistes, entre 1496 et 1505. On peut notamment y admirer Le Monstre Marin de Dürer, impressionnante gravure sur cuivre. On retiendra un Cranach inquiétant et dense, et un Dürer versé dans le merveilleux. Un bon point : on apprend que pour son St Jean Chrysostome, Cranach s’est inspiré deux œuvres de Dürer qui sont présentées, et non simplement reproduitescomme on aurait pu s’y attendre. Les cartels sont denses et très utiles, même s’ils peuvent parfois nousnoyer dans des informations peu nécessaires. Privilégions le plaisir des yeux, bon sang de bonsoir !

Le plus long mur est consacré aux représentations de tournois quand les deux artistes étaient au service des cours princières. Ces gravures, en plus d’être des démonstrations d’une véritable maitrise technique de la part des deux artistes, nous fournissent de nombreux renseignements sur les coutumes (vestimentaires par exemple) de l’époque, et sont pleines d’un savoureux goût de l’anecdote, surtout chez Cranach. Mais la présentation de ce mur est assez énigmatique : des œuvres sont accrochées, elles appartiennent à des séries, mais la notice explicative sous le cartel est chaque fois reproduite à l’identique. Il aurait été plus simple de présenter une seule fois la notice, en regroupant tous les cartels concernés… C’est bon, pas besoin de nous donner quatre fois la même info pour les Tournois de Cranach ! A propos de ces œuvres, les fans de peinture florentine XVe ne pourront s’empêcher de préférer les expériences de Paolo Uccello un demi-siècle plus tôt. Sisi la famille.

Cranach – le troisième tournoi – Crédits © Petit Palais
La bataille de San Romano – Paolo Uccello – NGA London

Le dernier mur nous présente des portraits d’hommes qui, à la manière nordique et sur fond de Réforme religieuse, n’ont vraiment pas l’air sympas. Leur psychologie est excellemment traduite par la maîtrise du trait gravé, qui est au service de la richesse du costume.

Albrecht Dürer – Portrait gravé

Bon, on a fini de visiter l’exposition, alors qu’est-ce qu’on fait ? On se motive, on prend ses pieds, et on se ballade un peu dans les collections permanentes bien sûr ! De nombreux chefs-d’œuvre sont autour de vous, ne les manquez pas ! D’autant plus que le Petit Palais est un lieu agréable et lumineux. Les amateurs du Siècle d’Or hollandais apprécieront tout naturellement l’Autoportrait de Rembrandt en costume oriental (un des seuls portraits en pied de l’artiste), ou les superbes paysages de Ruisdael (Paysage à la cascade), de Van Goyen (Auberge au Bord de la Rivière) ou de Hobbema (Chemin dans la forêt).

Rembrandt – Portrait de l’artiste en costume oriental, 1631 ; Crédits : Petit Palais / Roger-Viollet – Cliché n°24049-20

Les quelques collections Renaissance contiennent des pièces surprenantes, comme ce Cima da Conegliano, à mon sens hélas peu mis en valeurL’Art Nouveau est lui à l’honneur dans la Salle Guimard.

Cima da Conegliano – Vierge à l’Enfant, vers 1497 ; Crédits : Petit Palais / Roger-Viollet – Cliché n°24954-3
Guimard – Salle à manger de l’Hôtel Guimard, vers 1909 ; Crédits : Fr. Cochennec et E. Emo / Petit Palais / Roger-Viollet – Cliché n°41835-11

A l’étage, vous pourrez traverser des period-rooms XVIIIe, pleines de tableaux d’Hubert Robert (hélas), mais découvrirez aussi une torride représentation d’Amour et Psyché par Rodin, ainsi que des Jogkind, des Courbet, des Sisley, des Gauguin, et j’en passe.

Rodin – Amour et Psyché ; Crédits : Petit Palais
Courbet – Le Sommeil, 1866 ; Crédits : Petit Palais / Roger-Viollet – Cliché n°25538-11

Avant de redescendre, prenez un peu l’air dans la cour intérieure : le matin, il n’y a personne, ça le fait. Bref, allez au Petit Palais. Ce musée regorge de pépites qui ne sont hélas pas assez regardées.


En bref, on aime :  

– le monde fantastique de Durer,

– la lumière du petit palais,

– les bonnes surprises au détour des allées

mais on n’aime pas :

– les vigiles qui font du zèle avec les sacs a dos,

– la mauvaise présentation de certaines oeuvres majeures,

– l’absence de réponse du service presse (oui parce que sans ça on a un peu galéré pour vous dénicher les visuels)

3 Réponses to “Petit mais costaud le Palais !”

  1. Sara - Elly 24 octobre 2011 à 05:40 #

    N’oubliez pas de préciser que cette exposition fait partie d’un cycle de trois expositions, sur le thème de Cranach et Dürer, qui a duré durant toute l’année

    • cestlepointc 24 octobre 2011 à 07:44 #

      Oups, info capitale passée à la trappe… Merci de l’avoir précisé!

  2. B 10 novembre 2011 à 08:13 #

    Bien vrai, pour les batailles il n’y a que l’école florentine qui représente ! Je profite de l’écart-visitons le reste du musée pour relever un point : on a bien balancé sur l’expo du Jacquemart-André, en revanche sachez une chose : 8,50€ (quand même) pour les collections permanentes c’est déjà moins volé !
    (eux aussi ils ont un joli Cima d’abord)

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