Quand Action Man drague Barbie

12 Oct

Des Jouets et des Hommes, Galeries Nationales du Grand Palais, du 14/09/11 au 23/01/12

En collaboration avec les Arts décoratifs, Paris, et co-organisée par l’Helsinki Art Museum

Par Grégoire.

Mardi matin, le roi, sa femme et le petit prince, sont venus chez moi pour me serrer la pince. Mais comme j’étais parti, le petit prince a dit : « Ce n’est pas grave, nous reviendrons mercredi ». Mais moi mercredi matin, et je suis désolé pour eux, j’étais au Grand Palais, pour vous faire, chers lecteurs, un petit compte rendu de l’exposition Des Jouets et des Hommes qui se tient aux Galeries Nationales du 14/09/11 au 23/01/12 . Je m’y suis donc pointé vers 10h15, armé de mon petit carnet, prêt à aborder l’exposition d’une manière « classique ». Mais très vite, entouré de tous ces jouets et de tous ces gosses (car il y en a un tas, préparez-vous), j’ai abandonné cette idée quasi impossible à réaliser, et j’ai expérimenté, pour vous lecteurs, la régression intellectuelle. Car oui, pendant près de deux heures je suis redevenu un vrai gosse, et je compte bien vous inciter à courir faire de même dans les prochains jours.

Création Pierrick Sorin © Les Arts Décoratifs, Droits Réservés - Graphisme Dame Loky

A peine entré, je remarque que les gardiens s’affolent, impuissants face aux enfants qui touchent tout ce qu’ils peuvent toucher et déclenchent sans arrêt les alarmes. Les maîtresses pètent les plombs, et ne réussissent à obtenir le silence que pendant quelques secondes. Mais, étrangement, je me sens, grâce à ces mioches intenables, plus réceptif aux jouets qui m’entourent et au message que l’on veut me faire passer. Comme si moi aussi je mesurais 1m20, chaussais du 31 et portais des baskets à scratch.

Mais ressaisis-toi enfin !

L’exposition s’organise en une suite de salles qui, très agréablement, nous accompagnent dans une réflexion claire et efficace. Heureusement, vous êtes sur le point de perdre 15 ans d’âge mental ! Elle rassemble de nombreux objets, agencés avec esprit, qui touchent aussi bien notre intellect que nos coeurs de grands enfants. Basée sur ce que l’on pourrait appeler une pédagogie de l’incontournable, l’exposition nous présente des objets qui font appel au passé de chacun, transportant le visiteur en plein dans ses souvenirs d’enfance. Pour cela, elle se base sur des grands axes et des objets phares, comme un tableau de Greuze, qui, bien que placé un peu tard dans l’expo, est totalement à sa place. Qui d’autre que ce peintre pour exprimer la douceur nostalgique de l’enfance ?  Certes, on a un peu l’impression que la fillette du tableau étouffe sa poupée, mais bon, au fond, elle a tout de même l’air mignonne, non ? 

Ours par Steiff, vers 1910-12, Musée des Arts Décoratifs, © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, Paris

Après avoir chopé quelques infos sur les circonstances du don des jouets, on trouve une salle consacrée aux animaux, véritable temple des Arches de Noé et cimetière des tamagotchis que nous avons tous -sadiques que nous sommes- laissé crever pour voir ce qui se passe sur l’écran ; on a aussi une salle pour les robots et autres automates, dont certains vous surprendront, comme le Banquet des petits cochons, fait pour être, selon moi, vu sous LSD, ou encore un gamin faisant une course en sac mais qui ressemble plutôt à un taré en camisole de force. En bref, le parcours décline tous les types de jouets, du cheval à bascule au jeu vidéo, des traditionnelles poupées aux peluches Pokémon.  

Robot poussin, par Yoneya Toys Co. Ltd (Japon), Musée des Arts Décoratifs, Paris © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, Paris

Goldorak, par Mattel, 1978, Musée des Arts Décoratifs, Paris, © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, Paris

L’exposition vous ouvre surtout les yeux : les jouets des filles et des garçons répondent à des stéréotypes ! même si le formidable Barbie Foot tente de les dépasser. Ceux des filles restent liés à l’image de la mère au foyer qui s’occupe des enfants et fait la popote, tandis que ceux des garçons mettent en avant la vitesse, la conquête et le dépassement de soi. Préparez-vous donc à voir, chez les filles, des armées de poupées complètement flippantes (mais incroyablement bien exposées), des Barbie et des Bratz, tandis que chez les mecs vous trouverez des avions, des voitures et des trains. Bon, on trouve aussi des « jouets » un peu inhabituels, comme une belle panoplie pour que votre petit joue au prêtre (et non l’inverse, voyons) ! 

Poupée "parisienne", vers 1820, Musée des Arts Décoratifs, Paris, © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, Paris

Barbie Foot

 Chaque « clan » a son objet de prestige : du côté des filles, la vitrine des poupées France et Marianne devrait ravir les amateurs et amatrices de mode. Offertes aux princesses Margaret Rose et Elisabeth d’Angleterre en 1938, elles sont accompagnées d’un trousseau de 360 pièces dessinées par les plus grands, comme Jean Patou, Cartier ou Vuitton. Les mecs, eux, seront jaloux du prince Andrew et de son Aston Martin miniature, réplique de celle de James Bond dans Goldfinger. Et avec les plaques minéralogiques interchangeables s’il vous plait !

Aston Martin DB5 © The Royal collection 2011 Her Majesty Queen Elisabeth II / Photo : The Imperial War Museum

L’artiste contemporain Pierrick Sorin a préparé des installations qui ponctuent le parcours de manière plutôt bruyante et, à la longue, fatiguent plus qu’autre chose. Mais soyons honnêtes : Pierrick Sorin nous amuse, nous fait rire. Prenez le temps de profiter de celle juste en bas du grand escalier, où il vous propose d’utiliser des photomatons qui placent votre visage sur celui d’une Barbie… Pour vous, j’ai bravé les durs regards des parents et j’en ai fait l’expérience. Bah c’est du joli !


 

Pour terminer, « Des jouets et des hommes » nous donne, agréablement, un sacré coup de vieux. Alors que l’exposition nous plonge dans une atmosphère enfantine sans que nous puissions résister, on prend progressivement conscience du temps qui s’est écoulé depuis celui où l’on s’amusait innocemment. Sans pour autant regretter cette époque perdue (à jamais…), on se sent pris d’une savoureuse nostalgie qui atteint son point d’orgue dans les deux dernières salles dont, chers lecteurs, je ne vous dévoilerai pas les doux mystères. Mais soyez-en sûrs, l’émotion envahira ceux d’entre vous qui sauront jouer le jeu.

 

En bref, on aime

– la pédagogie de l’exposition

– le Barbie Foot

– la sensation que l’on a quand on sort de l’expo


On aime moins

– les enfants qui font du bruit

– les installations de Sorin qui font du bruit

– le bruit

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