Archives de Tag: les arts décoratifs

Des malles et des hommes

9 mar

Louis Vuitton-Marc Jacobs, jusqu’au 16 Septembre 2012, au musée des Arts Décoratifs

par Aurore.

LV. Le décor est posé. Deux lettres qui font rêver, de la ménagère de moins de cinquante ans à la fashionista en herbe, en passant par les stylistes en mal d’édito clinquants, le bobo parisien et le hipster new-yorkais. On pourrait donc dire universel ! Vous m’avez suivie hein ? Une rosace, le damier, le « Monogram » ? Encore un indice : la mode, le luxe, des malles, de la maroquinerie ? Oui, des sacs voilà ! Louis Vuitton, bingo ! Maintenant que nous sommes sur la même longueur d’onde, je vous emmène dans ma visite en avant-première de l’exposition Louis Vuitton/Marc Jacobs au musée des Arts Décoratifs, à Paris.

« Visite avant-première », ce n’est pas la visite-people, ce n’est pas non plus d’ailleurs la visite-champagne. Non, c’est la visite « tu-crois-que-tu-vas-être-tout-seul-dans-les-salles-mais-en-fait-elles-sont-bondées » et tu te réjouis quand même, parce que : l’expo ouvre le 9 et là on est le 8. Tu es en train de déambuler entre les vitrines. Enfin déambuler : échanger des mots (doux ?) avec le reste des visiteurs qui se broient contre les murs.

Le décor (glamour) étant posé, qu’est-ce donc que cette expo ? Le premier texte annonce le ton : vous n’avez pas affaire à une rétrospective mais bien une analyse. Oui, on repassera pour ça. Sur deux niveaux, l’exposition déroule l’aventure Louis Vuitton au cœur d’un XIXème siècle en pleine mutation. A l’étage, on s’intéresse aux quinze années de Marc Jacobs à la tête de la mythique maison.

Malle rigide Panda, toile Monogram, 2003 © Louis Vuitton © Takashi Murakami

L’exposition est magnifique. Ou plutôt : la scénographie est magnifique. Comme vous l’avez surement compris, je suis une habituée du musée de la Mode et du Textile (à l’intérieur des Arts Déco donc) et je ne me lasse pas de voir ces deux étages se transformer au fur et à mesure des projets qu’ils accueillent. Si Hussein Chalayan était laborieux et éreintant, une chose est sûre : Louis Vuitton/Marc Jacobs, c’est ludique. C’est fun, distrayant, surprenant, léger et inspirant ! Et oui, tout ça en même temps, mais n’ayez crainte, la critique n’est pas loin. Le premier niveau reproduit les intérieurs des maisons de couture du XIXème siècle, avec des murs en bois panneautés, peints dans un vert sombre. Le parcours laisse toujours perplexe mais ça ne dérange pas, on se promène. Littéralement, on flâne. Les vitrines présentent les premières malles, mais aussi la mode du temps. Puis les innovations technologiques et commerciales de la maison Vuitton, jusqu’à sa consécration. Malle à chapeau, malle-lit, dépôt de brevet, naissance du « Monogram », tout y est. On vit ce XIXème siècle bouillonnant aux côtés de la famille Vuitton.

Malle-lit Louis Vuitton en toile Damier, 1891 © Jean Tholance

Au milieu des escaliers, le décor est planté : un mannequin posé sur la tête… Bienvenue dans l’esprit détonnant de Marc Jacobs. En 1997, il est nommé à la tête de Louis Vuitton. L’expo pose alors cette question : que faire de ce lourd héritage ? A travers des panneaux d’inspiration bluffants, des murs de sacs et une sélection de ses collections les plus fortes, Marc Jacobs raconte son histoire et sa vision de la marque. Chaque vitrine accueille son lot de miroirs, jeux lumineux et mises en scène. On passe d’un univers à un autre. Les collections se recoupent selon les saisons, les années. Et le talent et la créativité de Jacobs sont intacts.

Mais si l’expo est ludique, elle n’apporte rien. A mon sens. On passe un bon moment, on voit de jolies choses. Mais il ne me semble pas qu’on apprenne beaucoup sur l’homme Vuitton à deux têtes. Le XIXème est bien dépeint : la course à l’innovation, les robes qui se multiplient, les activités bourgeoises et leur lot d’obligations de représentation. On comprend donc comment Vuitton est né et s’est fait une place dans ce monde en pleine mutation. Et Jacobs, homme de son temps, nous laisse une vision de patchwork. Pas que cela me déplaise : cet homme touche-à-touche aux talents aussi divers que pointus me semble mériter la reconnaissance qu’on lui accorde. Mais pour un public qui n’a pas l’habitude de courir la fashion week et de feuilleter les éditos de Vogue, il y a de quoi ressortir perplexe. Les mots de Jacobs qui expliquent son travail ne sont pas suffisamment proches des vitrines, où l’on ne peut lire que les cartels (date de la collection, matière des robes). Et ça n’aide pas !

Des miroirs dans tous les sens !

Malgré tout, il faut « rendre à César ce qui est à César » : l’exposition regorge de surprises et d’idées brillantes. Chaque vitrine utilise les mannequins d’une manière différente, et surtout, mon coup de cœur va à la dernière salle « peep show » où l’on s’encanaille à regarder le défilé par une petite lorgnette qui traverse le mur. Les visiteurs n’osent pas, mais veulent voir ce que ça fait. Et puis m….., ils se lancent ! C’est ça l’esprit Marc Jacobs : susciter la curiosité, détourner, surprendre, tout en fournissant une qualité et une créativité à la hauteur de la maison Vuitton.

"Peep Show"

C’est donc une exposition où Louis Vuitton se rend hommage. On doit leur reconnaître ce talent à se mettre en scène, autant au XIXème, que dans les collections de Marc Jacobs, et encore aussi dans cette exposition. Fastueuse, colorée, peut-être un peu bling bling, l’exposition est à l’image de ses créateurs. On vient donc pour se distraire, pour décortiquer des objets magiques (oui la mode c’est magique), et pour rendre hommage à deux personnalités rares. Après tout j’ai peut être appris quelque chose : si Marc Jacobs et Louis Vuitton avaient vécu à la même époque ils auraient été super potes !

"Bye guys"

On a aimé :

-       les vitrines et l’ambiance des salles

-       les panneaux d’inspiration de Marc Jacobs, où l’on se trouve bien proche de son esprit déluré

-       l’esprit d’équipe de Marc Jacobs qui n’a de cesse de citer ses collaborateurs

-       les campagnes de pub Louis Vuitton diffusées dans la dernière salle

-       la salle « peep show »

On a moins aimé :

-       « l’analyse » promise manifestement laissée de côté

-       le manque d’explications

-       le prix du catalogue : 80 € (oui parce que malgré tout, je l’aurais bien acheté…)

"Eléphantastique !"

22 fév

Les histoires de Babar

du 8 décembre 2011 au 2 septembre 2012

Musée des Arts Décoratifs, Paris.

par Grégoire.

Cette année (scolaire, entendons-nous bien), j’ai l’impression de redevenir un gosse. Rappelez-vous, j’ai été on ne peut plus enthousiaste pour Des Jouets et des Hommes… Mais que m’arrive-t-il ? Ou plutôt, serait-ce tout simplement dans l’air du temps de reconsidérer le pouvoir des jouets, ou plus généralement d’explorer le monde de l’enfance ? Personnellement, je ne suis pas un "fan" de Babar. Les animaux qui parlent, moi, je trouve ça louche. Francklin et ses potes me foutent les jetons. Je vomis Garfield. Mais Petit Ours Brun et Père Castor, ça passait encore. Bref, j’ai voulu savoir ce que ça me ferait de me retrouver au milieu d’éléphants en costard et en robe, alors je suis allé aux Arts Décos. 

Les Arts Décoratifs un dimanche après-midi, ça fait un peu peur au départ. On sort du métro, et on voit une file d’attente qui court tout le long de la rue de Rivoli, et ce jusqu’aux Tuileries. Mais on s’accroche, et on devient stratège : comme vous l’a dit Aurore dans son article sur les trompe-l’oeil, si vous avez moins de 26 ans et que vous êtes polis vous pouvez passer sans problème. Une fois au chaud et débarrassé de mes affaires, je peux enfin commencer mon expérience muséale (hum hum). Tout d’abord, il fallait s’y attendre : c’est plein de gosses. C’est normal, et ça participe du truc. Avec très peu de textes, des cartels très bas et une muséographie très simple (ce qui est loin d’être un reproche, contrairement à "simpliste"), l’exposition s’adresse avant tout à un très jeune public. Accompagné de jeunes parents, cela va de soi. 

Scénographie de l’exposition © Les Arts Décoratifs. Photo : Luc Boegly

Des couleurs variées, un éclairage neutre, du multimédia… Tout est fait pour rendre la visite agréable et active. Point de grands panneaux explicatifs. A quoi bon ? Le parcours n’est pas long : on peut y rester 30-40 min sans aucun problème. 

Scénographie de l’exposition © Les Arts Décoratifs. Photo : Luc Boegly

Mais que présenter dans une exposition sur Babar ? De tout : des peluches, des albums, des costumes, des extraits de dessins animés, des planches, des esquisses, des aquarelles, des jeux vidéos… Il serait inutile que j’énumère tout ici, et ce serait vous gâcher votre probable visite. Néanmoins, revenons un peu sur le sujet de l’exposition : l’éléphant en costume vert appelé Babar. L’aventure commence en 1930. Un soir, Laurent et Matthieu de Brunhoff écoutent leur mère Cécile leur raconter l’histoire de l’arrivée en ville d’un petit éléphant qui a fui la jungle suite au meurtre de sa mère par un (vilain) chasseur. Jean, mari de Cécile, a vent de cette histoire, et décide de la mettre en images : l’album sort en 1931. Jean décède en 1937, et c’est un de ses deux fils, Laurent, qui reprend le flambeau et fait de Babar le succès commercial qu’il est aujourd’hui. Les albums retraçant les histoires de l’éléphant en costard vert, traduits en 27 langues et diffusés dans 167 pays, se sont vendus à plus de 13 millions d’exemplaires. Pour info, la saga Harry Potter est diffusée dans 140 pays. Bon ok, avec 420 millions d’exemplaires, mais quand même, Babar a plus de visas sur son passeport

Babar et sa famille, 1991 Idéal Loisirs, fabricant Vinyle floqué H. 12 cm Paris, Les Arts Décoratifs, inv. 991.540.1-1 © Les Arts Décoratifs. Photo : Jean Tholance

Pour info, la planche de la mort de la mère de Babar est visible à l’expo… Que d’émotion ! Eh oh ! On se ressaisit ! Après tout, il est arrivé la même chose à Bambi… En gros, l’ensemble fonctionne bien. Je me surprends même à vouloir faire le meilleur score sur un des jeux vidéos proposés (Badou est en montgolfière, et doit éviter les nuages, tout un programme), alors que des gosses attendent que je libère le poste, sous l’oeil interrogateur de leurs parents. Mention spéciale pour les super tabourets-ressorts très confortables

Jean de Brunhoff, épreuve pour la couverture de Babar et le Père Noël, mise en couleurs par Laurent de Brunhoff, 1941 H. 19 ; L. 23,4 cm New York, Mary Ryan Gallery © DR

Bon, on a bien parlé des avantages pour les moins de 10 ans, mais ça ne nous avance pas beaucoup ! Pourquoi aurais-je alors envie de vous inciter à aller aux Arts Décos ? Tout d’abord parce que cette exposition est vraiment une petite pause à côté des nombreuses autres qui se veulent intellectuelles, ou plutôt intellectualistes, alors qu’elles ne proposent que du vent. On avance, tranquillement, on regarde, on apprend, et tout cela en douceur. Même si les gosses font du bruit, les dessins sont étrangement apaisants. La ligne est claire, les couleurs sont disposées en aplats, ce qui donne un résultat qui pourrait sembler au départ naïf, mais qui est vrai, sincère, et assez touchant.

Laurent de Brunhoff, aquarelle originale pour les pages de garde de Babar et le livre des couleurs, 1984 H. 35,5 ; L. 56,5 cm New York, Mary Ryan Gallery © DR

Vous le verrez de vos propres yeux : ces aquarelles ont un sens esthétique certain. Celle du dessus m’a même poussé à en acheter des reproductions à la boutique ! Pour ceux qui douteraient de la sensibilité artistique du créateur, que pensez-vous d’une version revisitée du Déjeuner sur l’Herbe de ManetÉpatant, non ?

Pour conclure, je tiens à vous dire que cette exposition vaut vraiment le coup. Elle regorge de petites pépites, et rend hommage à l’une des créations françaises les plus célèbres. Même si l’on a un peu mal au dos en sortant (à force de se baisser pour lire les cartels), on en ressort surtout apaisé, l’esprit coloré et peu soucieux de savoir si l’on va ou non louper son métro. Le passage à la boutique est indispensable : cartes postales, gommes ou mugs vous feront de la gringue, et il sera difficile de résister. On a vraiment l’impression d’avoir vécu quelque-chose d’authentique, et on est presque triste de voir que la folie de l’image de synthèse a réussi à contaminer l’éléphant tout de vert vêtu… 

Alors, embarquez pour un voyage rapide au pays des éléphants qui parlent !

Laurent de Brunhoff, planche originale pour Babar sur la planète molle, p. 27, 1972 H. 32,5 ; L. 25 cm New York, Mary Ryan Gallery © DR

Voici ici le premier épisode, le "Babar Begins", ou le "Babar Origins", pour reprendre la mode des films de super-héros…

En bref, on a aimé :

- la scénographie

- la ligne et les couleurs des dessins des Brunhoff

- les jeux vidéos (n’ayez crainte, Badou a réussi a passer au travers des nuages)

On a moins aimé :

- Babar en images de synthèse

- les cartels trop bas mais c’est le jeu, il faut s’y plier (pour ne pas faire de jeu de mots)

- et c’est tout !

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 57 followers