par Louise.
Vous arrive-t-il d’entendre parler de livres « que tout le monde devrait avoir lu, ne serait-ce que pour sa culture générale », dont vous connaissez très bien l’auteur et le résumé, mais que vous n’avez jamais ouverts ? Je ne remets pas votre culture générale en cause ; mais personnellement, cela m’arrive assez régulièrement. Disons-le, il est difficile de dévorer Roméo et Juliette dans l’attente de l’issue de leur amour. L’histoire, on la connaît. Et puis déclarer « je viens de terminer Les Misérables, vraiment sympa comme bouquin ! » ne vous donne pas forcément beaucoup de constance lors d’un dîner. Alors pourquoi lire ces ouvrages qualifiés de « classiques » ?
Parce qu’ils sont sur la liste des choses à faire dans sa vie. Bon, l’argument n’est pas décisif, mais c’en est un. Ensuite, il est impossible de connaître tous les détails d’un roman sans l’avoir lu. Ainsi, une fois immergé dans l’histoire, le lecteur peut lâcher prise et ne plus penser à ce qu’il sait déjà. La surprise est d’autant plus agréable.
Un classique se lit aussi et surtout pour la langue. L’avantage du manque de suspens (relatif comme nous l’avons vu) est qu’il est beaucoup plus facile de s’intéresser aux subtilités de langage et aux tournures syntaxiques utilisées par l’auteur. On s’attarde sur l’ambiance, la délicatesse du récit, les mots choisis, les différentes façons de présenter un fait.
Voici donc une mini sélection, tout à fait subjective. Trois univers différents, trois ouvrages que je considère comme des « classiques ».
Anna Karénine, Léon Tolstoi (1877)
Grande réflexion sur la conception de la relation amoureuse, Anne Karénine constitue un véritable tableau de la haute société russe au XIXe. Loin d’être ennuyeux ou fleur bleue, il tient le lecteur en haleine même quand il s’agit d’une course hippique (oui, on se croirait vraiment à cheval). Tolstoi amène le lecteur à se pencher sur ce qui l’entoure pour éduquer son jugement et arrive à nous surprendre par son intemporalité.
« Il appartenait à une catégorie d’individus que Lévine n’arrivait pas à comprendre ; tout en professant des opinions tranchées bien que peu personnelles, ces gens-là n’en mènent pas moins un genre de vie tout aussi tranché mais qui contraste singulièrement avec leur manière de voir. »
Lolita, Vladimir Nabokov (1955)
Lolita ou comment des faits répugnants deviendraient presque compréhensibles. La justesse des mots employés permet d’immerger parfaitement le lecteur, de transcrire l’ambiance paradoxalement puritaine et débridée des Etats-Unis dans les années 50, de suivre le cheminement des pensées tortueuses du fameux Humbert Humbert.
« Là, ma petite beauté s’est allongée sur le ventre, me révélant, révélant aux mille yeux grands ouverts de mon sang ocellé, ses omoplates légèrement relevées, et le ruban de velours le long de son échine incurvée. »
L’Insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera (1984)
L’insoutenable légèreté de l’être est, comme son titre ne l’indique pas, un roman rassemblant plusieurs histoires relativement simples. Fidèle au style de Kundera, accessible et parfois cru, ce livre traite de l’attachement et de la liberté dans un couple sur fond de problèmes politiques en URSS. Le vécu de l’auteur tchèque, clairement perceptible tout au long du récit, aide le lecteur à s’imprégner totalement de l’histoire.
« L’amour, c’était pour lui le désir de s’abandonner au bon vouloir et à la merci de l’autre. Celui qui se livre à l’autre comme le soldat se constitue prisonnier doit d’avance rejeter toutes ses armes. Et, se voyant sans défense, il ne peut s’empêcher de se demander quand tombera le coup. Je peux donc dire que l’amour était pour Franz l’attente continuelle du coup qui allait le frapper. »
Quels sont les vôtres ?
































